‹ Théorie de l'unité universelle (volume 2)Chapitre 44 sur 105 · La Cupide; 4. L'Évasive ; X La Mondaine oc Absorbante · texte numérisé non relu

La Cupide; 4. L'Évasive ; X La Mondaine oc Absorbante

1°. La Dogmatique, donnée ostensiblement par les précepteurs et professeurs, qui recommandent le mépris des richesses perfides et autres sornettes , les yerlus des deux Brutus, l'un immolant ses fils, l'autre immolant son père ; ou bien les vertus des jeunes républicains de Sparte , qui , en tuant des itotes à la chasse , volant leur subsistance , exerçant la pédérastie collective , préludaient aux vertus patriotiques de l'âge mûr.

L'institution , à la vérité , mêle à ces balivernes libérales, quelques préceptes excellents, mais qui ne font qu'effleurer et glisser. II arrive de cette bigarrure , que l'enfant goûte et admet ce qu'il y a de plus dangereux , et repousse le peu qu'il y a de bon. La cause en est dans le conflit des « autres > impulsions c que nous allons décrire. »►

2°. La Cupide ouinsocîale, donnée secrètement par les pères, qui enseignent à l'enfant que l'argent est le nerf de la guerre, et qu'il faut avant tout songer à gagner du quibus, per fas eLnefàs. Les pères n'osent pas donner en toutes lettres cet odieux précepte; mais ils le prennent pour canevas de leur doctrine , et disposent l'enfant à être fort accommodant sur toute chance de

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bénéfice , à savoir façonner la morale aux convenances de l'intérêt , [accommoder avec le ciel. ]

N'est-ce pas là le thème des leçons paternelles, saut l'exception qui confirme la règle ? D'ailleurs , sur ce Yice radical de l'éducation familiale, si quelques hommes probes font exception, leur nombre s'élève^Uil au 8e.? Pas même au 16e. Rari nantes in gurgite vasto.

3°. L'inscrgente , donnée cabalistiquement par les camarades qui , dans leur ligue turbulente contre les pédants -et les pères , ont pour règle de faire tout le contraire de ce qu'on leur ordonne ; railler la morale et les moralistes; briser, quereller, piller dès qu'ils ont un instant de liberté ; se venger de la soumission forcée par la rébellion secrète et la dissimulation concertée ; ériger l'esprit de révolte en point d'honneur, par dédain et sévices envers ceux qui favorisent l'autorité régentale.

4°. L'êvasive, donnée furtivement par les valets qui aident l'enfant à échapper au joug, le flagornent, le régalent en secret de friandises volées , pour se faire prôner auprès des pères. Ils le soutiennent et le conseillent dans toutes les menées tendant à l'affranchir des entraves morales : aussi l'enfant riche regarde-t-il les valets commt autant d'affidés secrets , et ceux-ci n'ont pas tort dans ce rôle ; car les pères et mères sont déraisonnables au point de renvoyer, sans autre motif, un valet qui déplairait à leurs enfants ou seulement au favori, [à l'enfant gâté.]

Tels sont les « systèmes d'éducation > qui se disputent l'arène , jusqu'à l'âge de 15^ ans, où un cinquième athlète plus vigoureux vient prendre la part du lion , tout envahir. Inter quatuor litigantes, guintus gaudet. Ce vainqueur est,

X L'éducation MONDAINE ou àbtorbante : il faut

la placer en pivot, puisqu'elle broche sur les quatre autres, et en élimine ou modifie tout ce qui n'est pas à sa guise.

L'enfant, à 16 ans, lors de son entrée dans le monde , reçoit une éducation toute nouvelle ; on lui enseigne à se moquer des dogmes qui intimident et contiennent les écoliers, à se conformer aux mœurs de la classe galante, se rire comme elle des doctrines morales ennemies du plaisir, et se moquer bientôt après des visions de probité , lorsqu'il passera des amourettes aux affaires d'ambition; enfln s'engager dans les folles dépenses, les emprunts usuraires, et communiquer sa dépravation à toutes les fillettes qu'il peut fréquenter.

Voilà un quadrille d'éducations bien distinctes, dont quatre sont en concurrence jusqu'à l'âge nubile , où la pivotale vient éclipser et absorber toutes les autres. Avant cet âge, la lre., celle des savants, n'a qu'une influence apparente : c'est entre les trois autres que la pomme est disputée; elles envahissent le cœur, l'esprit et les sens de l'élève ; et lorsqu'il atteint 15 ans, à peine lui reste-t-il de l'éducation dogmatique un léger fonds de préceptes vertueux, la plupart dangereux s'ils sont suivis à la lettre, mais qui n'ont d'empire qu'autant qu'ils se concilient avec les impulsions mondaines. [ L'éducation égoïste ou expérimentale apprend bien vite qu'argent est tout et façonne d'abord à la fausseté. ]

Cette complication d'instituteurs rivaux est assurément l'antipode de l'unité. Les moralistes feignent d'ignorer ce quadruple conflit ; il leur convient de le cacher, pour Caire valoir leurs services. Dans quelle défaveur tomberaient-ils, si l'on venait à reconnaître que tout cet échaffaudage d'institution civilisée n'est qu'un choc d'élé-

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ments inconciliables, un assemblage monstrueux de toutes les duplicités d'action?

Sur ce , les sophistes ne manqueront pas de répliquer, car ils n'ont jamais tort en paroles, non plus que les avocats : mais jugeons-les a l'épreuve , et sur quelqu'une de leurs tentatives récentes.

Je n'examinerai pas leurs prétentions à maîtriser l'ambition, l'amour, etc. : ils sont si nuls en ce genre de lutte , que leur reprocher leur impéritie , ce serait battre des gens à terre. Attaquons-les sur le point où ils croient avoir réussi, sur l'esprit libéral qu'ils se flattent d'avoir fait germer, et dont ils n'ont su créer que le fantôme.

Jamais la philosophie n'a su former une âme philanthropique et libérale (Extroduction); l'on n'a pas vu parmi ses élèves les plus marquants , tels que les princes, un millième de libéraux; et quant à ceux qui ont eu, comme Henri IV et Jules-César, quelque teinte de libéralisme, les uns, comme Henri, ont dû cet esprit à la bonne nature, et non pas aux pédagogues dont Henri ne fut point circonvenu; les autres, comme César, paraissent avoir dû beaucoup plus a la nature qu'aux leçons de la science. Du reste , les uns et les autres n'ont été que des avortons en libéralisme.

En effet, César n'eut pas la moindre idée neuve en philanthropie , et ne tenta rien , dans sa haute puissance , pour le bien-être du peuple , c'est-à-dire des esclaves , ni pour la garantie de minimum aux citoyens pauvres. Même reproche aux Anlonin, aux Titus, aux Marc- Aurèle : aucun d'eux ne tenta d'introduire cet affranchissement général qui s'opéra dans Rome.

Henri IV eut quelques lueurs d'esprit libéral, sans aucunes vues quant aux voies d'exécution. L'on peut ad-

mirer son vœu généreux de la poule au pot qu'il souhaitait à tous ses laboureurs ; mais cette poule au pot , à supposer qu'elle devînt leur lot , ne serait encore qu'une chimère libérale; car il existe, sous un laboureur de grande ferme , vingt valets qui ne tareraient pas de la poule. Ajoutons-y la femme et les enfants, qui, chez le viltageois, sont considérés comme une valetaille, et nourris bien différemment du père.

En général , parmi les princes qui ont fait de grandes choses, les uns, comme Pierre Ier. et Frédéric II, n'avaient reçu de leurs vandales parents qu'une mince éducation; les autres, comme Louis XIV et Alexandre , n'ont étonné le monde qu'en secouant le joug des doctrines scolastiques, en prodiguant les hommes et l'argent; ces monarques peuvent se dire :

« Je ne dois qu'à moi seul toute ma renommée,

» et rien à la science qui s'en arroge l'honneur. »

La nullité des instituteurs éclate dans la plus soignée des éducations; elle a formé Néron. C'était pourtant de très-habiles personnages et fameux libéraux que Sènèque et Burrhus : leurs talents réunis produisirent Néron. Qu'est-ce que nos philosophes modernes ont ajouté aux systèmes d'éducation? Quelques subtilités idéologiques et mercantiles ! Si on eût renforcé les leçons de Sènèque et Burrhus par le pathos métaphysique et économique des théories actuelles, Néron aurait perdu patience un an plus tôt, et aurait donné dans le crime un an plus tôt.

Au résumé , les instituteurs qui professent le libéralisme, loin de savoir rallier les élèves royaux à leur doctrine , les engagent involontairement dans les travers et les crimes. Ils ne savent former que des masques moraux , donnant dans tous les excès dès que le frein

est enlevé. Aussi la science confuse de ses défaites, cherche-t-elle chaque jour de nouveaux systèmes. N'estce pas s'avouer égaré , que de changer de route à chaque instant ?

Toutefois, ils ne sont en éducation que ce qu'ils sont en toute branche de leurs théories ; car, quel est le côté le plus ridicule de notre société civilisée? est-ce l'éducation qui forme les Tibère et les Néron? est-ce la jurisprudence avec son dédale de lois contradictoires? est-ce la finance avec ses raffinements qui n'enseignent que l'art de doubler les impôts? est-ce le commerce avec son grimoire d'agiotage et ses 36 crimes sociaux (II, 219)?

On ne saurait décider entre tant de perfectibilités.

Non nostrum inter vos tantas cotnponere lites.

Chaque branche du mécanisme civilisé semble être la plus vicieuse, et réclamer la palme du ridicule. On pourrait les comparer aux villes de Rouen , Troyes, Angers et Poitiers, disputant en France la palme de laideur, que le voyageur adjuge à toutes quatre, accompagnées de plusieurs autres; car il n'est rien d'abominable comme les villes de la belle France, hormis celles de Flandre bâties par les Belges, ou Nancy bâti par Stanislas. Mais la bâtisse purement française, petites rues d'Orléans, petites rues de Lyon , est ce qu'il y a de plus sale et de plus affreux en civilisation. Tout pétris de petitesse, les Français ont la manie de resserrer leurs maisons, comme si l'espace leur manquait; ils semblent craindre que le monde ne soit pas assez grand : ne serait-ce pas leurs esprits qui sont trop petits pour le monde, bien que chacun de leurs savants prétende en concevoir les harmonies et nous expliquer tunité de l'univers ?

On a vu , au Pivot Inverse, ulter , combien ils sont intrus en pareil débat, ignorant môme l'alphabet de la théorie , la condition d'unité

Trinaire en application aux trois principes , Quaternaire en liens de chacun des trois.

Nos savants sont de fort habiles gens , sans contredit : mais quelle est leur inconséquence de s'immiscer dans les questions d'unité, tout-à-fait étrangères à leur domaine ! On pourrait dans cette prétention les comparer à Bonaparte, qui, ayant assez d'états, et même trop pour un civilisé , pour un politique simpliste , voulut encore y ajouter la Russie , et finit par y échouer misérablement.

Telle est la démence des savants modernes , quand ils s'aventurent à deviser sur l'unité , grimoire impénétrable à quiconque envisage la civilisation comme destinée du monde social. Ils ne connaissent pas même les lois de la première unité , celle de l'homme avec lui-même , avec ses passions ; s'ujet dont Voltaire dit : mais quelle épaisse mit ! A plus forte raison peut-on le dire de leurs ténébreuses doctrines sur les deux autres unités, celles de l'homme avec Dieu et avec l'univers. En s' obstinant sur ce sujet , ils commettent double faute; montrer leur côté faible , et compromettre leur mérite réel.

Toutefois, s'ils ont quelque prétention à l'unité de système , ce ne sera pas en éducation, dont je viens de disséquer f édifice et mettre en évidence le savoir , faire. Il n'est aucun pays où les quatre impulsions données à l'enfant soient plus distinctes , plus hétérogènes , plus collusoires, qu'en France, et où la pivotale dite esprit de société , soit plus pervertissante , plus opposée aux préceptes moraux.

Convaincus, je pense, de leur duplicité et quadru-

plicité d'action dans cette branche importante du mécanisme social , les philosophes s'habitueront peu à peu à goûter la recommandation de leur divin Condillac , le conseil de refaire leur entendement , et oublier tout ce qu'ils ont appris dans cent mille systèmes.

Ils apprécieront mieux encore la sagesse de cet avis, dans le tableau harmonien de la quatrième phase d'enfance, âge de transition en puberté , partie la plus critique de l'éducation , et où la philosophie va se montrer ce quelle est partout, un colosse de duplicité, d? obscurantisme et d'antipathie avec la nature.

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