VI INTRODUCTION
noire gloire si soutenue en nous montrant à l'aide de quelle cuU ture assidue et prolongée ; par combien d'institutions poursuivies et consolidées avec tant d intelligence ; par combien d'acquisitions et d'emprunts, repris à nouveau, assimilés et étendus, ont fait œuvre durable et déprime noblesse. Combien cette histoire est belle et instructive, que d'enseignements y sont contenus; que de tristesse aussi quand on songe aux misères de l'heure présente, à ce déni de noblesse qui s'est emparé de toutes les âmes, et qui les fait se confondre toutes dans une promiscuité insensée, où, tous les Européens ne sont plus que des camarades ou des concurrents.
Aujourd'hui que la grande querelle des classiques et des romantiques s'est terminée dans un affaissement commun, il nous est bien permis à nous, les jeunes hommes de la génération présente, d'inter^ roger ces souvenirs, déjà d'un autre âge, et dé' nous demander si, par delà cette agitation, il nous a été transmis quelque chose de durable et d'efficace qui nous puisse guider dans la vie et nous aider à y faire œuvre qui vaille. La réponse, hélas! n'est que trop facile : il est vrai seulement que nos aînés, tenant en mépris che^ nos pères leur sagesse si respectable et si prudente, encore qu'un peu traînante et apprêtée, aient tari toute source de vie, l'ayant surmenée et dépensée à outrance et sans souci, il faut bien le reconnaître, de transmettre à leurs héritiers la part d'héritage dont ils avaient le dépôt, à toutes fins, il est vrai, mais non jusque-là pourtant de dépenser sans compter, et de détruire par la moquerie ou l'indifférence la tradition vénérable de la foi et des croyances, des convictions et des opinions, des préj\igés enfin, sans lesquels rien ne se fait de ce qui peut honorer et grandir la créature de Dieu.
Ce discours sonne faux, va-t-on dire, ou n'est point en sa place. Mais quoi? devons-nous donc assister impassibles à tous les projets de réformes, d'enseignements et de rénovations qu'on nous doit infliger bientôt; et à cette heure où il n'est question que de remèdes à appliquer à une situation que tous savent mauvaise, ne sera-t-il point permis de dire hautement que. tant de !{èle nous importune, et que c'est se méprendre étrangement sur les vraies conditions de la vie que de prendre tant de souci des côtés défectueux ou des chances de mal faire qui incombent à tous les hommes? On ne vit point avec des médicaments ; on vit à la condition d'éviter la maladie et cela le plus naïvement du monde, en se plaçant d'instinct dans les condi" lions les plus naturellement favorables. L'homme sain et vivace té-
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moigne asse^par ses actes d'une puissance effective que Von peut ap^ précier directement et qui se confirme asse\ d'elle-même, sans que le besoin se fasse sentir d'une confrontation avec toutes les chances de maladie qui peuvent l'atteindre et nuire à son développement. C'est la suite d'une éducation factice que l'on soit amené à prendre tant de souci des côtés défectueux ou des chances de mal faire qui incombent à tous les hommes. On doit jouir librement et en artiste du spectacle des choses et des œuvres, et c'est folie de croire que Von puisse sup^ pléer tous les imprévus de la vie à force d'expédients, de décrets ou de règlements. Toute cette besogne avilissante qu'amènent le replie^ ment des hommes sur leurs actes et la prétention d'en formuler à priori les voies et moyens, est impuissante à infuser le principe de tnelà d'où la vie se retire. La prétention d'instituer des enseigne^ ments rationnels, d'organiser des méthodes efficaces et des discipli^ nés rigoureuses va droit contre le but qu'on se propose. Une méthode est d'autant plus insuffisante qu'elle est plus parfaite en soi. Les conditions de la coordination logique sont trop exclusives, elles exigent des matériaux spéciaux et uniquement élaborés dans l'intérêt de la méthode. Plus une méthode est parfaite en soi et claire à l'eS" prit plus elle est nuisible : elle limite et réduit les pouvoirs là oit, au contraire, il les faudrait développer et les faire s'épanouir. Elle se préoccupe trop exclusivement de la discipline et de la coercition en vue d'éviter le désordre, ne tenant compte que des choses évidentes, acquises et consolidées, mais, par ainsi, condamnant à l'impuissance les victimes de son joug qui subissent alors ce que les naturalistes appellent un arrêt de développement. Dans l'art humain, et c'est là le beau de la vie, la mise en oeuvre est-elle vraie, naïve et sincère, les productions sont frappantes et marquées de cet accent d'originalité qui donne tant de prix aux œuvres du temps passé. Mais si, au contraire, les facultés logiques de l'esprit et l'industrialisme qui les suit, s'imposent et président à une élaboration méthodique, factice et réglée, alors naissent en foule les désaccords, les discordances, les pauvretés, tous les symptômes en un mot de la maladie, et d'une maladie congéniale qui reparait de tous les côtés et annonce finalement la décadence et la décrépitude.
Or nous en sommes là; et pour notre part, à cette situation intolérable, nous ne voyons qu'un remède ; c'est de rompre ouvertement avec le milieu malsain qui nous enserre. Renions nos aînés comme ceux-ci ont renié leurs pères; mais moins égoïstes et plus désinté-