VARIATION. — UNITE. VARIETE
126. L'unité et la variété produisent la symétrie et la proportion : deux qualités qui supposent la distinction et la différence des parties, et en même temps un certain rapport de conformité entre elles. La variété suppose le nombre et la différence des parties présentées à la fois avec des positions, des gradations, des contj-astes piquants. L'intérêt résulte de l'impression des différentes parties qui frappent toutes ensemble et chacune en particulier et qui multiplient ainsi les impressions. Ce n'est point assez de les multiplier, il faut les élever et les étendre; c'est pour cela que l'art est obligé de donner à chacune de ces parties différentes un degré exquis de force et d'élégance qui les fait paraître nouvelles. La multitude des parties fatigue si elles ne sont point liées entre elles par la régularité qui les dispose tellement qu'elles se réduisent toutes à un centre commun qui les unit. La proportion entre dans le détail des parties qu'elle compare entre elles et avec le tout et présente sous un même point de vue l'unité, la variété et le concert agréable de ces deux qualités entre elles.
La notion très-générale de variation résume leS idées de changement, de modifications harmoniques, apportées au des-
MATÉRIAUX ANALYTIQUES. 2o5
sin (dessein) d'un motif, d'une disposition ou d'une forme, le diagramme ou le schème de la cooiposition ou de la synthèse esthétique restant la même dans son unité. Cette variation qui maintient l'unité ou le type, purement intelligible du motif, de la disposition bu de la forme, en fait sortir une infinité d'exemplaires variables^ ou variés d'un individu à l'autre. La notion de la variation comprend aussi la notion de variation continue ou déclination ; mais il importe cependant de considérer ces deux notions comme distinctes, la variation .s'appliquant aussi bien à un motif décliné qu'à un motif uniforme.
127. Au point de vue mathématique, l'idée de variation continue comporte une définition précise et des procédés de mesure : c'est là l'objet principal de la géométrie analytique et du calcul infinitésimal. Mais, au point de vue esthétique, il ne sert de rien d'aller au delà du sentiment naturel que l'on a de cette variation. La main obéit instinctivement à ce sentiment, une définition précise serait toujours détournée et n'ajouterait rien à la chose essentielle : la forme pour les yeux.
Il ne faut pas confondre l'idée de variété avec la notion de variation. Quand on dit sous une forme aphoristique qu'il faut de l'unité dans la variété ou de la variété dans l'unité, on traduit d'une manière vague et ample un besoin très-évident et de premier instinct qui réunit deux appétits, celui de la simplicité et celui de la complexité. Par cela même que ce sont des besoins ou des appétits, ils peuvent fort bien exister inégalement développés chez un même individu par le fait de son tempérament particulier ou par le fait du génie de la race à laquelle il appartient. Ces formules commodes, qui tendent à la conciliation ou plutôt à la neutralisation, les unes par les autres, des manifestations diverses du génie humain, sont de peu d'utilité et meublent seulement un esprit cultivé san.s aider le génie ou le pouvoir d'invention.
La notion de variation est une notion essentiellement active,
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et, comme toutes les notions de cet ordre, elle a cette vertu d'être claire et immédiaten\ent intelligible. L'idée de variété, au contraire , exprime un résultat et ne peut être comprise si elle n'est spécifiée et limitée par des définitions expresses.
La régularité qui résulte de la variation, n'est point une régularité apparente ou géométrique et qui fasse image. C'est une régularité tout intellectuelle qui résulte expressément de la conformité de chacun des exemplaires pour variés et distincts qu'ils soient les uns des autres à la notion préconçue et demeurant en l'esprit du type qui les fournit. En l'absence de cette notion supérieure du type, il ne peut y avoir que les deux régularités actuelles de la symétrie et de la déclination.
Cette variation porte donc sur la figuration du schème ou du type de la forme, et sur les éléments intégrants de la disposition; elle peut en modifier la symétrie et la déclination, mais en maintenant toujours le diagramme de composition ou l'unité ou l'individualité du type, c'est-à-dire la fcfrme essentielle.
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Fig. 99.
Un motif pair comme a devient impair comme a' s'il est varié ; un motif diagonal comme b devient impair comme b' , un motif écartelé c devient pair d ; une rosace radiée devient révolvée si les parties composantes se posent successivement l'Une sur l'autre, etc., etc. Des trois répétitions contrariées, la première est uniforme, la deuxième est déclinée, la troisième est
variée. Des cinq dispositions palmées, la première (A) est uniforme, la seconde est déclinée (B), la troisième, la quatrième et la cinquième sont variées et constituent un ornement parfait : ce sont trois exemplaires entre tant d'autres du type de la palmette.