INTERNE ET EXTERNE
En interne. Les civilisés habitués à un régime vicieux, coercilif, guindé, une fausseté continue, feront a.chaque instant des démarches qui fausseront le mécanisme : ceux qui se croient les plus raffinés, seront souvent les plus gênants en manœuvre sociale. Par exemple, des philosophes qui veulent à chaque pas alambiquer les sensations de perceptions, des gens du monde prodiguant les formules polies, seront des caricatures incommodes, en se croyant des phénix d'alticisme.
On voit, en civilisation, foule de ces gens qui ne sauraient parler ni agir sans travestir leur intention. Mangent-ils, comme Tartuffe, deux perdrix aux choux, c'est , disent-ils, pour modérer leurs passions; boivent-ils un flacon de Bordeaux, c'est pour la balance du commerce; courtisent-ils une femme, c'est pour l'équilibre des perceptions de sensations. Cette manie de distiller la perfectibilité et quintessencier les sensations, existe du plus au moins chez tous les civilisés, et même chez les classes inférieures; car on voit des paysans qui, au moment de boire une rasade , diront au mattre de maison : Ce n'est pas pour boire, cest pour avoir l honneur de vous saluer. Les philosophes ont cette manie ; farder chacun de leurs mouvements de quelque perfectibilité imaginaire. Ces manières guindées seront nuisibles en Harmonie, où il faut du laconisme en actions comme en paroles.
En externe. La Phalange d'essai souffrira du vice de contact avec les fourbes civilisés ; il sera force de communiquer avec eux, tant qu'il n'existera pas de Phalanges
circoovoisines , pas de négoce véridique ; et ces relations avec des civilisés feront, sur le moral des harmoniens, l'effet d'un commerce avec des pestiférés; on s'en isolera le plus que possible , mais sans pouvoir y renoncer toutà-fait.
X Vices pivotauœ. Défaut de corporations harmoniques. On manquera des plus influentes en mécanisme, telles que les corps de vestalat et damoisellat, et toutes les corporations d'âge pubère autres que celles d'industrie. On manquera de môme de toutes les corporations externes, telles que Grandes Hordes, armées industrielles , congrès d'évaluation commerciale , dispositions de quarantaine générale sur les maladies pestilentielles, psoriques, siphylliliques, etc. On manquera de toutes les dispositions unitaires en langage, poids et mesures, monnaies , et mille autres détails.
Ainsi, les entraves seront bien nombreuses pour la première Phalange. Quel sera le remède? Beau problème a proposer aux plagiaires qui pourraient se vanter d'intervention dans la découverte ! Je les attends à l'énigme de ce remède qu'il faudra appliquer à toutes les lacunes d'attraction collectivement.
IIe. FORMATION, DISTRIBUTION ET INSTALLATION D*UNE PHALANGE D*HARMONIE SIMPLE.
J'ai raillé et raillerai encore sur le dicton des Français, gniak Paris, gniak Paris : mais pour cette fois je serai obligé de faire chorus avec eux sur le gniak Paris ; car les habitants de Paris et le voisinage de cette ville sont ce qui convient le mieux au monde pour la fondation de la Phalange simple. C'est une entreprise où excellera toute population adonnée au plaisir, et distinguée par
des manières polies. A ces titres on conçoit que ladite fondation serait naturellement l'apanage* des Parisiens, si leur esprit anti-national ou extranéomanie ne les prévenait contre toute invention de leurs compatriotes.
J'ai cité le château de Meudon comme local de convenance probable. Je pense qu'on trouverait, à 2 ou o lieues de rayon , beaucoup d'autres édifices qu'on pourrait adapter, sauf augmentation de bâtiments. Au reste , je n'apprécie ces châteaux que sous le rapport des plantations déjà faites , et du voisinage des forêts ; car pour le bien du mécanisme, il vaudra infiniment mieux construire en plein l'édifice , afin de jouir des rues-galeries et des distributions opportunes de Séristères.
II faut d'ailleurs porter en compte que le bénéfice des curieux payants serait plus fort autour de Paris que partout ailleurs ; cl c'est une chance à faire valoir à des actionnaires, qui seront plus ou moins imbus de l'esprit mercantile du siècle. (Voyez les détails, III, 474.)
La Phalange simple est une société destinée à louvoyer pendant la 4re. année, où elle sera mal pourvue du nécessaire en manœuvre passionnelle. Il lui conviendra donc de ne pas enrôler d'emblée toute la masse à réunir, et de ne débuter qu'avec les 3/4 du nombre auquel on comptera la porter. Dès qu'elle sera installée, on aura assez d'option pour compléter et se pourvoir des titres caractériels dont le mécanisme paraîtra manquer.
Si le clavier d'Harmonie composée est de 810 (voyez III, 440 et 441), plus, les titres hors de ligne et les complémentaires, il faudrait en mode simple débuter avec 405 au moins, afin que les chœurs et les tribus ne fussent pas réduits au-dessous de moitié. La mécanique serait trop gênée si on ne s'éleyait pas à moitié de la table (III, 440).
Je suppose donc une réunion de 90 familles à 5 individus ; c'est 450 personnes. Il faudra choisir environ 40 familles pauvres , 30 moyennes , et 20 de richesse relative ; car la Phalange simple n'a pas besoin de sectaires de grande fortune ; ils y sont moins nécessaires que dans la composée.
Estimons les 14 tribus actives à demi-nombre de la table (III, 440); soit 405; plus, les patriarches, bambins et poupons; total environ 450.
Les enfants étant plus aptes que les pères aetuels à la manœuvre passionnelle, il conviendra de forcer de nombre sur les chœurs en bas âge , et au lieu de suivre la demiproportion de page 19, qui serait 18, 21, 24, etc.,, préférer
Moyennant cet assortiment, les tribus 2, 3, 4, 5, 6, qur sont celles de l'enfance active, seront plus aptes à la manœuvre, mieux contrastées, mieux rivalisées. Ce sont elles qui doivent entraîner les pères; elles seront harmonisées deux mois avant les pères : c'est donc sur ces tribus qu'il faut spéculer en premier ordre,
On a vu , section lre., ce qui concerne l'estimation des valeurs apportées en fonds sociétaire ; on procédera de même daus la Phalange simple.
Elle devra être installée en trois corps distincts et à trois époques différentes. On commencera par la classe pauvre, qui devra entrer en exercice pendant l'automne, et passer l'hiver dans le Phalanstère en organisation demi-civilisée, c'est-à-dire soumise à une discipline, et exercée seulement à quelques dispositions de Série, principalement pour les repas. On ne pourrait pas, avant ta
réunion des trois classes, riche, moyenne et pauvre, tenter les manœuvres d'attraction : c'est pourquoi if faudra installer ce premier corps en régime ambigu, et mi-parti de civilisation; les habituer aux localités, aOn qu'ils soient déjà façonnés et experts lorsqu'on entrera définitivement en exercice. Ils auront pendant l'hiver appris à connaître les animaux, les ateliers, etc. Ce dégrossissement sera d'un grand secours au début de pleine manœuvre qui n'aura lieu qu'en avril , à l'entrée de la classe riche.
Une convention nécessaire avec ces familles de basse fortune et d'ouvriers, sera d'abonner pour la rétribution sociétaire; stipuler l'avance de nourriture, vêlement et logement; plus, l'option d'une somme fixe au bout de l'an, si leur part de produit sociétaire se trouvait moindre. Ce traité plaira beaucoup à la classe pauvre ; et grâce aux notions qu'elle aura acquises pendant l'hiver sur le mécanisme sèriaire , on la trouvera parfaitement disposée en février, lorsqu'on procédera à l'installation de la classe moyenne.
Celle-ci devra entrer en fonctions dés le mois de mars, pour s'exercer à la culture combinée dès les premiers beaux jours. Alors commenceront les opérations de mécanisme sériaire , qui seront très-faibles jusqu'à l'époque de pleine culture, en avril et mai, parce que la 2e. classe manquera d'habitude, et que la 5e. ne sera pas entrée, La cuisine, jusque-là, sera bornée à deux sortes, moyenne et basse.
La Phalange d'essai commettrait une erreur si elle entreprenait en petit les travaux d'une grande Phalange, comme le 1/4 ou le 1/3 de labour. Elle devra adopter moins de fonctions, et s'appliquer à y introduire une:
subdivision complète. Ce n'est pas sur la quantité de Séries, mais sur leur plein essor et leur bonne organisation qu'il faudra spéculer : qu'elles soient peu nombreuses , peu importe, pourvu qu'on y voie naître le mécanisme des rivalités contrastées et des gradations de nuances : on ne l'obtiendrait pas d'une aflluence de petites Séries imparfaitement distribuées : paucœ , sed bonœ.
En conséquence on devra, dans cet essai, rejeter presqu'en entier les grands travaux de champs et vignes , et les grandes manufactures, comme serait une fabrique de drap. Il faudra s'attacher aux fonctions romantiques et attrayantes ; jardins , troupeaux serres et vergers s'il se peut , fleurs en grande quantité , comme tous les objets dont on peut jouir dès la ire. année; car il ne s'agira pas tant de bénéficier que de réussir à organiser le régime d'attraction industrielle. La Phalange d'essai sera assez triomphante si elle peut, au bout de la belle saison, montrer le mécanisme d'attraction en pleine activité : il deviendra évident qu'on peut l'appliquer à la grande culture, par l'extension des procédés qui l'auront introduit dans la petite culture. La civilisation sera déjà anéantie par ce résultat ; et une fois cette cause gagnée au bout de la campagne, tous les sociétaires seront assez riches; les actionnaires pourront vendre à trois et quatre cent pour cent de bénéfice ; ils s'en garderont , et ne céderont pas une action à mille pour cent dans le succès.
La Phalange d'essai devra spéculer sur des attractions de travail indirect, comme la fruiterie. Elle n'aura que peu de fruits de son cru à conserver, car ses plantations en seront à leur première année, et ses vergers productifs seront bornés à peu de chose. Mais si elle est placée à côté d'une riche capitale pourvue de beaux fruits, comme
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Paris, elle en achètera une énorme quantité en superbes espèces, dont elle meublera un immense fruitier. Ce travail entretiendra une grande et attrayante série ; le soin des fruits étant de goût général chez les savants comme chez les femmes et les enfants.
Employant à son fruitier les procédés que fournit la physique , elle pourra l'année suivante , en avril et mai , prodiguer les richesses de l'automne. Ce sera industrie . indirecte, puisque l'objet en sera de production extérieure. 11 faudra se ménager plusieurs séries en ce genre; la Phalange d'essai étant obligée de s'écarter des méthodes régulières, et de chercher en industrie externe les ressorts qu'elle ne pourra pas trouver en industrie interne, par suite des lacunes d'attraction.
Ladite Phalange devant avoir au moins trois manufactures, elle adoptera la confiserie , tant par convenance avec la fruiterie que par affinité avec les goûts des femmes et des enfants dont il faut étudier les fantaisies pour les amener promptement aux harmonies de série. Les trois manufactures qui me paraissent préférables , sont : pour les enfants, la confiserie ; pour les femmes, la broderie ; pour les hommes, la fabrique de meubles ; ce choix sauf meilleur avis.
Ce sera dans le courant d'avril qu'elle introduira sa 3e. ou lro. classe, composée d'une vingtaine de familles riches. On pourra en choisir la majeure partie parmi les propriétaires ou rentiers qui ont un état de maison audessus de leurs moyens, et qui, pour compenser les frais du séjour d'hiver à la ville, emploient économiquement la belle saison à savourer, avec une âme pure et une bourse légère, la touchante volupté du doux plaisir des champ» (vDelille).
Souvent ces familles louent une maison de campagne ; elles trouveront fort bien leur compte à entrer dans la Phalange , parce qu'elles y jouiront à peu de frais d'un luxe bien supérieur à celui quelles avaient dans la capitale, soit pour les voitures soit pour la table. Dès que ces vingt familles riches seront installées , on organisera les cuisines en chère de trois classes ; plus , la commande et tes animaux.
La Phalange simple ne pouvant pas établir en plein la domesticité passionnée , faute de Petites Hordes , elle y suppléera par une corporation externe composée de domesticité salariée et non sociétaire, affectée aux corvées qui seraient provisoirement hors de mécanisme et hors d'attraction ; mais non plus à celles qui, comme le service des cuisines, conviennent de prime abord au régime sériaire. Ainsi les employés des cuisines et des étables seront sociétaires et non pas salariés.
L'installation sera terminée une quinzaine après l'entrée de la lre. classe qui, en moins d'un mois, sera pleinement habituée au mécanisme de Série. L'initiative commence par les repas qui sont gais, économiques et somptueux en état sociétaire; des repas on s'initie aux fonctions du parterre et du potager, puis à celles des étables et des ateliers; mais toujours spontanément, par attraction, et sans statuts obligatoires.
Dans le cours de juillet, on admettra quelques sectaires dont le besoin aura été reconnu. La dernière admission, composée d'ouvriers les plus convenables pour obvier aux calmes passionnels de l'hiver, n'aura lieu qu'en septembre.
Je termine là cet aperçu qui deviendrait trop vague et exigerait trop de détails, tant qu'on ignore le local et les
moyens qui seront affectés à cette fondation : il suffit d'assurer que tous les obstacles sont prévus , et seront surmontés sans efforts.
IIIe. CANDIDATURE DE MOYENS ET DE CARACTÈRE.
Je dois, jusqu'à plus ample information , renvoyer ce sujet au demi-volume complémentaire , et me borner à une distinction primordiale , celle des moyens et du caractère.
Sous le rapport des moyens pécuniaires , il est en civilisation 4,000 candidats en état de fonder l'Association simple, entreprise purement agricole, et qui n'expose l'actionnaire ou fondateur à aucun risque.
Mais sous le rapport de caractère ou convenance d'inclination, l'on peut augurer que sur quatre mille candidats on en trouvera à peine le centième , à peine 40 de convenables. Peu importe ce petit nombre ; il n'en faut qu'un. On le découvrira bien en Europe ou en Amérique : indiquons la voie d'exploration, en l'appuyant de quelques citations d'individus.
Ce n'est pas sur les gens colossalement riches qu'on doit spéculer, car il ne faut pas une immense fortune pour se mettre à la tête d'une souscription de 3 à 4 millions. Quiconque peut fournir le 10e. de la somme, convient pour le rôle de chef actionnaire, fondateur en titre.
On ne doit pas jeter les yeux sur des hommes enclins à la petitesse. Je range dans eelte classe tous les effarouchés, ceux qui alarmés à juste titre du mal causé par les fausses nouveautés (H, 53), et nè sachant pas discerner entre la fausse et la vraie nouveauté , classeraient la théorie d'Association dans le rang des fausses nouveautés. Il est peu de gens aptes à faire cette distinction.
Appliquons ces règles à des personnages connus. On publia en 1 820 une liste do 25 des principaux propriétaires anglais , depuis le duc de Norlhumberland renié à 4 millions, jusqu'à sir Francis Burdett renié à 600,000 fr. M. le duc (un Devonshire, Bedford, Groswenor), premier candidat de moyens, pouvait se trouver 25e. candidat de caractère ; il était peut-être optimiste social , du nombre de ceux qui croient que tout va au mieux dans le monde, parce qu'ils vivent au large. (Ne l'ayant pas connu, je n'en affirme rien. ) D'autre part , M. Burdett , 25e. candidat de moyens, était peut-être 1er. candidat de caractère; car il est notoirement de ceux qui ne pensent pas que tout aille au mieux en civilisation, qui inclinent à goûter l'idée d'une erreur des sciences, et d'une destinée autre que l'état civilisé et barbare; de ceux enfin qui seraient entraînés à fonder l'Harmonie, pour la gloire de délivrer le genre humain de la lymbe sociale, et d'obtenir le prix réservé à ce bienfait, l'omniarcat héréditaire de l'unité universelle.
Dans la même liste je distinguai M. Cooke, agronome très-renommé, et qui sans doute n'hésiterait pas à croire que le genre humain est fait pour la culture sociétaire et l'industrie combinée , plutôt que pour les fourberies , déperditions et misères qui naissent de la culture morcelée.
Sauf erreur , et d'après les renseignements donnés par les gazettes, il m'a paru encore que le duc de Devonshire et le comte Groswenor pouvaient être comptés parmi les candidats de caractère. Il en est probablement d'autres sur les 25; mais ne les connaissant pas, je ne puis en juger. Quant aux riches capitalistes et négociants anglais qui n'étaient pas portés dans celte liste, s'il se trouve
parmi eux des êtres aussi honorables que Tétait le négociant Gresham , de Londres , ceux-là sont candidats de caractère.
Je ne doute pas qu'on n'en trouve bon nombre aux États-Unis , et que la fondation de Tordre sociétaire n'y soit envisagée comme affaire nationale , vu son extrême facilité , et le besoin urgent de régulariser les climatures et policer les Sauvages. D'ailleurs on y voit , parmi les citoyens, de très-nobles caractères, tels que M. Rufus King, signalé par l'offre qu'il fit, dans un moment de détresse, de prêter à l'état moitié de sa fortune. On peut donc espérer de trouver sur ce point des candidats de caractère, et surtout des masses de sous- candidats ou souscripteurs actionnaires.
Dans l'île de St.-Domingue , le président Boyer est vivement intéressé à ce qu'on arrive promptement à une issue de civilisation. [Il serait flatté de l'idée d'élever le genre humain à l'harmonie universelle, aux vraies lumières, par entremise de ces noirs que la civilisation veut proscrire, placer au-dessous du rang d'hommes.] Même intérêt. doit stimuler les chefs des gouvernements américains nouvellement affranchis : ce sont des candidats sur qui Ton doit jeter les yeux, notamment sur le président Bolivar qui , illustré par ses faits d'armes , ne Test pas moins par son désintéressement politique , et son humanité à T égard des nègres dont il a ménagé l'affranchissement.
Passant au continent européen , nous n'y trouverons pas nombreuse clientelle ; cependant je vois en Hollande un candidat très-distingué , le baron de Wulferer , de La Haye , qui a de ses deniers avancé aux Grecs , en munitions et secours, plus d'un million de florins , et a contre-
balancé à lui seul la tendance de la chrétienté à livrer celte malheureuse nation aux bourreaux mahométans. Un tel homme est de droit au 1er. rang parmi les caractères magnanimes et vraiment philanthropiques. Tels sont les êtres vers qui il faut tourner ses regards, pour la délivrance du genre humain et la fondation d'une Phalange démonstrative.
Jetant les yeux sur l'Allemagne, je n'y vois pas de candidats de caractère parmi les grands et les riches personnages. Les deux rois de Danemark et de Saxe ont été dépouillés d'un tiers de leurs étals ; seraient-ils sensibles à l'idée d'obtenir en indemnité plus qu'ils n'ont perdu ? Ils traiteront d'illusion celle perspective : ni ces princes , ni d'autres , ne penseront que le genre humain soit malheureux en civilisation. Il n'est donc d'autre moyen à faire valoir auprès d'eux, que l'appât du triplement subit de revenu.
Parmi les princes dépossédés, il s'en trouve de collectifs, comme les magnats de Pologne et les trois sénats de Venise , Gênes et Lucques. Ceux-là , mécontents de la civilisation, peuvent goûter l'idée de passer à une autre période sociale , et entreprendre la facile fondation qui élèvera le globe à l'unité.
Parmi ceux qui ont perdu un trône, on peut remarquer le prince Eugène de Lcuchlenberg, candidat d'autant plus précieux que, si un personnage marquant de l'Allemagne incline à la fondation, il trouvera foule de sous-candidats ou actionnaires parmi les Allemands de moyenne fortune , et même parmi les grands. La nation allemande, renommée par sa judiciaire , est la plus apte à peser et apprécier les immenses avantages de l'Association : j'en conclus qu'on doit beaucoup compter sur elle.
En Italie cl en Pologne, on trouvera des candidats parmi les princes et les grands. La circonstance les a entraînés dans les débats révolutionnaires; ils y ont été froissés, et inclineront d'autant mieux à penser que la civilisation , incompatible avec toutes les idées généreuses , n'est point la destinée du genre humain.
Telle est l'opinion de tout parti battu en révolution : les hommes en général ne reviennent de leur engouement pour la civilisation, qu'après en avoir été dupes. On pourrait , d'après ce principe , spéculer sur les partis battus, si ceux qui échappent à l'échafaud pouvaient emporter leur fortune. C'est ce qui n'a pas lieu : de là vient que l'Italie, l'Espagne et le Portugal, qui auraient fourni beaucoup de candidats , ne seront peut-être d'aucun secours.
Je devrais considérer la Russie comme abondante en candidats, si l'esclavage des cultivateurs ne s'y opposait à l'essai du mécanisme d'attraction : l'on ne pourrait ni organiser, ni faire manœuvrer des Séries passionnelles en les composant d'esclaves. D'ailleurs , les seigneurs russes , habitués à conduire à coups de fouet leurs paysans, admettraient difficilement l'idée de culture attrayante et opérée spontanément sans fouets ni supplices.
Cependant aucun pays n'a un besoin plus pressant de la restauration climatérique ( note A , II , 84 ) ; aucun ne serait plus intéressé & voir l'oranger croître en pleine terre à Kola., Nord-Laponie , sous cinq ans (plus, les 2 ans nécessaires à l'épreuve démonstrative ). Les seigneurs russes , possesseurs de vastes domaines que les frimats frappent de stérilité , trouveraient dans ce seul incident un triplement de fortune, indépendamment des
autres chances de triplement , inhérentes au mécanisme sociétaire.
Plusieurs de ces Boyards pourraient, même sans toucher à leur revenu , effectuer la fondation. J'ai ouï dire que le prince Scheremetoff avait refusé un million d'un riche serf qui voulait s'affranchir à la suite de quelque grand bénéfice, héritage ou autre. En acceptant l'offre et employant ce million à former la compagnie actionnaire de 3 à 4- millions, le prince travaillerait pour l'intérêt du genre humain et pour le sien : la perspective de l'omniarcat du globe peut bien tenter un homme riche à 1 2 millions de rente. Le prince Labanof construit , dit-on, un palais dont les frais s'élèveront à 40 millions. Qu'il essaie de laisser une aile en suspens , et d'affecter 3 millions à la fondation sociétaire, affaire digne de réflexion! (Hem, la bâtisse de Saint-Sauveur, à Moscou.)
Et la France n'offre-t-elle donc point de candidats? Le duc d'Orléans, par la naissance d'un héritier de la couronne, vient de perdre un beau trône qui serait échu à sa famille : ne scra-t-il point tenté d'obtenir un trône cent fois plus beau que celui de France ?
D'autres aussi ont les moyens et paraissent enclins aux grandes choses : malheureusement l'eprit français viendra à la traverse : nul homme en Fronce n'oserait se prononcer sur une idée neuve , avant que les détracteurs et les sceptiques n'eussent donné l'impulsion.
Pour mieux définir l'obstacle, je pourrais indiquer en France une gamme complète d'antagonistes; ils débuteront par des mesures hostiles contre une découverte qui est tout à leur avantage ; en voici la séquelle.
Table des Antagonistes français,
K Les Calembourgeois. ^ Les Impossibles.
, T , 18. Les sophistes.
T 4. Les rétrogrades.