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PONCTUATION

Art de placer à propos les points et les vir^ ^ules, (Voyez Défauts ordinaires des acteurs.)

Dans le comédien, c'est l'art de les fairç Sentir, de bien phraser.

^44 MANtJËL THÉATHAli.

La pouctuation procure à l'orgade la&cili^^ des inflexions et leur variété.

La rigueur de la ponctuation conduit seule à la manière de dire avec pureté , élégance et vérité.

Ce qui rend si difficile et si étendu Part de phraser avec justesse, c'est la variété qui existe dans la diction des auteurs ; chacun d'eux a la sienne : la ponctuation n'est point fixée pour eux.

Pour bien les comprendre et pour bien les sentir , il faut bien connaître la ponctuation en général, surtout celle de Racine. La plupart des. comédiens semblent l'ignorerj il est cependant impossible de bien lire, si l'on ne sait pas ponctuer, c'est-à-dire si l'on ne sait pas observer et faire sentir \di ponctuation.

Le point, le point et virgule , les deux points^ le point interrogalif , les points suspensifs» et le point admiratif sont les notes parlantest des intonations; il pourrait même y avoir» pour la tragédie , des demi-virgules et des quarts de virgules; elles seraient nécessaires aux semi-tons que la vraie sensibilité indique , qui reposent, dilatent ces mêmes sentimens. qui doivent se succéder sans se heurter , pénétrent facilement le cœur et l'esprit des^petv

tSit^uTs,, et leur permettent sans gêne, sanîi fatigue., de tout sentir et de tout apprécier.

On a agité la question de savoir si la ponctuation doit se régler sur les besoins de la respiration et sur la force des poumons , ou sur le sens des phrases.

Il est évident que la respiration n'a rien, absolument rien à démêler avec la ponctuation ; que c'est le sens seul plus ou moins di- V^îsible de la phrase qui décide , la manière de ponctuer , et par conséquent de respirer.

« Je préfère le témoignage de ma conscience * à tous les discours qu'on peut tenir de moi. » ^îngt-six syllabes; Beauzée dit que cette rase n'excède pas la portée ordinaire de la spîràtion.

Autre phrase citée par Beanzée :

«f Mai* ils ne veulent s'exposer qu'autant qu'il est nécessaire pour faire réussir le des- ^ sein pour lequel ils s'exposent. » Trente-trois Syllabes. ♦

Urbain Domerguè et plusieurs autres grammairiens prétendent que la portée ordinaire de la respiration ne s'étend pas au-delà de huit syllabes , parce qu'en effet nous n'avons point de vers au-dessus de cette mesure , sans un re* pos intérieur ou césure.

l^a ponauation conduit et soulage le lecteur :

346 BIANUEL THÉATBAL.

^ans elle , il serait souvent impossible de distinguer les bornes du sens, et le diseours serait une espèce d'énigme.

La ponctuation n'est pas un objet à dédair gner ; le déplacement d'un signe , d'une division peuvent détruire le sens. Que de grandes iniquités nées d'une équivoque ou d'un malentendu ! Parmi les erreurs judiciaires qcd abondent dans le . capitoulat de Toulouse, on en cite une dont la cause n'avait pas plus de gravité apparente que l'omission d'une virgule. Un malheureux , nommé Brion, accusé d'avoir assassiné sa femme , fut condamné par les capitouls, sur la déposition de plusieurs: témoins, qui ^ disâient-ils , avaient entendu la victime crier à plusieurs reprises : Brion me tue! Quet ques années après , le véritable assassin fut découvert ; il avoua son crime , et déclara que , pendant qu'il l'exécutait , la femme de Brion appelait son mari à son secours , en criant ^ Brion ^ on me tue!

Quel brandon de discorde ne jeta pas dans le monde chrétien Pie V ^ en y fulminant une bulle non ponctuée» dont on expliquait un passage dans un sens hérétique ou dans un sens orthodoxe, en le supposant avec ou sans: virgule !

On sait que le lâche FairfaXy l'un des juges»

de Charles II, avait négligé de ponctuer son opinion , afin de pouvoir l'interpréter suivant les circonstances.

Isidore de^éi^ille , qui a écrit dans le dixseptième siècle , définit la ponctuation : une figure particulière , placée à la manière d'une leiire, pour démontrer chaque division des mots, des sens et des vers.

Voici ses termes : Est figuru propria in litt^rœ modum posita^ ad demonstrandumunam- (fuamque verbi sententiarumque ac versuum ra^ tianem,

Aristote se plaignait de ce qu'il ne pouvait limais ponctuer les écrits d'Heraclite, sans ■^xsquer de donner dans quelque contre-sens.

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