COMPOSÉ
Par exemple , on peut faire en ce genre un parallèle très-frappant de Bonaparte avec un quadrille de rois de France :
Pivota). Quadrille. Cumulatif.
Clovis • Louis IX )
Charlemagne. r ' r • rrrrl BONAPARTE.
Hugues Capei; Ja>u%s XI F. )
Les rapports du personnage cumulatif avec Louis XIV et Charlemagne sont si nombreux et si saillants, que depuis la restauration l'on n'a pas fait entendre le moindre éloge de Louis XIV, qui auparavant occupait seul la déesse aux cent voix , et qui , en politique sociale , opérait selon le principe de Bonaparte, l'état, c'est moi. Ce n'est guère que depuis un ou deux ans que ce roi est un peu amnistié.
J'ai ébauché le parallèle ci-dessus; il devait former le sujet de la note H : mais je le supprime , comme touchant aux affaires de parti, auxquelles je suis étranger, et dont j'aurais parlé en juge neutre , en analyste fidèle ; o'est un moyen sûr de déplaire à tous les partis.
La 7e. méthode, comprenant ces parallèles composés, etc., correspond à la passion dite composite ou engrenante fZme. des distribuées. Cette méthode abrège
le Iravail de mémoire, autant que les logarithmes abrègent le calcul : aussi correspondent-ils (table 253) à la composite.
X L'analogie universelle; méthode indiquée à l'article Pivot inverse (III, 212). Celle-ci doit s'allier avec les 7 autres, s'appliquer à chacune, sauf à discerner laquelle ou lesquelles des 7 conviennent à un caractère: en y ajoutant le secours de l'analogie , on peut conjecturer que le progrès de l'élève sera triple en rapidité.
^ En transition , j'ai placé une méthode vague , dite amorce locale et spéciale. Elle consiste à faire usage des bizarreries et écarts de règles qui peuvent exciter l'attention : tel est le roquement ou roquage , fort usité dans l'épopée et le drame ; on fixe d'abord l'imagination sur un fait remarquable , autour duquel on en groupe d'autres. Celte méthode irrégulière devient bonne , pourvu qu'elle réussisse à intéresser et stimuler. C'est à l'instituteur à savoir discerner les irrégularités convenables à chaque* élève , les transitions opportunes qui réussiront à éveiller la curiosité, ou en style de commerce, à engrener V affaire.
Par exemple , Nisus âgé de 14 ans n'a pas de goût pour l'étude de la géographie , mais il s'intéresse vivement à une guerre où se trouve son père , et dont chaque jour les gazettes apportent les détails. Il faut lui en faire suivre les opérations sur la carte, jour par jour, en pointant avec des épingles les positions d'armées. Ce sera un procédé de transition ou amorce locale et spéciale. Quand il connaîtra ce pays, quand il s'y sera intéressé , il faudra savoir l'exciter à l'élude de la sphère entière, étendre sa curiosité aux régions vicinales, et de proche en proche à toute la mappemonde.
Laquelle des 7 méthodes faudra-t-il appliquer? Ce ne sera pas celle des civilisés , l'analyse directe , qui décompose progressivement de l'ensemble aux parties ; rien n'est moins engageant pour les élèves; on en rebute les 9/10 si on leur présente la sphère armillaire et ses cercles : on les rebute plus facilement encore par la synthèse inverse, qui enseigne les distributions capricieuses et ridicules faites par la politique.
Peut-êlre en les amadouerait par un mélange des deux synthèses, de l'inverse ou division politique, avec la directe ou distribution des bassins; genre d'enseignement inconnu aujourd'hui: et peut-être faudrait-il combiner avec cette étude par bassins , un aperçu de géologie ou autres amorces locales et spéciales.
Le but étant de créer un germe d'intérêt chez l'étudiant, et développer ce germe par des moyens quelconques, toujours bons s'ils réussissent à passionner pour l'étude, on ne voit pas de quel motif peuvent s'appuyer les civilisés en proscrivant telle ou telle des 7 méthodes. Au dernier siècle on blâma d'Àlembert sur ce qu'il conseillait l'emploi de la synthèse inverse en étude de l'histoire. On lui reprochait de vouloir détruire le charme de l'histoire, et porter la sécheresse mathématique dans les méthodes d'enseignement (0.
(i) Toute découverte ou idée neuve risque d'être enfouie pour un siècle, si l'auteur ne lutte pas avec fermeté contre la plaisanterie , qui en France entre toujours en scène avant le raisonnement. Si les systèmes de Newton et Linné furent abandonnés après avoir été entrevus par Pythagore et Hippocrate, ce fut peut-être reflet de quelques railleries contre lesquelles mollirent ces deux grands hommes. On peut, avec une vaste érudition, manquer par fois de caractère : d'Aleinbert, quoique doue du jugement le
Étrange prévention! aucune des sept méthodes ne porte la sécheresse. Elles sont tontes utiles , sauf application aux caractères faits pour les goûter ; et le système d'enseignement ne sera pas intégral , si on ne les emploie pas toutes : il restera beaucoup de caractères qui ne -voudront pas mordre à l'hameçon, et qu'on accusera de nonchalance, d'impéritie, quand le tort sera tout entier du côté des méthodes inconvenantes.
Appliquons celte règle à l'histoire de France, la ?lus insipide peut-être qu'il y ait au monde; car jusqu'au règne de François Ier., on y rencontre à peine un dixième des personnages ou des événements qui puisse exciter quelqu'intérêt ; et par cette raison, A convient de la faire étudier selon l'avis de d'Alemberi, en synthèse inverse remontant du présent au passé. Jamais on ne réussira
plus sain , tomba dans cette faiblesse : il n'osa pas soutenir sa proposition avec la fermeté' nécessaire à accréditer une idée neuve.
Pour peu qu'on cède a la de'traclion , elle circonvient rapidement les esprits. Quel charme pour la tourbe des gens médiocres, de pouvoir dire a un d'Alembert : « Vous rêvez ; vous ayez qucl- » quefois des idées saugrenues : ces savants ont par moments besoin » d'ellébore ! » et là-dessus , tout pygmee se rengorge, se croit un cerveau mieux organisé que celui de d'Alembert : une coterie entière s'admire elle-même, aux dépens du géomètre qu'elle croit ramener dans la droite voie. Ainsi fleurit le vandalisme, quand le génie faiblit en lutte.
Je regarde ce petit succès comme très-pernicieux ; car l'opinion de d'Alembert conduisait à dçs principes généraux sur l'ordre composé, et l'emploi simultané des modes inverse et direct. Une fois appliqué a l'histoire, on l'aurait étendu plus loin , et peut-être au système entier de la politique sociale , pour en déduire la règle de dualité du mouvement (H, 27); et celte fois comme tant d'autres , une petite cause aurait produit un grand effet.
d'emblée à fixer f attention sur Pfearamond , €Iodk>n , Mérovée et ChMdéric , non plus que sur une galerie de monarques insignifiants , comme
Louis le Fainéant, Philippe le Long; et tant d'autres de même force , parmi lesquels deux ou trois exceptions , comme Charlemagne , attestent la fadeur générale du sujet.
Pour intéresser un élève, il sera plus prudent de commencer par les derniers rois, et remonter jusqu'à François Ier. Ici, d'AIembert et sa méthode inverse auront gain de cause ; pois , pour amorcer à l'étude des régnes antérieurs, il faudra recourir à d'autres voies, comme parallèles, [mnémoniques,] éphémérides, contrastes. L'échelle inverse ou marche rétrograde n'aurait plus d'attrait au delà de François Ier.
Au sujet de ces méthodes applicables à l'Histoire de France , remarquons le tort •des Français -qui ont raillé d'Afembert pour avoir proposé la plus convenable à l'histoire de leur pays. Tel qui ne s'intéresserait ni à Phthppe U Long ni à Pépin le Bref, s'intéresse au roi existant , et par suite à son père, à son aïeul; de proche en proche on ('amènera facilement à étudier le règne de Louis le Grand, qui, après avoir tant guerroyé et fatigué le monde , n'a su pousser sa frontière qu'à 24 heures de sa capitale, sans pouvoir atteindre seulement à ses limites naturel les; Bies-Bos; Mb«se; versant de Roer, Kill et Sarre; Vosges ; Jura; Léman; àipes et Pyrénées (dont l'Espagne a gardé (rois grandes vallées en versant français).
L'intérêt que ce règne doit exciter sous d'autres rap-
Louis le Bègue , Louis le Gros , Louis le Hutin ,
Charles le Simple, Charles le Gros , Charles le Chauve ,
ports se reportera sur les règnes également fameux par les guerres et conquêtes inutiles, comme Ceux deCharlemagne et Louis IX. La synthèse inverse est donc , quoi qu'on en dise , une méthode fort utile et très-opportune en sujets arides , si elle est soutenue de parallèles composés.
Il est vrai que d'AIem&ert en la proposant eut un tort ; il aurait dû se signer (TAlembertingham ou d'ÀLEMBERtendorff ; moyennant celle précaution , son avis aurait été déclaré un trait de lumière. Si l'on veut faire tomber dans l'oubli une idée heureuse , il suffît de la faire présenter en France par un Français. (Voyez Avant-Propos, l'art. GRIMM), post.
On verra au traité des caractères que moitié d'entre eux étant d'ordre inverse, en majeur comme en mineur, celte moitié incline à préférer les méthodes inverses , comme celle que proposait d'Alembert. Ceux qui opinent exclusivement pour l'une ou l'autre, sont également dans l'erreur ; toute voie étant la meilleure quand elle réussit à créer l'émulation, rendre l'étude attrayante et profitable.
Si npyUS avions à prononcer sur les procédés contraires de deux pêcheurs dont l'un attraperait les poissons par la tête et l'autre par la queue , chacun de nous dirait : je donne la préférence à celui qui apportera le plus de poisson ; pris de tête ou de queue, peu importe, pourvu qu'on tienne ; et si tous deux en prennent une ample quantité, laissez-les pêcher chacun à sa guise : on paralyserait l'un des deux, en l'astreignant à imiter le procédé de l'autre.
La règle est la même en fait d'enseignement. Qu'on prenne la science en tête ou en queue, peu importe, pourvu que l'étudiant la saisisse. Or, il est certain qu'en histoire moderne, la science prise en queue, en synthèse
inverse, intéressera mieux que si Ton débutait par l'origine des empires actuels, dont les premiers âges sont si insipides à la lecture, qu'il est impossible qu'un enfant y prenne le moindre intérêt.
Pourquoi donc proscrire ni la synthèse inverse ni aucune autre méthode? L'institution doit les varier selon les caractères des étudiants, selon les doses d'intérêt que peut exciter chaque sujet traité.
Ce serait maladresse d'employer une méthode unique pour enseigner les histoires ancienne et moderne : l'intérêt est vif d'un côté et nul de l'autre. L'enfant relient aisément les histoires anciennes parsemées de merveilleux et de monstruosités. Au moyen de cet alliage, le crime est composé et noble chez les anciens ; il est trivial et simple chez les modernes , où le merveilleux ne figure jamais.
De là vient qu'un lecteur, à moins d'intérêt spécial, ne parvient que difficilement à retenir quelques parcelles de l'Histoire de France primitive, et que, loin d'être fondé à proscrire dans celle étude la synthèse inverse, il faut l'y introduire, étayèe des trois méthodes 5,6, 7 et autres que l'Harmonie emploiera concurremment; évitant le mode exclusif et simple qui se fixe au procédé d'un sophiste en crédit, le généralise dans les écoles, et le proscrit peu après, pour substituer au gré de quelque autre sophiste un mode également vicieux , par cela seul qu'il est exclusif.
Cette manie exclusive du monde savant s'est malheureusement étendue des parties au tout. Sur l'ensemble des études sociales, ils ont exclu la moitié la plus intéressante, celle de l'avenir ou des destinées. Les regards de la science ne se portent que sur le passé ; elle s'extasie iv. i3
devant quelque vieille pierre qui date du déluge, devant quelques antiquailles inutiles, comme le zodiaque de Denderah , d'où on ne tirera pas la moindre connaissance utile au bonheur des sociétés.
Absorbée dans ses explorations rétrogrades , elle néglige toute recherche ultrograde : on a même frappé de ridicule cette étude qui, si on l'eût traitée régulièrement, aurait conduit bien vite à la découverte de quelque branche de destinée, au moins dugarantisme, 6e. période. On aurait conclu à celte recherche, du moment où la science aurait su constater l'abîme (i) où court le monde civilisé.
On a vu que, loin de pencher pour l'exclusivité de méthode,,en enseignement, ni en cultures, les Harmoniens ménageront, dans chaque Phalange, l'emploi des sept méthodes unies à celles de pivot et transition, sauf à en appliquer à chaque sujet ce qui sera adapté à ses moyens naturels.
De cet assortiment de méthodes naîtra tintégralité
(i) Quels aperçus aurait donnés une recherche sur la venir de la civilisation bornée a son quadrille de moyens actuels ? [ K Salaire décroissant. ]