‹ Theorie de l'art du comédienChapitre 77 sur 131 · PRONONCIATION · texte numérisé non relu

PRONONCIATION

Articulation ; expression des lettres, des syllabes , des mots.

U faut un exercice continuel pour soumettre la prononciation à la justesse des intonations. Ce travail dépend moins de la force des poumons que de Paccord parfait des sons qui doivent se succéder sans fatigue et sans être heurtés.

Pour bien prononcer par la suite et avec facilité , ouvrir d'abord extrêmement la bouche , s'accoutumer de bonne heure à parler doucenaent, à distinguer les sons , soutenir les finales, séparer les mots, les syllabes, et même Certaines lettres qui pourraient se confondre et produire par ce choc un mauvais son.

Une prononciation trop rapide fatigue , trop *^nte elle dégoûte.

En principe général , quand un mot est fort p2tr lui-même, comme horreur , sacré ^ il est *^utile de le renforcer , il s^uflit de le bien prononcer.

Un défaut quelconque de prononciation nuit ^ la chaleur , et aux élans de la sensibilité.

On peut prononcer un mot de dix manières

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différentes, et par ce moyen lui donner expressions diverses.

Il y a des mots qui demandent une pronoi ciation simple, sans fermeté, comme ceux-<;i honte ^ vertu y bonheur y enfin tous ceux ffi expriment des affections douces.

Au contraire dans v/ce^ crime ^ coupable ^ etC5 il faut appuyer , articuler plus fortement , pl«^ ou moins longuement.

' Le temps avec lequel oii prononce certaines syllabes et même une seule voyelle dans cc^ taias mots donne souvent une grande expr^^ sion au discours.

Nous choisirons entr'autres exemples, 3 mot flatteur dans le rôle de M anlius , lor^ que celui-ci répond aux reproches du cons'S Valérius , et que parlant de la complaisaa< des sénateurs à l'égard de Camille , il leur di'i

Vos éloges flatteurs ne parlent que de lui.

La manière de prononcer brièvement P^ caractérise on ne peut pas mieux l'iroiB.' amère.

Dans la même pièce, le mot lâche de «" hémistiche adressé à Servilîus:

L<^he , indigne Romain ....

prononcé en appuyant très long-temps sur V ■* qui est long , produit aussi beaucoup d'eSec <

peint bien le reproche terrible et foudroyant d'u-ne grande âme trahie.

Dans Athalie , le mot chien prononcé par Joad, devant Mathan , lorsqu'il lui dit :

Les chiens , à qui son bras a livré Jëzabel ,

Ce mot chiens prononcé brièvement produit un grand efiTet.

Dans les imprécations de Médée, la manière d^ appuyer sur 17, en prononçant le mot y'aWmerai^ de ce vers :

J*abîmerai Goriothe et son peuple insolent,

rend le mot abîme synonyme à! écraser.

C'est ici le cas de répéter ce que nous avons déjà dit, qu'il faut dans l'expression, teindre les Qiots saillans du sentiment qu'ilç expriment.

Ce principe donne nécessairement une diction énergique et soutenue.

t/.-J. Rousseau {Emile ^ tom. I«r)dit : « Ce ^ui empêche les enfans d'acquérir une proïiOnciation nette , c'est la nécessité d'appren- ^te par cœur beaucoup de choses , et de réciter tout haut ce qu'ils ont appris ; car en étudiant ils s'habituent à barbouiller, à prononcer ^négligemment et mal : en récitant c'est pis encore; ils cherchent leurs mots avec eJfTort, ^*s traînent et allongent leurs syllabes. U ^ ^st pas possible que, quand la mémoire va-

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cille j la langue ne balbutie pas ; ainsi se a<^J^. tractent ou se conservent les vices de la £>r-<>. nonciation. »

Cette observation s'applique tout naturellement aux acteurs lorsqu'ils apprennent et lof^qu'ils répètent leurs rôles.

Une qualité essentielle qui distinguait Br*^' zardj Lekairiy mesdemoiselles Gaussin^ Clc^^' ron ^ Dumesnil^ c'était un charme dans J-* prononciation, une onction moelleuse ctflet^ ble dans le langage, qui fixent toujours et caf^ ' tivent l'attention. La prononciation dénuée 3-^ ce moelleux qui donne aux mots une véric:.^ touchante, perd le charme que l'accent A-^ chaque mot donne aux expressions sentime taies , le sentiment de l'expression même.

Pour ce qui est de l'accent , l'exemple d Chinois nous fait voir de quelle délicates Torcille est capable, puisque chez eux même mot n'étant que d'une syllabe peut avo jusqu'à onze sens très-différens , selon la rence de la prononciation.

L'union de deux qualités opposées et î patibles en apparence , fait toute la beauté c:^*-* la prononciation. Vénalité etf la varidié. Par ^^ première, l'acteur soutient sa voix et en règÇ'*'^ l'élévation et l'abaissement ; par la seconde, *' évite un des plus considérables défauts qu'il jy

ît en matière de prononciation, la monotonie.

Il faut avoir une prononciation ferkne sans [>esanteur, noble sans froideur^ sonore sans forcer la voix, et facile sans trivialité.

Ce qui coûte le plus à un homme vraimeût sensible, et qui apprend à jouer la tragédie, c'est ^e prononcer distinctement en fondant en laroaes • c'est là qu'il faut la réunion de l'art et de f^ nature.

La prononciation affectée CiSt principalement ^marquable chéries chanteurs, et surtout chez -sf chanteuses. Ces dernières prononcent sou- ^nt momint pour moment > ponheur pour bon- "Bur, a/wwrpour amour, ^/i^ pour bonne, etc.

En général, dans les théâtres lyriques, les -teurs articulent si peu distinctement en chan- ^^t, qu'en assistant à la représentation d'un ^ra, on est obligé souvent de le savoir à avance, si l'on veut jouir du poème, aussi bien ^€ de la musique , et l'on ne peut pas se flatter ^ connaître une pièce de ce genre en une seule -présentation ; cela provient toujours des it^ces des études préliminaires. (Voyez Con- ^rvatoire rojalde musique et de déclamation.)

La prononciation doit être claire ; deux •îioses peuvent y contribuer : l° bien articuler outes les syllabes ; 2** savoir soutenir et suspendre sa voix par différens repos et diffé-

ra

rentes pauses dans les divers membres qui posent une période ; la cadence , l'oreille ^ la respiration même demandent des repos , <j^iii jettent beaucoup d'agrément dans la proaoxs-* ciation.

On appelle prononciation ornée celle qui est secondée d'un heureux organe , d'une voix aisée , grande , flexible , ferme , durable , claire, sonore , douce et entraînante; car il y a i&ne a^oix faite pour V oreille y non pas tant par son étendue , qu« par la flexibilité susceptible de tous les sons , depuis le plus fort jusqu'au plus doux , depuis le plus haut jusqu'au plus bas. Ce n'est pas par de violens efforts, ni par de grands éclats , qu'on vient à bout de se faire entendre, mais par une prononciation dLîstincte et soutenue. L'habileté consiste à savoir ménager adroitement les différens ports de sa voix , à commencer d'un ton qui puisse hausser et baisser sans peine et sans contrainte, à conduire tellement sa voix qu'elle puisse se déployer toute entière dans les endroits où le discours demande beaucoup de force e^ ^ véhémence.

MANUEL THÉÂTRAL. 3Sg

KXEBGICES POUE PEEFEGTIOICNEE LA PRONONCIATION.

11 résulte des exercices que nous allons donner qu^en les étudiant on apprendra à déposer tout accent vicieux et à prononcer selon l^usage épuré de la capitale.

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