INTRODUCTION
ressés qu'eux, rendons plus de justice au temps passé. Interrogeons tous ces aïeux dont la lignée se prolonge durant des siècles; demandons-leur le secret de la vraie force, V exemple du sérieux de la vie, et, retrempés par ces salutaires exemples, entrons résolument dans V étude sévère et imperturbablement philosophique de toutes les richesses à nous léguées par le labeur accumulé des races et des na-tions, des civilisations et des peuples, des corporations et des individus. Allons au fond de toutes choses, et tâchons d'y recueillir quelque doctrine forte et nourrissante, asse\ élevée pour être supérieure aux interprétations individuelles, maisasse\ souple pourtant pour laisser aux hommes le libre développement de leurs facultés personnelles.
Comment comprendre V admirable civilisation grecque si on ne lui donne pour support les solides matériaux accumulés par les civilisations si extraordinaires et si originales du Haut-Orient? Que serait Rome sans la Grèce ? le moyen âge sans le contact incessant de l'orient hellénique et asiatique? Notre civilisation, à nous Français, nullement originale, mais si pénétrante et si fine, se peut-elle concevoir sans les impulsions fécondes qu'à diverses reprises elle a reçues de l'Italie, cette mère nourricière de la civilisation moderne? — Or ce ne sont pas les matériaux qui ?ious manquent à nous les modernes Européens, Voye^ donc île monde pour les Grecs, c'était le Haut-Orient, c'est-à-dire l'Egypte et l'Assyrie, et cet extraordinaire milieu asiatique que l'on entrevoit à la limite de l'Europe et de l'Asie; le monde pour les modernes c'est la tertre entière, c'est-àdire le monde quasi-fabuleux du Haut-Orient, le monde grécoromain, puis l'Europe et l'Asie du moyen âge, enfin ces régions immenses de l'Extrême-Orient, c'est-à-dire l'Asie centrale, le Japon et la Chine. Que de richesses qui pourront être nôtres un jour, que d'enseignements sont contenus en ces vieux et mystérieux pays! Mais pour y prendre part, il est une nécessité indéniable : c'est de renoncer à vivre au jour le jour et à force d'expédients; c'est d'élargir notre horizon, au lieu de nous consumer en efforts impuissants dans ce milieu restreint oii la vanité nous attache et d'où, toute vie se retire. N'avons-nous point déjà dans notre histoire cette date mémorable du XV* siècle oii la raison, jusqu'alors sommeillante et endolorie, se redresse fièrement et entend intervenir dans les affaires de ce monde ? Avons-nous donc oublié cette race superbe des Grecs, qui, dans leur virilité et leur orgueil imprimèrent aux créations colossales des
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peuples du Haut-Orient la marque du génie libre et volontaire de ï homme? Suivons donc ces exemples, puisons des matériaux partout et les scrutant d'un esprit investigateur et vraiment philosophique, retenons ce qu'ils contiennent d'essentiel, de fécond et de supérieur, et laissons aller leur enveloppe caractéristique, originale et saisissante, mais qu'après tout on ne peut recommencer. Et si tout ce labeur extrême paraît trop désintéressé pour nos faibles courages, songeons qu'il nous est donné, au moins, de jouir des agréments de la route; que s'il nous a été refusé la vie intense et originale, c'est bien quelque chose de contempler le spectacle de l'humanité entière dérou" tant à nos yeux la succession des siècles en nous montrant tant d' œuvres diverses qui en jalonnent la route glorieuse et resplendissante.
Pour notre part, et dans la limite de nos forces restreintes, mais ardentes, nous nous efforçons d'ébaucher quelque fondements cer^ tains desquels puissent partir d'autres esprits plus vifs et moins empêtrés de science positive, pour contribuer à fonder un jour quelque doctrine salutaire et féconde qui, rendant hommage au labeur accumulé de nos pères, le puisse continuer d'une manière digne et respectueuse, en assurant aux générations qui s'avancent un terrain solide et des exemples efficaces.
Dans ce but, et nonobstant notre insuffisance, nous avons entre* pris de publier le présent livre qui contient un certain nombre de notions fondamentales et purement intelligibles, lesquelles considé* rées en elle-même précèdent, surpassent et régissent les particularités phénoménales et sensibles, c'est-à-dire le relief et la couleur, qui sont l'étoffe des œuvres infiniment variées des arts et métiers et de l'art monumental.
H n'est point inutile d'indiquer ici en quelques mots, dans quelles conditions et sous quelles influences ces études ont été entreprises. Pendant un séjour de quelques années en Orient, en Grèce et en Ita* lie, nous y avons recueilli un grand nombre de matériaux, lesquels analysés et disséqués nous ont amené insensiblement à étendre nos observations, à élargir notre terrain, en soumettant à la même analyse quantité d'autres matériaux disséminés dans les musées et dans les livres. Conjointement nous avons eu le bonheur d'étudier à loi^ sir, un philosophe éminent dont les œuvres fortes et substantielles nous ont fourni un guide sûr et éprouvé qui nous permît de mettre les choses en leur place et de les contempler sous le jour qui convient. Voilà ce que nous y avons (q>pris, disons-nous, mais il ne faudra