Lycéens, 5. Gymnasiens
En complément du mécanisme social de ces tribus , il faut appliquer â leurs exercices matériels les lois d'équilibre établies pour le passionnel.
Envisageant la gymnastique selon les principes établis (185), nous conclurons qu'elle doit être bi-composée; embrasser (2) tous les détails d'exercice corporel ; éviter les lacunes risibles de l'éducation civilisée qui n'exerce l'homme que d'un bras et nullement des pieds, fort peu des jambes , excepté dans la classe des danseurs de profession.
La gymnastique harmonienne devra donner à l'exercice de tous les membres une proportion constante , afin
d'éviter les disparates d'accroissement. D'ordinaire , la force et les sucs nourriciers se portent sur la partie exercée ; de là vient qu'on voit les danseuses musclées et bien moulées d'en bas , mais souvent grêles dans le haut du corps ; effet nécessaire d'une fonction exclusive qui n'exerce ni le buste ni les bras. Le contraire a lieu chez les boulangers qui ont le train d'en haut renforcé.
D'autres emplois exclusifs exténuent bientôt la partie fatiguée : par exemple, les vignerons cultivant des pentes ardues sont fatigués de l'arrière par la déclivité du terrain, et leur jambe reste grêle malgré la vigueur du corps. Même inconvénient affecte la cuisse des cavaliers. Toutes les fonctions civilisées lèsent quelques parties du corps , parce que toutes sont poussées à l'excès, qui sera inconnu dans les séries pass., exerçant par séances courtes et variées, développant successivement toutes les parties du corps sans en excéder aucune.
Cette graduation balancée ne pouvant avoir lieu que dans l'ordre sériaire , il est le seul dont on puisse espérer les fruits d'une gymnastique intégrale , adaptée sans lacune et sans excès à toutes les parties du corps. Ces fruits, nous le verrons à quelques lignes d'ici, ne se bornent pas & la vigueur et la dextérité : on en recueille bien d'autres avantages ; mais achevons sur leur intégralité dont il est à propos de préciser les conditions.
C'est un phénomène , parmi nous, qu'un ambidextre ; tandis qu'un monodextre , comme nous le sommes tous , passerait en Harmonie pour un estropié ; et l'on jugerait bi-estropié celui qui, comme nous, ne ferait aucun usage des doigts de pied.
Loin de réduire ses pieds à l'état de moignons sans industrie , un harmonien d'un ou d'autre sexe fait parade iv. 9
des doigts de pied comme de ceux de main, et leur procure par l'industrie un plein accroissement : un organiste en costume d'étiquette étale des diamants [et manchettes] aux pieds autant qu'aux mains , en faisant mouvoir des claviers de touches pédestres. Au reste, c'est un effet hien assorti à notre simplisme social , que d'avoir su réduire nos doigts à une seule gamme, quand nous pouvons en avoir deux, et d'avoir réduit un de nos bras à demiforce par défaut d'exercice. N'est-ce pas opérer comme un instituteur qui ferait crever un œil et boucher deux oreilles à chaque enfant , pour l'élever à la perfectibilité perfectible ?
En service de pied et de talon, nous sommes vraiment réduits à cet état ; nous employons le pied pour simple touche, notamment dans les pédales d'orgue et les métiers à fabrique d'étoffes. Un harmonien exécutera du talon tout service que nous faisons de la pointe du pied. Un tisseur ou organiste aura, dans ses deux jeux pédestres, des claviers garnis de pédales à l'arrière pour le jeu des talons, et de touches à l'avant pour le jeu des doigts. Une latte polie servira à promener et appuyer le pied; et pour mettre en action tout ce mécanisme, l'ouvrier ou organiste fera usage d'une chaise tournante en forme de selle ; c'est l'assiette la plus commode pour les développements combinés des bras et des jambes.
Mais ce travail très-compliqué n'occupe guère en Harmonie qu'une séance d'une heure ; s'il fallait y vaquer comme nos ouvriers , pendant des journées entières , les corps au lieu d'y trouver un salutaire exercice , en seraient bientôt exténués , comme certaines classes d'oùvriers de Lyon dont l'existence ne peut guère s'étendre que jusqu'à l'âge de 30 ans.
L'orgue touché à quadruple jeu , tel que je viens de le décrire , est fort éloigné du rang d'exercice intégral ; quoiqu'il exige des mouvements de bras et de jambes , il n'exerce pas le tronc , et l'usage trop fréquent de cet instrument ou d'autres fonctions semblables ne porterait les sucs nourriciers que dans les membres. La gymnastique, pour être intégrale, devra être quaternaire et pivotale , mouvoir pleinement le tronc et les quatre leviers. Un bûcheron n'exerce que le haut du corps et les bras; il faudrait qu'après une séance de deux heures, il passât à une fonction qui mît en jeu les parties inférieures du corps , et que de variante en variante , le corps entier fût pleinement exercé au bout de la journée : tel est constamment l'effet des travaux harmoniens distribués par courtes séances de Série.
Celte intégralité habituelle de gymnastique, en la supposant soutenue et continue , depuis la basse enfance et dans tout le cours de la période d'accroissement, procurera aux Harmoniens un avantage bien inconnu et trèsinespéré, qui est le retard de puberté. Un jeune habitant du 40e. degré, élevé selon cette méthode , ne sera pas pubère avant l'âge de 18 et même 19 à 20 ans; les filles en proportion. Retard bien précieux , et sans lequel les corps harmoniens ne pourraient pas, dans le bas âge, acquérir les forces nécessaires à fournir une carrière de 144 ans, terme futur d'un homme sur douze.
Je désigne ici le 40e. degré en moyen terme, parce que d'autres incidents dont il n'est pas encore temps de donner connaissance, procureront aux harmoniens habitant l'équateur, plus de longévité qu'aux habitants du 60e. degré. Bientôt sous les climats brûlants de Sénégal et de ISigritie , les corps humains surpasseront en blancheur ceux
d'Ecosse et de Suède. Ces phénomènes de génération matérielle seront dus à la gymnastique intégrale combinée avec d'autres moyens.
Bornons-nous à traiter de celui qui est l'objet de ce chapitre.
La précocité d'avènement en puberté n'est chez nous, que l'effet d'une yicieuse distribution des fluides. Un membre non exercé ne prend ni accroissement ni vigueur; et comme les corps civilisés ont toujours beaucoup de parties appauvries par ce vicieux régime , les sucs nourriciers ne sont pas absorbés et distribués méthodiquement. Les fluides surabondants font de bonne heure une éruption sur un point ou ils auraient dû se porter beaucoup plus tard f s'ils eussent été activement et continuement absorbés par une gymnastique intégrale, entretenue dès l'enfance.
On pense généralement que la délicatesse de nourriture est la vraie cause de cette puberté précoce qu'on remarque chez la classe riche. On cite comme preuve le paysan qui souvent est à peine nubile à 16 ans, tandis qu'on marie les rois à 14. Leur accroissement est terminé à 18 ans, celui du villageois ne t'est pas à 21.
On commet sur ce point une erreur, qui est de prendre les effets de faux essor (164) pour effets d'ESSon direct, ibid. Il n'est pas pressant d'éclaircir ce problème qui se complique avec des questions non encore traitées. Bornons-nous à des indices de faux jugement , entre autres l'induction tirée de la nourriture délicate.
Aucun monarque n'élève son fils au rôle d'Apicius ; tant s'en faut : l'héritier du trône est souvent nourri plus sobrement que le fils d'un bourgeois de oampagne , dont les aliments sont d'aussi bonne qualité que ceux d'un fils
de prince moralement élevé. Cependant on ne voit pas que ces jeunes campagnards soient nubiles et en pleine puberté à 14 ans. Cette précocité se manifestera plus tôt chez un jeune bourgeois de la ville, parce qu'il prend moins d'exercice , ne vaque à aucuu travail de force , et fait souvent des excès obligés, en occupations sédentaires d'école et d'étude.
C'est donc l'exercice, bien plus que la qualité des aliments ., qui influe sur cette accélération de nubilité : elle s'opère sous l'équaleur malgré la plus chétive nourriture, et par une autre cause , la dilatation des pores.
Voilà déjà des erreurs sur ce qui touche aux causes de nubilité précoce : j'en pourrais indiquer d'autres ; mais , je le répète , l'examen de ce sujet serait hors du cadre de celte section , et pouvait tout au plus trouver place dans la grande note £ (Pivot inverse), qui n'était pas assez étendue pour entrer dans ces détails. Il suffit de dire provisoirement que le précieux effet de tardive puberté, ne pourra être dû qu'à l'accroissement unitaire et proportionnel de toutes les parties du corps ; effet impossible à obtenir en régime civilisé, où ou arrive constamment aux excès contraires.
Un autre levier composé qui manque tout-à-fait dans l'éducation actuelle , c'est la gymnastique intégrale de l'âme, je veux dire, l'exercice proportionnel de toutes ses facultés, combiné avec l'essor permanent de l'Attraction, ou état de bonheur continu et de joie .permanente.
Loin d'un tel contentement, l'enfant civilisé est accablé d'ennui et de disgrâces. J'admets que le plus ou moins d'ennui n'influe pas sur son accroissement actuel , et même que l'ennui engraisse les sots, selon certain dicton; il
n'est pas moins évident que l'ordre civilisé est tout-à-fait dépourvu de ce levier composé, de ce double bien-être de f âme dont il faut porter en compte les influences , dans le cas où elles se combineraient avec la gymnastique intégrale ; elles lui prêteraient un secours dont nous ne saurions estimer l'efficacité, tant que la théorie des équilibres passionnels ne sera pas complètement publiée.
Les idées neuves ne font aucune impression sur l'esprit du lecteur, si on n'insiste pas pour lui en faire sentir l'importance ; il est à propos de s'appesantir sur celle-ci.
Il s'agit d'estimer l'influence que peut exercer sur le physique des enfants et sur les développements du corps humain, un essor intégral des facultés et attractions de l'âme , combiné avec Vexerciee intégral des facultés du eorps par la gymnastique proportionnelle.
Un siècle qui met en problème l'existence de l'âme , peut bien révoquer en doute les influences de l'âme sur les développements du corps : à son septicisme, opposons des faits.
Il est déjà plus qu'avéré que fe chagrin peut causer la mort : chaque jour on en voit les preuves. Un. revers de fortune, un décès de personne aimée, une disgrâce politique, sont des coups de foudre qui par fois emportent celui qui en est frappé.
Une vérité non moins certaine, quoique les preuves en soient plus rares, c'est qu'on meurt de joie comme de chagrin. Les journaux de 1819 en ont rapporté trois à quatre exemples, entre autres celui d'un portefaix, joueur de loterie, qui à Paris gagna une forte somme, et qui, voyant ses numéros sortis et affichés vers la halle aux blés, s'évanouit de joie. Transporté chez lui plus mort que vif, il ne survécut pas une journée à cette bonne fortune.
tlVREU. SECTION IV. 499
J'ai conservé dans des manuscrits égarés les notes et époques de trois décès par violente sensation de joie, relatés en 1849 ou 4820.
Il est donc certain , quoique cet effet soit très-rare , que la joie influe sur le physique au même degré que le chagrin , qu'elle peut de même donner la mort. Il est vrai que la civilisation perfectibilisée causera cent mille morts de chagrin pour une mort de joie ; qu'importe à la question? voilà le principe établi par des faits incontestables.
Si les deux impressions , joie et chagrin , peuvent causer la mort, elles peuvent, à plus forte raison, produire sur le physique de l'homme toute l'échelle d'effets intermédiaires; dépérissement gradué selon les doses de chagrin , et perfectionnement gradué selon les doses de joie ; effets qui influeront surtout dans le bas âge , époque du rapide accroissement.
En supposant donc une société (celle de 8e. période), qui assurerait aux enfants la jouissance continue de ces deux sources de bien-être spirituel, désigné plus haut sous le nom d'exercice intégral des facultés et attractions de l'âme, il est certain que les moyens d'accroissement de l'enfant seraient non pas doubles , mais quadruples , puisque ceux du physique interviendraient en même proportion par la gymnastique intégrale.
Quelles modifications ce régime de bien-être physique et moral exercerait-il sur le corps humain? Je le sais en grand détail, mais c'est un nouveau monde en physiologie ; je me borne à le faire entrevoir , et baisser au même instant le rideau.
Docteurs en perfectibilité , que pensez-vous de ce que la nature a noirci la face de l'homme dans les régions les plus fécondes? l'astre qui donne les couleurs et le blanc
à toute la nature n'imprime que la couleur du deuil sur le front du roi de la nature. Ce sceau de proscription est-il bien le sort ultérieur du genre humain ? et le peuple ne serait-il pas plus sensé que les académies, lorsqu'il se repatt de grossières caricatures qui peignent le monde à rebours (les lymbes sociales, II, 33)? Combien la populace amie de ces tableaux est plus judicieuse que les jongleurs qui chantent la perfectibilité , quand il est évident que le monde physique et moral est au plus profond de l'abîme; que sa marche est rétrograde en double sens; déclin matériel des dimatures, voyez la grande note A; déclin de mécanique soeiale, voyez les tableaux, II , 207, 219, sans qu'on puisse espérer ni cure ni palliatif dans cette civilisation gangrenée , qui, par sa tendance en quatrième phase, ne peut qu'empirer l'un et l'autre mal.