II INTRODUCTION
la redoutable question du gouvernement d'une société qui entend systématiser sa vie active et conter la gouverne de ses intérêts à ces nouveaux et étranges pasteurs dépeuples : les légistes, les scientifiques et les économistes.
On croit bien faire d'indiquer ici, en un très-court résumé, et l'évolution esthétique de l'esprit moderne et l'évolution historique au déclin desquelles nous assistons, et qui nous ont amenés oii nous en sommes : subissant, d'une part, la redoutable contrainte d'un amé-^ nagement administratif et industriel, c'est-à-dire économique, de toute activité ; et, d'autre part, subissant aussi le conflit dissolvant des programmes , des méthodes et des enseignements, d'un spiritua* lisme outré ou d'un matérialisme inepte, qui nous doivent transformer à bref délai et nous contraindre finalemeiit à vivre de la manière qui convient, quand on a l'honneur d'être cette créature du progrès qu'on appelle le moderne Européen,
Vers le milieu du xv« siècle, alors que finît le moyen âge et que commence l'époque moderne, une séparation brusque se fait avec la tradition; on renie et dédaigne tout le passé qui vient de s'écouler, et qui ne laissait rien après lui. On emprunte aussitôt, et pour embellir la vie, jusqu'alors si monotone et si lourde, à cette merveilleuse Renaissance italienne qu'un grand événement historique (la prise de Constantinople par les Turcs) venait de mettre définitivement en possession des richesses de bien des sortes venues de la Grèce et de l'Asie. En même temps, et avec une ardeur extrême, on se remet en communication avec les anciens. Pendant les trois siècles qui suivent, et ensuite d'une culture délibérée et réfléchie, on consacre, sous la forme classique, les œuvres à nous connues de l'antiquité grécoromaine et l'on en tire à titre d'enseignement ou d'idéal ce que l'on a appelé depuis, et dans un sens déprisant, l'art académique. \
Parallèlemejît, et à considérer les choses d'une manière un peu abstraite, voici comment se dégage et se complète la notion de l'art.
Une fois l'architecture constituée, les arts et métiers subsistent toujours individuellement, mais l'art monumental ayant alors un sens déterminé, une expression propre, tient particulièrement sous sa dépendance les arts et métiers qui s'y rattachent plus directement. Plus tard, quand la sculpture d'abord, lapeinture ensuite se sont détachées du tronc commun, les trois gf^ands arts : l'architecture, la sculpture et la peinture ont désormais chacun une existence propre, et ce qui les différencie ne réside pas seulement dans le fond.
INTRODUCTION. rn
V étoffe ou la mise en œuvre, mais encore dans les qualités intellectuelles de l'artisan devenu alors un artiste, et, à ce titre, possédant un tempérament particulier, une manière de voir et de sentir tout à fait spéciale et individuelle. A ce point, V artiste ne se sépare plus de son œuvre et la spéculation ontologique fait son entrée dans le monde des arts. Plus tard encore, alors que la dissertation litté^ raire, considérant comme de son domaine les beaux-arts et les belles4ettres, eût adjoint la poésie et la musique aux arts plastiques, c'est-à-dire à V architecture, à la sculpture et à la peinture, on s'éleva jusqu'à l'idée rationmlle du beau.
U après cela on donne au mot art un sens très-étendu , y com^ prenant les beaux-arts aussi bien que les belles-lettres, c'est-à-dire que l'on embrasse sous ce terme l'expression de la beauté intellectuelle, soit poétique, \soit plastique, soit musicale.
Puisque Von avait désormais une idée précise du beau dans l'art et qu'en même temps la satiété, amenée par un commerce' assidu avec l'antiquité classique, nous rendait à la contemplation de la nature, on s'efforça d'y démêler l'idée du beau, et il fut bientôt acquis à l'esprit humain qu'il y avait dorénavant une branche nouvelle de la philosophie, et que l'esthétique est la théorie des idées abstraites relatives au beau dans la nature et dans l'art.
En même temps qu'on atteignait ces hauteurs métaphysiques de la pensée, un sentiment plus vij et tout nouveau de la vie et de ses caractères « nous rendait la faculté d'apprécier et de sentir les formes que la beauté a revêtues dans les âges féconds et de se composer ainsi un idéal de plus en plus étendu rayonnant et magnifique. — LiTTRÉ. » — Deux époques, belles entre toutes, s'imposent à V admiration des artistes : la Renaissance, qui sous sa forme italienne, avait fait déjà notre éducation, et l'antiquité grecque. Cette découverte de l'art grec, si parfait dans sa sobre élégance et sa sévère beauté, fût toute une révélation. On ne connaissait alors l'antiquité que sous sa forme latine ; c'était une antiquité de second ordre, si l'on veut, mais qui contenait pourtant tous les éléments essentiels de l'art. Aussi le terrain se trouvait-il merveilleusement pr^aré, et les délicatesses de cet art hellénique aussitôt senties et reconnues imprimèrent à l'art classique une sorte de renouveau, de bien peu de durée, il est vrai ; d'autres puissances lourdes et envahissantes allaient prendre la place et la prendre toute.
A ce moment, oii l'on étudie les monuments de l'antiquité héllé-