Les impics
Y Les Effarouchés. \ Les Entraînés.
J'avais joint à cette table une note explicative de chacune des 16 espèces ; mais le commentaire eût paru offensant à la nation française qui n'aime pas les vérités : aussi ai-je réduit à 18 défauts au lieu de 36, l'Ulter-Logue (371). Ici je réduis de 16 à 4-, expliquant seulement les pivots Y et transitions K (0.
(1) K. Les Calombourgeois. Dans tout autre pays, ils ne seraient rien moins qu'une puissance; ils en sont une en France. Le moindre calembour sur l'attraction passionnée intimidera vingt académies et jettera dans l'hésitation celles qui inclineraient à une opinion favorable. En vain leur dirait-on que les calembours sont le talent du petit peuple, des compagnons du gavot; raison insigniûante aux yeux d'une nation qui n'estime que les jeux de mots et l'abus du bel esprit. Il en résulte que les Calembourgeois, sans être tout a-fait en France les arbitres de l'opinion, exercent par initiative une hante influence; et il suflirait d'eux seuls pour faire tomber toute la nation française dans le vice indiqué (II, 55), le tort de confondre les vraies nouveautés avec les fausses; de se laisser gagner de vitesse par d'autres qui pourront opiner à agir, tandis que les Français perdront le temps à parler, et manqueront, pour un jeu de mots, le remboursement de leur dette de 12 milliards.
H. Sur la ligne des Calembourgeois figurent les Impossibles, gens qui font encore moins de frais d'esprit , et obtiennent en France de l'influence a bon marché, car leur science tout entière consiste dans le seul mot IMPOSSIBLE. Ces deux classes vicient
Toute règle est sujette à exception : je ne doute pas qu'il ne se trouve parmi les grands dignitaires de France, des hommes plus clairvoyants que leur nation, et qui, en dépit du scepticisme , apprécieront la découverte, et reconnaîtront quelle duperie ce serait à la France de n'en pas prendre l'initiative.
Parmi les candidats, on peut porter en liste les sociétés qui ont un but philanthropique ou industriel : en Angleterre, celle de l'abolition de la traite, et celle des découvertes dans l'Afrique intérieure : en France , celle d'encouragement de l'industrie nationale , et autres à qui la théorie d'Association devient indispensable pour les conduire à leur but , d'où les éloigne de plus en plus le régime civilisé.
l'opinion sur tout ce qui touche aux découvertes *, accueillant les mauvaises, comme le sucre de lait et le café de chicorée, et rejetant les bonnes, entre autres la vaccine qui a lutté vingt ans contre les détracteurs avant d'être admise.
Je place en transition lesdites coteries, sous-directrices de l'opinion française que régissent en pivot les deux suivantes.
Y. Les Kffarouchès. La peur ne raisonne pas : une fièvre de peur a gagné l'Europe ; elle a désorienté certaines puissances , à tel point qu'on a vu la Russie perdre, en six mois, le fruit des travaux de Pierre et de Catherine, et manquer le moyen de mettre un terme aux révolutions civilisées, aux brigandages ottomans et barbaresques : V effarouchement ou frayeur outrée de l'esprit révolutionnaire empêchera les cabinets européens d'apprécier la seule invention qui puisse servir leurs intérêts politiqueset fiscaux. La découverte de l'Association aurait été, il y a 40 ans, accueillie d'eux avec transport : à cette époque j'aurais compté pour candidats tous les souverains d'Europe : aujourd'hui la défiance les a gagnés, et sans vouloir distinguer entre la fausse et la vraie nouveauté (II, 55), ils dédaigneront le calcul de l'Harmonie par cela seul que c'est une nouveauté. Au reste , une puissance plus
Àu nombre des corporations à compter pour candidats, on doit placer le clergé de France. Aucune classe n'est plus intéressée à réparer promptement ses pertes : sans trop d'attachements aux biens temporels, on regrette nécessairement ceux dont on a été dépouillé. L'état sociétaire assurerait d'emblée au clergé une compensation plus que suffisante ; la place de curé élevant au rang de magnat de Phalange, devient en Harmonie un poste équivalent, pour le temporel, au sort d'un archevêque de France. Le bien-être des vicaires sera en proportion $ ce qui me donne lieu de remarquer qu'aucune classe n'est plus vivement intéressée que le clergé français , sous les
clairvoyante fera sagement d'entretenir leur défiance pour les gagner de vitesse.
J^. Les Entraînés ; entre autres les journalistes, corporation obligée à une pleine déférence pour l'opinion. A. Rome, le cri du peuple était , Panent et circenses; en France le cri public est, Panem et derisores. Le Français veut des railleries à tort ou a raison ; elles suffisent à l'indemniser de la perte d'une bataille , d'une province, d'un musée.
Tout journaliste est dans la passe du négociant obligé d'approvisionner son magasin des denrées que lui demande le consommateur. Une gazette, en France, est donc Jobligée de railler les découvertes provenant des Français , et se prêter à l'esprit de la nation qui aime a ravaler les siens, selon ta doctrine du R. P. Franchi : Vamour du mépris de soi-même.
Par suite de ces travers on ne peut espérer en France que des candidats hésitants , des Traînards qui arriveront après le gain de la bataille. Je souhaite au reste que les exceptions soient assez nombreuses pour démentir l'augure ; mais il suffirait déjà de ces 4 sortes d'antagonistes pour frustrer la France : que sera-ce en y. ajoutant les 12 autres dont je supprime l'analyse, de peur qu'on ne considère comme diatribe malveillante ce tableau très-impartial du zoïlisme français ?
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rapports de la charité chrétienne et de l'intérêt corporatif, à accélérer l'épreuve de l'Association.
La mort a enlevé « divers » candidats sur lesquels on pouvait raisonnablement asseoir des espérances.
Le 1er. étant le prince de la Paix. Possesseur d'une fortune gigantesque et tombé dans la disgrâce, il aurait goûté l'idée de devenir subitement le premier homme du monde , sans aucun risque pécuniaire , et il aurait fondé la Phalange d'épreuve en Italie , local éminemment convenable par la douceur du climat et la longue durée des cultures.
Le 2e. était le feu duc de Bedford qui, à une fortune colossale , joignait le goût des grandes améliorations agricoles, et semblait appeler une méthode ultra-civilisée. D'après la protection et les secours effectifs qu'il accordait à l'utile industrie, il est hors de doute qu'il aurait ambitionné le titre de fondateur de l'Association, et le sceptre du globe.
Le 3e. candidat défunt était Bonaparte, qui aurait envahi ce rôle non par générosité, mais par voracité de puissance, par impatience de monarchie universelle, et crainte d'être devancé en Angleterre. L'entreprise convenait merveilleusement à son caractère ; il n'eût pas tenu un quart d'heure contre la chance de s'élever au trône du monde, et opérer l'unité universelle par une petite entreprise qu'il pouvait exécuter en G mois à côté de son palais de St.-Cloud, et sans aucun risque ni pécuniaire ni politique. Il aurait employé dix mille ouvriers à accélérer la fondation, transporter des arbres à fruit avec leur terre enlevée en cylindre.
Dans cette occasion, Bonaparte, par égoïsme outré, aurait fait l'acte le plus philanthropique, le bien de l'hu-
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manité entière. La perspective d'unité universelle aurait flatté Bonaparte , même sur ses goûts les plus critiqués , tel que celui de vouloir transformer en militaires jusqu'aux boulangers et écoliers : c'était une manie d'unitéisme; elle serait pleinement satisfaite dans l'état sociétaire qui, dès la 2e. année, habituera les 900 millions d'hommes , femmes et enfants , à opérer aussi unitairement qu'une légion de 900 hommes.
On demandera pourquoi je n'ai pas publié l'ouvrage sous le régne de Bonaparte , aux goûts de qui l'opération eût été si bien adaptée ? C'est que je ne connaissais pas la théorie du mode simple. Je n'ai fait qu'en 1814 et 1817 les deux principales découvertes sur le mode composé , et qu'en 1819 l'invention du simple. Le hasard ayant dirigé à contre-sens la marche de cette nouvelle science, et rn'ayant engagé d'abord dans le calcul du mode composé, j'ai dû différer longtemps à le publier, parce qu'il exigeait de pénibles recherches , qui n'avançaient que lentement et sur lesquelles j'ai souvent échoué des années entières.
Tous ces calculs n'étaient pas rigoureusement nécessaires ; je n'y lenais que pour lutter contre une nation de détracteurs qui se plaît à écraser toute invention d'un compatriote. Elle aurait pu jouir de celle-ci et la mettre à exécution, en mode sur-mixte (II, 22), dès l'an 1805. Bonaparte encore gêné à cette époque dans ses projets d'agrandissement, aurait saisi avec avidité cette chance de gloire et de suprématie universelle.
Négligeant les défunts , nous avons encore dans neuf classes de vivants, des candidats notables.
1. Parmi les entreprenants , je distingue l'amiral Cochrane, homme aventureux en guerre et en industrie, car il a établi de grandes usines au Chili. On assure qu'il
a fait d'amples bénéfices dans ses expéditions navales ; c'est tout à point un candidat pour la fondation de Tordre sociétaire.
2. Parmi les agronomes politiques , je ne sais si M. de Fellenberg inclinerait à se mettre à la tête de la société actionnaire. Je ne connais pas assez son caractère pour asseoir un jugement à cet égard.
3. Parmi les proscrits, les Grecs qui auront pu échapper aux boucheries ottomanes : on assure que le prince Karaza, retiré en Italie, possède de grands capitaux. L'entreprise lui conviendrait sous tous les rapports.
4. Parmi les ambitieux : je lisais dernièrement que le marquis de Londonderry a dépensé 30,000 I. sterl., soit 750,000 fr. pour sa première élection. Ceux qui font en Angleterre de tels sacrifices pour une fonction temporaire , hésiteront-ils à employer pareille somme , non pas en dépense perdue , mais en avance garantie pour une fondation qui , au lieu de conduire au médiocre poste de député, conduira au trône héréditaire du globe. Voilà une proie faite pour tenter un ambitieux.
5. Parmi les colons : dernièrement une réunion de 200 familles suisses a fondé sur l'Ohio, la ville de Neu- Vevay, composée d'environ mille habitants inégaux. Ils auraient fait moins de frais pour une distribution de Phalange mixte de 4e. degré (III, 437). Ainsi beaucoup d'individus et de corporations mettraient et auraient mis en pratique le procédé sociétaire , s'il eût été plus tôt découvert.
6. Parmi les négatifs : je range dans cette catégorie les gens enclins aux folles dépenses, et incapables de faire de la fortune quelqu'emploi judicieux. Certain fermier général (j'ai oublié son nom, bien digne d'oubli),
dépensa 4 millions pour donner à Louis XIV une fêle instantanée , recevoir dans son château le monarque à son passage. Louis dédaigna ce stupide hommage et ne s'arrêta qu'un quart d'heure chez le traitant qui insultait à la misère des peuples par cette dépense de 42 millions (4 millions du siècle de Louis XIV en valaient 12 de nos jours).
Les sangsues de celte espèce n'adhéreront jamais à faire un sage emploi de capitaux , dans une entreprise agricole , manufacturière et franche de risques, telle que la fondation de la Phalange d'épreuve : ils sont candidats de haut degré en moyens pécuniaires, mais candidats crétins en moyens intellectuels.
7. Parmi les occasionnels , c'esl-à-dire ceux qui ayant une somme très-majeure engagée dans une affaire ingrate , peuvent en distraire tout ou partie sans paralyser l'entreprise. Telle est la situation du corps germanique ; il a 20 millions en dépôt pour la fortification d'Ulm, non adoptée ; sur quoi on lui a observé avec raison ,
1°. Qu'UIm tout seul ne formant pas ligne serait insuffisant à arrêter un ennemi victorieux.
2<\ Qu'il faudrait, même en appuyant Ulm par d'autres forts, en établir encore une première ligne sur le Rhin.
3°. Que les plans proposés pourraient entraîner une dépense de 100 millions au lieu de 20.
Le corps germanique n'en serait donc pas quitte à moins de 100 millions, dont le 20e. est 5 millions.
Qu'il essaie d'affecter ce 20e. à la fondation de la Phalange d'épreuve. Les fonds ne seront pas aliénés pour cela , et seront dans tous les cas placés aussi solidement que chez un banquier, où ils sont demeurés 3 ans sans intérêt.
Belle cause à plaider vers le corps germanique, d'autant mieux que toutes ses familles souveraines et princières auraient besoin de procurer des sceptres à leurs nombreux enfants ou collatéraux. Je les invite à réfléchir sur la perspective , exposée II, 376 et 419.
On devra faire valoir la chance d'inutilité prochaine de toutes les forteresses, dés l'instant où le globe passera à l'Harmonie sociale; puissant motif de distraire , pour un essai exempt de risque , une portion de toute somme affectée à ces constructions , et déjà versée en dépôt.
Nous pouvons donc placer le corps germanique au premier rang, parmi les candidats occasionnels; mais il présente l'inconvénient de masse disséminée , qu'il est difficile d'amener à une décision, même dans l'affaire la plus favorable pour elle. Ce n'est pas moins un sujet de spéculation , sous le double rapport de la disponibilité des fonds , et du danger encouru par le corps germanique de quintupler inutilement le fonds de 20 millions déjà fourni.
Concluons de ce tableau , qu'on trouvera facilement un fondateur, puisque sur 4000 candidats il suffit d'en convaincre UN SEUL. Encore dans ces aperçus n'ai-je pas mentionné les deux plus notables, deux candidats vraiment forcés et pivotaux, \ en individuel et Yen collectif.
La précaution à employer pour déterminer les indécis, c'est d'établir une distinction exacte entre la forme et le fond du débat.
Quant au fond , il s'agit de savoir si le procédé d'Association est découvert , et si ce procédé est vraiment la Série passionnelle, contrastée, rivalisée, engrenée. Les détracteurs nieront et railleront , selon leur usage : mais présentent-ils un procédé meilleur ? Non ; ils n'en proposent aucun , n'en savent imaginer aucun ; ils ne
sont habiles qu'à diffamer les inventeurs et non à les suppléer : comparables k de mauvais soldats qui refuseraient de combattre et voudraient, après la victoire, dénigrer ceux qui ont monté à l'assaut : bien fou qui prêle l'oreille à de pareils hommes.
Quant a la forme, ils trouveront amplement à mordre ; mais il restera à examiner s'ils ne sont pas dupes de leur malice , et pris aux divers pièges que je leur ai tendus. (Voyez le plan de ce tome, page 433.)
Les lecteurs impartiaux et faibles approuveront le fond et non la forme ; les lecteurs judicieux approuveront l'un et l'autre , et concevront que l'inventeur, n'ayant besoin que de persuader un candidat sur 4000, n'a que faire d'en convertir 3999 plus ou moins imbus de préjugés, ni de recourir à la flatterie qu'exigent les gens opulents. On doit peu compter sur les personnages heureux ; la prospérité les enivre , les aveugle sur fe mal-ôlrc général, et leur persuade que l'état civilisé est , selon l'avis de Pangloss , le meilleur état du meilleur des mondes. tt est mieux de jeter les yeux sur les hommes qui ont essuyé quelques revers, et qui, atteints par le malheur, sont forcés de croire à son existenee et de suspecter ht civilisation.
Nota. V Epi-Section devait contenir un 4*. article affecté aux aperçus d'Association sous-hongrée ( III, 4^7) .* beaucoup de gens nont pas les moyens de tenter une réunion de 4<>o , 5oo , 600 , et pourraient entreprendre sur 200 personnes, soit 4<> familles, on y employant quelque monastère vacant.
Sur ce, j'ai observé que plus le nombre va en diminuant, plus l'opération rencontre d'obstacles. Elle n'est pourtant pas impossible à 200/ mais ce serait un sujet d'amples détails gui pourront trouver place dans un autre volume, si on parait les désirer.