PRINCIPES
Maximes fondamentales ; premières vérités.
« Tous les ouvrages de Tart, dit Montes- ^uiéti , ont des principes généraux , qui sont des guides qu'il ne faut jamais perdre de vue. Mais comme les lois sont toujours justes dans leur être général, et souvent injustes dans l'application, de même les règles toujours vraies dans la théorie, peuvent devenir quelquefois fausses dans l'hypothèse. Quoique tout
effet dépende d'une cause générale , il s'y mêle tant d'autres causes particulières , que chaque efi*et a , en quelque façon , une cause à part Ainsi l'art donne les règles, et le goût les exceptions ' ; le goût nous découvre en quelles OCCS' sions l'art doit soumettre , et en quelles occasions l'art doit être soumis. »
Malheureusement , dans toutes nos sci^ncei et dans tous nos arts , depuis la théologie jus qu'à l'art du plus simple des artisans » on Slii toujours les anciennes routes , on ne fiait «pii répéter et imiter; presque jamais on ne n monte aux sources , pour partir de là à non veaux frais , et sans se mettre en peine des pré jugés reçus. De cette manière, on retooibi continuellement dans les mêmes défauts, e Ton ne sort jamais des entraves que l'on s'es données à soi-même.
Il faut qu'un artiste voie par lui-même , qa'i observe la nature en grand et en petit , comm si personne ne l'aidait étudiée avant lui et n des^ait Vétudier après lui; sans cette attendott il brillera et s'éclipsera comme un météore j < sa réputation ne sera fondée que sur TigM rance de son siècle.
I Herder iïïSd\i en parlant de Voltaire , que presque toc ce qa'il y a de remarquable dans ce monde est produU pi des exceptions.
Toutes les sciences^ tous les arts ont leurs .coins obscurs : ce sont eux qui devraient surtout exercer la sagacité des observateurs. Il faudrait donc avoir une histoire bien faite de chaque science et de chaque art, avec une table exacte de ce qu'on sait, de ce qu'on ^ait mal, et de ce cpi'on ignore; on y trouverait la notice de C6 qu'il faut étudier , et Ton y apprendrait la méthode qu'il faut suivre pour étudier utilement'.
On croit généralement , ainsi qu'on l'a dit Wicle observation, que ce qui s'exécute d'après fes règles doit être maniéré; mais il faut se pénétrer cpoLt la règle qui s'offrait d'abord* avec ^Wié à tesprit, se transformera d'elle-même I^r im exercice continuel y en idée , et se con- *<>iidra avec le sentiment qui, au besoin, se pré- ^^utera avec plus de promptitude et de facilité.
La méthode la plus vraie et la plus sûre, sui- "V^ant Gessner ^ est de travaillerv alternative - ^^ent d'après les œuvres des grands maîtres et Câpres la nature, et d'apprendre ainsi à comparer la plus belle expression de l'art avec la
» Nous essayeroas plus tard d'oôrir au public celte histoire , mais seulement en tant cfu'elle concernera Tart du comédien. C'est un travail dont nous nous occupons depuis plusieurs années, et dont nous oc doiuiiMisauiAlird'haique l'abrégé.
55o MATSUEL THEATRAL.
nature même , et les beautés de la nature avi les ressources de l'art.
Quel sera donc le sort de ceux qui ne joîa dront pas un travail obstiné à la méditation 11 faut qu'ils renoncent à la récompense qa: n'est due qu'aux âmes actives et sensibles.
Un des premiers principes dans l'art du théâtre, c'est de ne jamais quitter une étude particulière commencée , sans l'avoir achevée.
Il ne faut pas se lasser de^ répéter et d'essayer ; on finit toujours par réussir à faire ou à trouver ce qu'on cherchait, (f^ojez Travail.;
Rien ne rappelle tant les principes que la nécessité d'en disserter , et ce devrait être roocupation la plus sérieuse de tous ceux que li nature a fait naître pour le barreau , la chain ou le théâtre.
Lorsque le comédien s'expose au public, ij doit se pénétrer de cet important principe, sourqe des plus beaux succès : La vérité seuh peutformer le comédien; beaucoup éC acteurs de venus célèbres n^ont dû leur talent et leur ré' putation qu'à une critique trèssévère^ num en même temps très -juste.
Au théâtre, les premiers principes à étudier consistent , ^
I* Dans la prononciation ;
20 L'art de savoir respirer à propos j
^0 La tenue sur le théâtre ; 4® L'entrée et la sortie de la scène.
Et ce sont souvent les dernières choses qu'un aicteur apprend. Il veut de suite viser aux grands ^fieis ; il agit alors sans. principes.
Mais ce n'est point assez d'avoir sans cesse soùslesyeux la nature et les excellens ouvrages des grands maîtres , lisez encore l'histoire de Van et celle des artistes. Cette lecture étend le cercle des connaissances ; elle porte ceux qui les exercent à s'occuper plus fortement de ce qui doit être leur objet principal. C'est un moyen de nourrir l'imagination et d'élever le génie. Il faut aussi lire les bons poètes. Quels secours peuvent être plus utiles pour épurer le goût, exalter les idées et féconder l'imagination !
En principes généraux dans les études : La mémoire s'occupe des signes arbitraires ; de la combinaison répétée des signes déjà précédemment combinés.
IJimagination s'attache aux images^ aux contours, au coloris, à la composition, aux attitudes. jl^
Le jugement recherche la signifiSmon des ^^gnes y d'abord individuellement , et ensuite ^2ins leurs différentes liaisons.
Le Goût discerne le beau et le laid , les ac-
fîSa MAMJEL THEATRAL.
conls et les dissonances , dans les objets ^Lti frappent les sens.
La raison démêle les cohérences et les incohérences , en remontant aux causes des effets «
La sagesse juge des conséquences» de ce qumi est bien ou mal combiné.
\J esprit aperçoit et fait ressortir des ressemblances entre des choses disparates, ete:^^ rapprochant les objets , il détermine par d&s comparaisons saillantes, les convenances et Is-s disconvenances.
Le mot suivant > du Grand Condé, vient â l'appui de l'opinion de Montesquieu , relativ"^ aux règles, opinion que nous avons rapporté^ au commencement de cet article.
L'abbé d'Aubignac composa jadis une Prcf- tique du théâtre , oii il donne les principes 1^^ plus sûrs et les règles les plus infaillibles pou^^ ourdir une intrigue et ménager un dénoûmea •J il fit une pièce conforme à sa méthode ; sonne ne lui a jamais contesté Texcellence de préceptes , mais personne aussi ne se souviec*-^ de sa Zénobie qui tomba tout à plat. Le GraiP-^ Condé,qui comptait vraisemblablememlestyï'^ pour quelque chose , dit avec autant d'espiri* que de justesse ; << Je sais bon gré à l'abbé d'A^»^' bignac d'avoir fidèlement observé les règle^ « mais je ne pardonne pas aux règles d'ayoir fe»-^ ^
Saire à Fabbe d'Aubignac une aussi mauvaise tragédie. »