‹ Théorie de l'unité universelle (volume 2)Chapitre 69 sur 105 · Y PASSIONS INFINITÉSIMALES DIRECTES · texte numérisé non relu

Y PASSIONS INFINITÉSIMALES DIRECTES

Guerre majeure ou gastrosophique.

Bannissons les calculs d'un article consacré aux sujets gracieux , aux jolis goûts : cependant ne négligeons pas tout-à-fait la méthode.

On appelle jolis goûts ceux dont on peut former dans chaque Phalange au moins une série régulière d'une trentaine de personnes en minimum, selon le tableau suivant, à 2 pivots , 4 transitions et 9 groupillons.

Les jolis goûts sont de divers degrés, selon qu'ils comprennent 1/12, 2/12, 3/12, 4/12, etc., de la Phalange : donnons-en deux exemples extrêmes à 1/12 et 12/12.

Les bons melons musqués sont un fruit qui plaît à peu près à tout le monde , aux trois sexes en masse , et sans préparation culinaire. Quant aux courges, malgré l'intervention du cuisinier, elles sont un chélif aliment, bon pour la populace actuelle, et n'arrivant pas jusqu'aux bonnes tables.

Ainsi le melon, en Harmonie, réunira aisément en série les 12/12 de la Phalange; il sera joli goût de haut degré. La courge assemblera à peine la série de 1/12, tablée ci-haut : elle sera joli goût de bas degré , et non pas plaisant goût qui ne réunirait qu'une sous-série ou groupe régulier (343).

Les plus jolis goûts en haut degré tiennent à la bonne chère et à l'amour. Ces jouissances dont le goût est le plus général , sont les principaux ressorts qu'emploie l'Harmonie pour intriguer les armées par série in6nitésimale. De là naissent à l'armée trois rivalités ou guerres, savoir :

La pivotale X , guerre d'intrigues en industrie.

La majeure Y, guerre d'intrigues en gaslrosophie.

La mineure guerre d'intrigues en amour.

Je ne parlerai pas de celle d'amour, qui ne serait pas compatible avec nos mœurs ; il suffit d'un tableau de régime gastrosophique , pour faire connaître les intrigues des armées barmoniennes. ( Piège aux loties; je les en préviens,)

Supposons une grande armée de 12e. degré, réunissant des divisions tirées d'un tiers du globe, d'environ 60 empires qui ont fourni chacun 1 0,000 hommes ou femmes. Les 60 divisions ou armées d'empire sont rassemblées sur l'Euphrale , ayant leur quartier général à Babylone.

Cette grande armée a choisi deux thèses de campagne, dont une en industrie qui est l'art de l'encaissement. Elle doit encaisser cent vingt lieues du cours de l'Euphrale , selon des méthodes quelconques.

Ladite armée étant d'ordre majeur a de plus une thèse gastrosophique; c'est la détermination d'une série des petits pâtés en orthodoxie hygiénique de 5e. puissance, à 52 sortes de petits pâtés, plus les foyers , tous adaptés aux tempéraments de 5e. puissance, conformément au tableau (514).

Les 60 empires qui veulent concourir ont apporté leurs matériaux, leurs farines et objets de garniture, les sortes de vins convenables à leurs espèces de p'âtés. Quoique le globe paie les frais , chaque empire fait à son gré ses approvisionnements pour la thèse de bataille.

Chacun de ces empires a choisi les gastrosophes et pâtissiers les plus aptes à soutenir l'honneur national, et faire prévaloir les sortes de petits pâtés qu'il prétend faire admettre en série orthodoxe de o*. puissance.

Avant l'arrivée des 60 armées, chacune d'entre elles a envoyé ses ingénieurs disposer les cuisines de bataille qui sont relatives à l'objet de thèse et aux consommations accessoires. Les cuisines de bataille ne font pas le service

journalier des subsistances ; chaque armée se nourrit dans les caravenscrais des Phalanges où elle est campée.

Les oracles ou juges qui siègent à Babylone sont tirés, autant qu'il se peut, de tous les empires du globe, et non pas exclusivement des 60 empires qui figurent au concours.

L'armée forte de 600,000 combattants et 200 systèmes de petits pâtés prend position sur ï'Euphrate, formant une ligne d'environ 420 lieues, moitié au-dessus et moitié au-dessous de Babylone.

Avant l'ouverture de la campagne, les 60 armées font choix de 60 cohortes de pâtissiers d'élite, qu'elles en^ voient à Babylone pour le service de la haute cuisine de bataille servant le grand Sanhédrin gaslrosophique. C'est un haut jury qui fait fonction de concile œcuménique sur eette matière.

En même temps on détache des 60 armées cent vingt bataillons de pâtissiers de ligne , qui se répartissent par escouades en chaque armée , de manière que chacune ait 59 escouades tirées des 59 autres armées, et fabricant les petits pâtés selon les instructions des chefs de thèse de leur empire.

Chacune des 60 armées se classe dans le centre ou les ailes , selon la nature de ses prétentions en série : L'aile droite en petits pâtés farcis, 20. ") Le centre en vols au vent à sausse , 25. > 60. L'aile gauche en mirlitons garnis, 15. )

(Cette distribution, sauf erreur, car je suis tout-à-fait intrus en matière gastronomique. )

L'affaire s'engage par des fournées de l'un des trois corps, soit de l'aile gauche, sur les mirlitons qui sont dégustés à Babylone par le grand Sanhédrin ou congrès des oracles et oraclesses. On ne peut pas présenter au concours plus de 2 ou 5 systèmes par jour. La dégustation deviendrait confuse si on excédait le nombre de trois.

Chaque jour, dans les 60 armées , les cuisines de bataille fabriquent et servent à leur armée les espèces présentées au jugement du grand Sanhédrin, afin que lesdites armées en aient la mémoire fraîche et encore un arrière-goût , au moment où arrivera le bulletin de Babylone qui relatera les opinions du Sanhédrin sur lesdites espèces.

Au bout d'une semaine employée à la dégustation des systèmes de l'aile gauche, le Sanhédrin rend un jugement provisoire, et le bulletin de Babylone fait connaître aux 60 armées et au monde entier, que les trois empires de France , Japon et Californie ont remporté un premier avantage; que tels systèmes de mirlitons présentés par eux sont admis provisoirement en aile gauche de série orthodoxe, ou adaptés aux convenances de tempérament.

Jusqu'ici la lutte est concours et non pas bataille , qui ne peut commencer qu'après une admission de série entière. Il faudra qu'un mois s'écoule, avant que le Sanhédrin puisse former un cadre provisoire de systèmes orthodoxes à 12 espèces, distinguées par 3, 5 et 4 pour le centre et les ailes, plus un pivot.

Ce n'est là qu'un préliminaire de bataille , pendant lequel chaque armée a d'autres intrigues plus actives : mais celle-ci étant la principale doit occuper la campagne entière, 5 à 6 mois.

Le cadre étant formé au bout d'un mois et notifié au globe, la bataille s'engage sur toute la ligne et en triple lutte; car chacun des 48 empires qui ont échoué au concours du cadre , conserve les chances ,

De débusquer l'un des admis ou même un corps d'aile ou centre , en produisant de nouveaux systèmes de petits pâtés qui n'ont pas encore concouru;

D'être admis en contre -octave, lorsqu'il faudra former une gamme complète à 12 espèces majeures et 42 mineures ;

De prendre place dans les 4 transitions, les 4 souspivots et les grands pivots non encore admis.

Ces trois chances donnent une extrême activité aux ligues, et aux voyages de diplomates dans les 60 armées. Chaque jour on voit se former de nouvelles alliances entre divers empires qui jugent convenable d'associer leurs sortes de petits pâtés et de vins ou autres boissons, pour former centre ou aile , et pour livrer bataille à une masse de systèmes déjà admis.

La multiplicité de ces prétentions oblige à former 3 jurys en sous-ordre pour les dégustations et présentations. Ces jurys placés aux trois grandes divisions , à 30 lieues l'un de l'autre, sont servis comme le Sanhédrin, chacun par 60 escouades de pâtissiers d'élite. Leurs décisions sont provisoires et subordonnées aux dégustations du Sanhédrin. Dès lors la lutte devient générale , et d'autant plus variable que chaque admission ou rejet cause de nouveaux plans , produit de nouveaux cartels adressés à un ou plusieurs empires, et exige de nouvelles négociations entre les vainqueurs qui ont des attaques à redouter jusqu'à la fixation définitive de la série orthodoxe.

Entre-temps , les 64 cuisines de bataille font des prodiges de talent; les voyageurs accourent de toutes parts pour être témoins de ces luttes savantes qui vont décider sur les prétentions de tant d'empires; les bulletins de Babylone sont lus avidement par tout le globe, surtout dans les empires qui prennent part au combat.

Balivernes, dira-t-on, vous promettez un traité sur l'Association, et vous débitez vingt contes d* enfants II/ Patience, jusqu'au commentaire qui va suivre; et la prétendue baliverne deviendra solution trés-méthodique d'un problème d'équilibre en infiniment petit, contre-poids nécessaire de l'infiniment grand: mais achevons.

À la (in de la campagne , il y aura 24 empires vaincus et 56 triomphants; peut-être moins, car un même empire peut réussir à faire adopter 2 et 5 espèces de sa composition.

Toutefois les vaincus ne se tiennent pas pour battus; ils reproduiront leurs petits pâtés à un nouveau Sanhédrin qui formera une série de 4e. degré à 155 espèces : jusque-là leurs méthodes sont hétérodoxes , non applicables en gamme des 52 tempéraments , non admises en hiérarchie gastrosophique.

Les armées débattent une foule de ces thèses en divers degrés, et chaque jour elles ont aux repas quelques luttes entre les empires, dont on passe en revue les procédés, moyennant les distributions de cuisiniers que chaque armée fait aux autres.

Elles ont de même , pour leurs séances du soir, des thèses en affaires de beaux-arts et de sympathie occasionnelle. Sur ces nombreuses intrigues, il en est qui emploient toute une campagne avant d'atteindre au dénoûment.

Leurs plaisirs sont encore variés par divers incidents , comme les rencontres de caractères eu légions d'aventuriers et aventurières, qui voyagent en déployant un caractère en sciences ou arts, et qui contiennent de nombreux virtuoses en ce genre.

A la fin de la campagne, les armées se rassemblent pendant quelque temps, d'abord en sous- divisions, puis en trois divisions, puis en masse, pour donner des fêtes unitaires dans les villes de quartier -général, rendre hommage public aux vainqueurs individuels, c'est-à-din» aux auteurs d'une production adoptée en Sanhédrin gastrosophique ou autre.

Une capitale, en Harmonie, est toujours entourée a quelque distance d'un cercle d'ombrages , ou boulevarl à plusieurs allées , dont l'emploi est d'abriter et attabler les armées.

Au jour du triomphe, les vainqueurs sont honorés d'une salve d'armée. Par exemple , Apicius est vainqueur pivotai; on sert ses petits pâtés au début du dîné; à l'instant les 600,000 athlètes s'arment de 300,000 bouteilles de vin mousseux dont le bouchon ébranlé et contenu par le pouce est prêt à partir. Les commandants font face à la tour d'ordre de Babylone, et au moment où son télégraphe donne le signal du feu , on fait partir à la fois les 500,000 bouchons ; leur fracas accompagné du cri de vive Apicius retentit au loin dans les antres des monts d'Euphrate.

Au même instant Apicius reçoit du chef du Sanhédrin la médaille d'or portant en exergue : « A Apicius, triomphateur Y en petits pâtés, à la bataille de Babylone. Donné par les 60 empires, etc. » Leur nom est gravé au revers de la médaille.

Pareil hommage sera rendu au triomphateur pivotai inverse, homme ou femme, dont les petits pâtés auront été adoptés en terme £ de série orthodoxe.

Pygmées gastronomiques de nos jours, osez comparer vos obscurs trophées à ceux d'un gastrosophe d'Harmonie, dont les triomphes, sur un seul mets, retentissent avec tant d'éclat dans le monde entier! Tout n'est qu'arbitraire dans votre science ; les Reauvitliers , les Archambault, ne sont que des guides confus, opérant sans distinction des tempéraments , sans aveu d'autorités compétentes. Leurs palmes sont plutôt un sujet de facétie qu'un sentier de gloire ; celle d'Àpicius réunira intérêt et gloire , car çjle sera pour lui une voie d'acheminement à de hautes dignités, même à divers degrés de magnatures et de sceptres, en titre d'ambition *2, et d'institution *3 (275).

J'ai donné ces détails pour appuyer un principe, savoir, que les armées harmoniennesde tous degrés ont des fêtes ' si brillantes et des intrigues si actives, si nombreuses, que l'admission à l'armée est une faveur, et ne s'obtient que sur des titres fondés. Par exemple , à cette campagne des petits pâtés, on exigera de moitié des postulants l'aptitude au travail de pâtissier, et à d'autres qui seront sujets de moindres thèses.

On établit pareille bataille sur tous les jolis goûts , soit engastrosophie, soit en beaux arts et en amour. Or, les petits pâtés sont joli goût de très-haut degré, et peutêtre même du plus élevé , car on trouvera peu de gens , hommes, femmes ou enfants, qui ne soient amateurs de quelque sorte de petits pâtés ou mirlitons.

Ladite armée , outre ses thèses en jolis goûts , aura opéré aussi sur les vilains goûts par série divergente en

retour. Les armées d'Harmonie ont une foule de fonctions qui toujours tendent à former des liens de toute espèce entre les régions du globe , et les établir en proportion du degré de raffinement; lorsque les orthodoxies seront Cxées, on verra dans toute armée de 10,000 hommes, des fêtes en 5e. degré; par exemple :

On se donnera des repas de tempérament, divisés par 810 compagnies , qui auront préparé chaque mets de 810 manières différentes, mais orthodoxes, pour chacun des 810 tempéraments.

Ce n'est qu'aux armées qu'on peut se donner de pareilles fêtes-, car 810 compagnies à 9 ou 10 personnes font déjà 8,000 personnes attablées , plus les servants : il faut donc des réunions de 10,000, pour se donner des fêtes en 5e. degré, sur les mets ou autres objets. Une armée de 30,000 peut donner des fêtes de 6e. degré, bien plus raffinées et répandant plus de charmes sur les liens dont elles sont la source.

On s'est donc lourdement trompé sur le but des passions, en prétendant les ramener à l'uniformité d'essor. Leur harmonie , leur équilibre en mécanisme sociétaire , tiennent à l'extrême variété des développements qu'on donne à une même passion.

Entendez à une table quelques civilisés manifester des goûts différents sur une bagatelle , sur une omelette : un sage croira opiner philosophiquement, en disant que toutes les omelettes sont égales en droits, et qu'on doit manger indifféremment toutes celles qui sont présentées.

Loin de là : il faut, pour harmoniser en 5e. degré la passion des omelettes, lui ouvrir 810 voies d'essor, par un classement de 810 variétés appliquées à autant de tempéraments, et adoptées par un Sanhédrin qui transmettra

théoriquement à tous les empires du globe les règles de fabrication de 810 omelettes dont la science-pratique sera communiquée aux susdits empires, par les légionnaires qui auront fait la campagne des omelettes dp 5e. degré.

Si Ton s'apercevait d'un relard de digestion dans quelque série de tempéraments, dans ceux qui s'adonnent à l'omelette soufflée, ce serait une thèse à prçposer aux armées. Le congrès d unité siégant à Conslantinoplc indiquerait pour Tannée suivante une lutte d'industrie quelconque , jointe à une bataille d'omelettes soufflées , à donner en lieu quelconque , soit à Paris , par une armée de divers empires, qui viendrait prendre position de Rouen à Auxerre , y débattre théoriquement et pratiquement la thèse des omelettes soufflées, et de leur assortiment orthodoxe en série des tempéraments.

Tout en s'occupant gravement de ces apparentes futilités, une armée d'Harmonie exécute d'immenses et magnifiques travaux. Qu'importe qu'elle ait, aux heures des repas, des intrigues de pâté et d'omelette? Ces rivalités qui semblent frivoles, sont branche principale en équilibre de passions, et plus on parvient a élever les raffinements en haut degré (selon la table, 536), plus on est assuré d'établir un parfait équilibre dans les essors de chaque passion. Quel démenti à celte philosophie qui voulait nous ramener à la sainte égalité des goûts, à la monotonie universelle, et qui prétendait fonder sur l'uniformité cet équilibre de passions qu'on ne peut asseoir que sur l'essor progressif et méthodique des variétés de goûts vilains ou jolis!

iv. 16

leçon d'équilibre et de prudence.

Combien de lecteurs se croiront sages , en traitant de fadaise inconvenante une grave discussion sur des batailles de petits pâtés entre 60 empires ! Je les attendais à ce piège : ils auraient dû présumer que je ne choisissais pas sans dessein un thème si bizarre. Ils ont besoin qu'on leur apprenne à reconnaître sur ce sujet ou autres la fausseté de leur jugement.

J'ai traité un problème relatif à la consommation des graminées ; j'en ai déterminé l'équilibre sur un objet infiniment petit, et c'est un sujet de glose pour nos sublimes politiques ! Mais voyons si leurs grandes conceptions économiques sont autre chose que de grandes sottises , tant sur les subsistances que sur chaque branche du mécanisme social.

Prenons-les d'abord en flagrant délit sur ce qui touche à l'équilibre de consommation. Comment se fait-il qu'on voie en 1822, l'Irlande mourir de faim, quoique la paix générale permette le transport des blés qui affluent en Europe, a tel point que le fermier est dans l'indigence au sein de ses greniers encombrés? Bel éloge de ces économistes qui prétendent à la sagesse distributive en régime de subsistances, et qui fondent le bonheur du peuple sur l'industrie et la richesse nationale ! Manque-t-il donc d'industrie et de richesse dans celte Grande-Bretagne où le peuple meurt de faim en temps d'abondance ?

Les harmoniens aussi auront des prétentions en sagesse distributive bien nécessaire chez eux , où le grand problème d'équilibre agricole sera d'élever la consommation individuelle au triple de ce qu'elle est aujourd'hui. L'énormité du produit exposerait les denrées à pourrir

chaque année en magasin , si on n'habituait pas les individus riches ou pauvres à consommer, en solides et liquides, le triple de ce qu'ils consomment dans l'état actuel où, malgré l'exiguilè des récolles, on éprouve déjà le fléau de l'encombrement local et de l'avilissement des denrées.

J'ai voulu, sur celte importante question, donner une leçon d'équilibre en économie intégrale composée ; elle doit être :

Intégrale , c'est-à-dire embrassant tout l'ensemble des produits, ou du moins tout l'ensemble d'une branche , comme les graminées, si on ne spécule que sur cette branche seule;

Composée, c'est-à-dire donnée en preuve et contrepreuve du petit au grand comme du grand au petit, et en convenance interne avec les tempéraments, externe avec les rivalités industrielles.

Conformément à ces principes , j'ai dû , au sujet des graminées , mettre en scène la pâtisserie considérée comme branche minime en consommation de farines , et choisir dans la pâtisserie ce qu'il y a de plus petit , les petits pâtés examinés dans leurs rapports d'harmonie avec une armée immense , et avec les intérêts du globe entier. ( A la rigueur, il eût fallu choisir le croquet ou autre minutie plus rapprochée de l'infiniment petit en farine ; il se trouve dans la confiserie. )

Pour plaire à nos équilibrisles et économistes, il faudrait représenter cette grande arau-e livrée à une demidouzaine de fournisseurs, qui la feraient mourir de faim pour le bien du commerce , ou lui donneraient du pain noir immangeable, en faisant payer du pain blanc à l'état.

Notre objet ici est fort différent : il s'agit d'examiner

comment cette armée pourra, sur une très-petite branche de consommation , sur les petits pâtés , opérer en système intégral composé, se ralliant aux plus grands intérêts du globe.

Le premier de ces intérêts est la gastrosophie , ou art de consommer en raison du produit , et par conséquent élever la consommation, sur les farines comme sur d'autres objets , au triple de ce qu'elle est aujourd'hui individuellement.

Si on ne résout pas le problème sur une minutie comme les petits pâtés, on ne le résoudra pas sur les branches supérieures, comme le pain. Les beaux esprits , dans leurs gloses, ne tiennent aucun compte de cette connexion du petit au grnnd.

Un critique judicieux aurait envisagé tout autrement v la question , et m'aurait dit : < Si vous connaissez en plein la théorie des équilibres , donnez-en une preuve par emploi composé, par combinaison d'équilibres infiniment petits et infiniment grands en consommation de graminées.

J'ai satisfait d'avance à ce problème, en choisissant l'objet le plus petit dans une branche très-minime, la pâtisserie : je l'ai traité en équilibre composé intégral, en convenance matérielle avec l'échelle générale des tempéraments, et convenance spirituelle avec les intrigues émulalives du globe entier.

En choisissant pour exemple d'infinitésimal deux sujets dignes de raillerie , j'étais assuré de prendre au trébuchet deux classes de critiques : les sophistes, qui croient trouver à mordre sur les calculs facétieux, et les pusillanimes y signalés à la médiante (II, 188), qui croient tout perdu quand on s'écarte des graves calculs de cette philosophie moderne, qui, avec ses perfectibilités de

droits imprescriptibles, n'aboutit qu'à ensanglanter l'Europe depuis 50 ans , et faire naître la famine au sein de l'abondance.

La seule objection spécieuse qu'ils pourraient m'adresser, c'est qu'en annonçant ici une harmonie inGnitésimale ou de 8e. degré , j'en donne une de 5e., puisque la thèse des petits pâtés n'est établie que sur 52 espèces et 52 tempéraments.

Je me suis restreint ace 5e. degré, sachant que c'en est déjà assez pour effaroucher les pygmées. J'aurais pu, en spéculant sur une réunion de 600,000 industrieux , décrire une harmonie de 8e. degré qui n'exige que 300,000 coopèrateurs en série convergente. L'armée aura foule d'autres intrigues en 8e. degré, ne fût-ce que sur le pain. Mais il suffit bien d'un 5e. , sur une minutie comme le petit pâté, qui est lui-même de 8e. degré quant au rang qu'il lient en fabrication de graminées , et qui pourtant nous a fourni un moyen d'intrigue universelle.

Bref, cet aperçu des accords infinitésimaux ne paraîtra frivole qu'aux lecteurs vraiment frivoles, à ceux qui, ne jugeant que sur les apparences, méprisent les petits moyens en équilibre. Je leur ai démontré que le plus petit, comme la combinaison sériaire des vilains goûts de 15e. degré, fournit une harmonie applicable à l'iuimanité entière ; de sorte que le plus minime des ressorts engendre la plus immense des unités passionnelles.

Pour désabuser le lecteur de ces préventions contre les petits moyens, il a convenu de l'exercer un instant sur deux de ces petitesses apparentes, dans les deux articles Infiniiésimat inverse , les vilains goûts , Infinitésimal direct , les minuties gastronomiques.

Un tel choix est beaucoup plus régulier que n'aurait

été celui d'une industrie grande à nos yeux , comme celle des rivalités sur l'encaissement des fleuves ; fonction que j'ai assignée à l'armée d'Euphrate. Je dois préférer les détails propres à confondre le préjugé , la fausse grandeur qui traite de petitesses les calculs hors de sa portée. C'est un vice dont il faut se corriger, si l'on veut s'initier à la théorie de l'équilibre passionnel, toujours composé, opérant toujours sur TinOniment petit comme sur l'infiniment grand.

Rectifions tous ces faux jugements par un rappel aux principes. Comment harmoniser les passions d'une armée de 600,000 individus, hommes et femmes ; la maintenir en plein accord avec 600 Phalanges locales dont elle habite les caravenserais ? Un civilisé répondrait avec les Algériens : on mettra le bon ordre en fusillant et coupant des têtes. Rien de cela : il faut que l'armée s'accorde par attraction : il faut donc l'intriguer, selon les lois des trois passions distribulives.

1°. Selon la cabaliste, il faut que cette année opère par séries sur toutes ses fonctions , sur les repas comme sur les encaissements de fleuves, et sur tous les détails du repas, depuis le pain jusqu'aux pâtés grands ou petits. Tout ce qui ne serait pas distribué et intrigué par séries , deviendrait source de discorde.

2°. Selon la composite, il faut savoir créer à cette armée des sujets d'enthousiasme et d'intrigues générales rehaussées par intervention du globe entier, appliquer cet enthousiasme aux plaisirs comme aux travaux. Or, sur quel plaisir opérer? Sur celui de la table, puisqu'il est de première nécessité. Eh ! sur quelle branche de la table ? Sur les très-petites comme sur les grandes , afin d'opérer en ordre composé intégral.

5*. Selon la papillonne, il faut que l'armée ait un alternat dans ces vastes intrigues ; elle a celui des cabales relatives aux systèmes d'encaissement ; je l'ai omis , n'étant pas en étal de traiter cette matière qui est de la compétence des ingénieurs.

C'est ainsi qu'avec une légère connaissance des lois du mouvement , personne ne se serait aventuré dans cette sotte critique où seront tombés les neuf dixièmes des lecteurs.

Achevons de confondre nos Aristarques sur leur adhésion aux intrigues de récréation stérile. Chacun d'eux n'est-il pas sujet à jouer aux cartes ou autres jeux? Quel est son but? De s'intriguer, pour donner essor à la cabaliste ; c'est reconnaître la nécessité de donner cours à cette passion.

Si l'on disait à ces savants, qu'une armée d'Harmonie joue aux caries dans ses loisirs, ils jugeraient la récréation louable ; elle ne l'est pas ; on dédaigne en Harmonie les récréations improductives, comme le jeu. On a des moyens d'intrigue réelle et productive , soit en cultures et constructions aux heures de travail, soit en beaux arts aux séances du soir, soit en gastrosophie, science infiniment précieuse, et sans laquelle les harmoniens seraient bientôt, comme les Français do 1822, misérables au sein de l'abondance. Pour éviter le sort des propriétaires et fermiers français, pour consommer l'immense quantité de leurs graminées, qu'auront-ils de mieux a faire que d'appliquer intégralement la gastrosophie a tous les emplois du grain, y compris les plus petits, comme pâtisserie, confiserie, et organiser dans une grande armée les luttes propres à faire un choix hygiénique entre les méthodes de 60 empires ?

Ici la malignité s'est prise au trébuchel : tes orguoilleux ont besoin de ces pièges périodiques; je leur en tendrai plus d'une fois , pour leur apprendre à douter de leurs arguties, et à reconnaître que Beaumarchais les a bien jugés , en disant d'eux : que les gens d'esprit sont bêtes (surtout quand ils veulent enseigner la science de l'équilibre social à celui de qui ils doivent l'apprendre ) !

Appendice. Ces notions abrégées sur l'essor infinitésimal des passions et de l'industrie deviennent un sujet d'orgueil pour les Français, nation qui a le plus d'aptitude au raffinement infinitésimal. Observons-en les germes en diverses facultés sociales du Français.

1°. Dans sa littérature, bien plus châtiée que celle des autres nations, plus exigeante sur les unités et les finesses de l'art.

2°. Dans son industrie où les dessins sont plus soignés, les formes plus gracieuses, les caprices de la mode plus raffinés, plus multipliés que chez toute autre nation.

5°. Dans ses amours : le Français est plus subtil en courtoisie, plus quintessenciè en coquetterie, plus fécond en intrigues, et par conséquent plus rapproché de l'essor .infinitésimal ou raffinement hyper- nuancé.

4°. Dans sa cuisine, où il obtient la palme, de l'aveu même de ses détracteurs, et où il sait s'élever des variétés aux ténuités de nuances, approcher plus que tout autre des minimilés, et tendre aux infinités.

Enfin dans son aptitude à varier les plaisirs , à vivre si bien et si vile ; expression des Parisiens, qui dépeint avec justesse le but du régime infinitésimal. Pour vivre si vite f voltiger sans cesse de plaisir en plaisir, il faut en avoir grande affluence , et savoir y établir une succession

opportune qui en prévienne l'excès. Tel est l'effet des emplois de l'ambigu et de l'infini lésinai réunis : en -désirer le fruit , l'art de vivre si bien et si vite, c'est prouver qu'on est fait pour les hautes harmonies. Voilà le beau côté du Français.

Les autres peuples n'ont qu'une tendance bien moindre aux passions hyper-nuancées ; encore sont-ils limités quant aux genres. Le Français en embrasse 4 que je viens de citer, et peut-être davantage; on en trouve à peine un en dominance chez les autres nations.

Le Français a la môme aptitude aux essors de passions ambiguës (528) qui, méprisées et nuisibles dans l'état civilisé, sont du plus grand prix dans l'état sociétaire, où les deux rôles de haute Harmonie sont l'ambigu et l'infinitésimal.

C'est donc le Français qui paraît la nation la plus faite pour l'Harmonie sociétaire. Aucune nation n'aurait de plus beaux moyens pour y figurer, à part quelques taches, comme celle d'oreille fausse, qui sera un grand vice dans le nouvel ordre.

Mais en balance générale de litres, il est évident que les Français, et surtout les Parisiens, l'emportent de beaucoup en aptitude aux raffinements de toute espèce qu'exige le mécanisme d'Harmonie.

Quel dommage pour eux que l'esprit de détraclion, leur maladie endémique, les excite à relarder leur propre bien-être et celui du monde entier, en contrariant une découverte dont il leur serait si facile de prendre l'initiative d'épreuve et s'allouer le bénéfice de fondation !

À ces mots , ils pourraient me considérer comme un flatteur, quêtant leur suffrage, et cherchant parmi eux des fondateurs de l'Association. Je me garderais bien de

faire fonds sur eux pour l'initiative d'aucun bien. Je me borne à signaler leur duperie dans cette conjoncture ; ce sera un sujet d'intermède.

SUJET DTLTERLOGUE.

Les Français doublement dupes de la Flatterie.

IA-nnui mquit un jour de l'uniformité.

Si cela est vrai, les Français doivent être bien blasés sur la flatterie, car ils en reçoivent continuellement des tributs dans les ouvrages que Paris voit éclore, etdont les auteurs se croiraient hérésiarques, s'ils ne débutaient par encenser tous les ridicules de la belle France. Elle en est dupe comme on l'est toujours des flatteurs ; elle joue avec eux le rôle du corbeau qui laisse tomber son fromage.

Si je débutais comme eux par des distributions, d'encens, je serais suspect de vouloir les imiter, payer de sophisines au lieu de découvertes. 11 faut donc rappeler aux Français la double duperie où les eugage ki leur goût pour la flatterie. t°. Duperie de retard passé qui leur a déjà coûté 1 ,500,000 têtes perdues sur les champs de bataille ; plus les dommages pécuniaires et autres. 2°. Duperie de retard futur qui leur fera manquer l'acquittement de leur dette publique de 12 milliards > en manquant le titre de fondateurs du canton d'essai.

Voulant éviter le reproche de ne les avoir pas sérieusement avertis , j'ai dû me garder de ces éloges qui donnent à une découverte le ton de jonglerie , la teinte de spéculation littéraire. J'ai donné aux Français (568) le seul éloge qui puisse leur être utile, en prouvant qu'ils sont la nation la plus apte à figurer dans l'Harmonie, par penchant à l'essor ambigu et au raffinement infinitésimal. Ils sont donc la nation la moins faite pour l'étal civilisé , et la plus gênée dans cet ordre de choses. Aussi donne-t-il à leur caractère une foule de développements vicieux { faux essors et faux contre -essors, 163), qu'on peut rapporter à trois branches ; les petitesses, les vices elles travers.

Petitesses. t°. L'engouement anti-national, même pour des étrangers qui les dédaignent, comme Gr'mm, cite à l'avant -propos ; comme Kotzebue, qui vient à Paris les titrer de petits Français, bons tout an plus à raffiner sur la cuisine. Mais ces hommes sont étrangers; ils seront les idoles des Parisiens, en leur disant cent impért lances.

2°. La servilité. Ou leur avait persuadé, en 1787, qu'un Français

devait trembler devant la queue d'uu Prussien , et qu'il fallait des coups de bâton pour former de bons soldats. Le ministre St.-Germaiu faillit réussir dans ce beau plan. La nation la plus facile à conduire par le point d'honneur fut près d'y renoncer, par un servile penchant à exalter ses rivaux. C'est vraiment la vertu que prêche le R. P. Franchi, sous le titre d'amour du mépris de soi-même.

3°. La dujyerie. Ils sont partisans outrés de toutes vilcuies qu'inveute la charlataneric mercantile; sucre de lait ou de raisin, café de chicorée, et vinaigre de bois; toutes ces immondices trouvent chez eux des preneurs empressés. Ils soutles premiers à s'engouer de faux systèmes, et les derniers à accueillir une invention utile.

4°. La mesquinerie. Elle éclate surtout dans leurs libéralités. On peut en citer pour exemple récent , les dons relatifs à l'achat de Chambord. Que de lésine et de lenteur! on n'a vu d'empressés donateurs que les maires qui donnaient le bien d'autrui. Les royalistes sont-ils, comme tous les Français, prodigues 4c belles paroles! avares de dons effectifs ? ils craignent sans doute de passer pour libéraux ; le jeune Dauphin ne pourra pas les en accuser (').

5°. La futilité. Aucune nation n'est plus esclave et plus dupe de la mode. On a borné ce reproche à quelques torts saillants , comme l'an-

(') Déjà pareille lésine a eu lien an sujet de la statue de Henri IV : des dons si lents, si réfléchis, qu'ils deviennent presque offensants pottr relui qui en est l'objet! Le grand Henri n'aurait point voulu d'un hommage si froidement rendu. Quant à son petit-neveu , je ne doute pas que si on lui fait lire à 20 ans les détails de la libéralité française dans l'affaire de Chambord, il ne prenne en aversion le domaine qui en est le fruit. Je suppose que le neveu tiendra de l'aïeul.

On aurait dû s'attendre, dans ces deux hommages, à quelque beau mouvement, quelque ntiblcMan de la classe compétente. Il fallait que le* portions royalistes des corps électoraux souscrivissent individuellement ; elles le devaient, surtout depuis la loi qui restreint en leur faveur les droits des petits liropviètaires à l'éligibilité : dans ce cas, on aurait sans doute vu le parti libéral se piquer d'émulation , et déclarer qu'il ne voulait pas itreen arrière de générosité. C'eût été une. explosion subite et collective de zèle national, au lieu d'une snusrriptitn stimulée et pitoyable. Mais les Français, soit libéraux, soit illibéraux, ne s'élèvent guère à la libéralité. On les disait grande nation ; oui. grande en mesquinerie et en excès.

Pour ne parler que de statues , on en a eleve par douzaines à Louis XlVfpas une feule à Charlcmagne, à saint Lcuis, à François I"., ù Baijard, à Turenne!

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glomanie ; il en est bien d'autres, notamment celui d'adopter un vêtement ou meuble incommode et laid , parce que celui qui réunit l'agréable et l'utile est mode de Tannée précédente. Depuis 30 ans ils avaient renoncé aux habits d'été; le drap était obligé pendant la canicule ; entin ils ont repris cette année le bourocan léger ; ils ont donc été bien dupes do s'en passer pendant 50 ans.

6°. Le mauvais goût. Il règne dans toutes leurs distributions générales. Aussi leurs villes et villages n'offrent-ils que des amas de maisonnettes/entassées comme si le terrain manquait aux constructions. L'on en est frappé lorsqu'on passe de Belgique, d'Allemagne et d'Italie, dans la belle F»ncc, la belle Picardie, la belle Champagne Pouilleuse, le beau Vivarais. Ils ne savent pas apprécier ni même discerner une superbe campagne. Poissy, le plus beau site des environs de Paris, le local éminemment convenable pour capitale ou résidence royale , est tout-à-fait dédaigné. On ne voit pas une maison de plaisance dans le superbe amphithéâtre de coteaux dont il est entouré.

Vices. 1°. Faux patriotisme. Ils ne voient la patrie que dans l'esprit de parti, se consolant par une chanson de la perte d'une province, et affluant dans les spectacles au moment où ils apprennent la déroute d'une armée ou d'une escadre. On ne connaît pas de nation plus indifférente collectivement sur les intérêts et les malheurs de la patrie.

2°. Egolsme communal et individuel. II n'est aucun pays où les autorités municipales soient pins insouciantes sur les intérêts de la commune. On devient ridicule en France, quand on paraît s'occuper sérieusement de ce qni peut être utile à une ville, à un canton. Ces soins n'étant partout qu'un masque d'intérêt personnel, on tourne en dérision celui qui les pousse jusqu'au degré de dévouement communal.

Par suite, il n'est aucun pays où le lien d'amitié individuelle soit plus faible, plus éphémère, et où les amis soient moins dévoués, moins serviables. On s'en aperçoit surtout dans les successions : le plus riche personnage ne léguera pas une obole à des amis pauvres.

3°. Cruauté inutile. De toutes les nations, le Français est celle qui maltraite le plus les animaux. Tout Français tournerait en dérision celui qui solliciterait pour leur épargner d'inutiles souffrances. Les bouchers , les cuisiniers , les enfants mêmes , n'ont pas de plus grand plaisir que de torturer les animaux , et se croient justifiés en disant : Pourquoi sont-ils moutons, pourquoi sont-ils veaux?

4°. Déperdition. L'on ne voit aucune nation pins dévastatrice. Les Turcs ravagent par férocité et barbarie; les Français ravagent par instinct de malfaisance. Un soldat français à la guerre fait couler vingt tonneaux dans une cave, là où un Allemand se bornerait ù prendre son nécessaire. Effet naturel du caractère français, qui, destiné à l'essor

outré, infinitésimal, ne connaît ancunes bornes dans la dévastation, notamment dans celle des foré! s.

5°. Injustices méthodiques. On voit les Français frustrer à plaisir la plupart de leurs grandes villes. Reims, Valenciennes, Dunkcrque, Lorient, n'ont pas même une préfecture, qu'il eût été si aisé de leur donner, sans contrevenir aux proportions moyennes de population départementale. Nantes n'a point de cour d'appel. Même injustice dans toutes les distributions de sièges inférieurs, et plus encore dans les circonscriptions. L'on voit d'anciennes capitales de grande province ou d'intendance, Limoges, Besançon, Poitiers, réduites à un petit ressort administratif qui n'est pas moitié de ceux de Saint-Lô ou Sajpt-Brieux ; d'autres, Nancy, Dijon, Montpellier, ont un ressort inférieur à ceux de Laon ou de Quimper-Corentin.

Vingt bourgades, Guéret, Privas, Foix, Digne, Gap, Valence, Draguignan, Mende, Rodez, Alby, Moutbrison, Vesoul, Lons-le- Saunier, Laon, Chaumont, Mézières, Melun, Cbâteauroux , Tulle, Mont-de-Marsan, Vannes, Quimper-Corentin, et autres dont la plupart n'étaient pas même petits chefs-lieux , ont les mêmes administrations que Marseille, Nantes, Lille, Strasbourg, Clermonl ; une préfecture sans cour d'appel. C'est la sainte égalité des ronstituanls, dépouillant les grandes cités, les grands propriétaires, pour donner au petit peuple.

N'est-ce pas être injuste à plaisir que de priver d'arrondissement une belle capitale d'ancienue province, Valenciennes? réduire à une justice de paix des villes de 10,000 habitants, comme Salins? On sait donner une province à Mont-de-Marsan , et rien à Bayonue. Je remplirais vingt pages des ridicules de cette distribution territoriale dont il fait dire comme des cartes mal données, tout à refaire.

6°. Esprit vexatoire. Le Français jouit moins du bien qu'il possède que du mal qu'il voit souffrir à ses voisins ou compatriotes. Il n'est pas de nation plus imbue du faux principe , que pour assurer le bien des riches, il faut organiser le mal-étre des pauvres. Aussi la France est-elle pleinement insouciante sur tout mal-étre du peuple. On voit les soldais manquer de vêtements de propreté, comme le bas ou demi-bas qu'ils avaient en 1789 : on s'en aperçoit à l'odorat, lorsqu'on passe à coté d'un régiment, et c'est une humiliation pour le soldat. Mais personne en France ne réclamera, bien qu'on sache que nul député n'oserait refuser deux millions que coûterait ce service annuel. 11 suffit, en France, qu'une classe pauvre soit privée du nécessaire, pour que toute la nation y adhère. Henri IV sous ce rapport était digne de n'être pas Français, puisqu'il souhaitait la poule au pot à toute la classe ouvrière.

Tuvsas. 1°. l a ditraction nationale. Une palme scîentiBque n'a rien

ULTERLOGUE.

de flatteur pour eux , si elle peut répandre un lustre sur la nation entière. Tout autre pays serait fier d'avoir enlevé à l'Angleterre la découverte des lois du mouvement , effleurée et manquée par Newton ; mais les Français sont indifférents sur la gloire nationale, à moins qu'une affaire de parti ne vienne les stimuler; à défaut, leur premier mouvement sera toujours de traverser tout compatriote qui pourrait illustrer leur nation.

2°. Basse jalousie. Leur capitale ne jouit que de l'avilissement des autres villes, et ne permet pas qu'elles aient de beaux édifices. On n'a pas accordé à la ville de Lyon de mettre deux péristyles à colonnes sur la place Bellecour, la plus grande de l'Europe ; Paris se serait ombragé de voir un beau monument dans la seconde ville de France. Je connais telle cité à qui on n'a pas permis de placer quatre petites colonnes au portail de sa bibliothèque publique.

5°. Parisisme. Manie de ravaler les provinces qui auraient besoin de dégrossissement. L'on se plait à leur en oter les moyens, pour favoriser les railleries d'antres provinces privilégiées et plus habiles à flatter. Toutes, au reste, s'accordent sur un seul point, sur le principe, Gniak Paris, Gniak Paris. Toutes se tiennent honorées si on leur fait quelque passe-droit pour l'avantage ou l'amusement des Parisiens.

4°. Barbouillage. L'esprit français est le plus ennemi de toute méthode : aussi ne voit-on aucune nation plus amie de la mauvaise musique et des chanteurs faux. Ou la verra changer vingt années de suite les uniformes de ses régiments, et sans jamais établir aucune différence méthodique. Semblable au Sauvage qui ne sait compter que jusqu'à 10, autant qu'il a de doigts, le Français ne sait pas trouver au delà de dix couleurs , quand il serait si aisé d'en employer cent aussi distinctes que solides , même sans recourir aux mélanges. La confusion est bien pire dans les affaires importantes, comme la division territoriale, et dans les opérations extérieures, comme les conquêtes et les catastrophes qui les suivent, effet nécessaire de l'antipathie des Français pour la méthode et la prudence.

5°. Impèritie politique. La France abuse de tout ce qui fructifierait chez d'autres nations. La liberté a fait prospérer les Etats-Unis, et chez les Frauçais elle a causé tant de désordres , que les monarques en sont devenus les ennemis irrécouciliables. Ainsi par la maladresse des Français, l'Europe se trouve privée de la dose honnôle de liberté dont elle aurait pu jouir en civilisation.

6°. Afysii/îcation diplomatique. La France est toujours, en dernier ressort, dupe de toutes les puissances. On persuada à Louis XV que s'il conservait la Belgique, ce serait agir en marchand ; et là-dessus sou plénipotentiaire à Aix-la-Chapelle déclara « que le Roi ne voulait pas

» traiter en marchand, mais en Roi, et tout rendre. * Garder une province qui rend cent millions , fi ! cela est bon pour un marchand ï Avec de pareilles sornettes on est assuré d'ensorceler la France. Gagnàt-elle cent batailles, elle est toujours mystifiée au dénoûmcnt, par un crocen-jambe diplomatique, une ruse grossière à laquelle ne se laisseraient pas prendre les imberbes de toute autre nation.

Le grand Frédéric disait : « Si j'étais roi de France, on ne tirerait pak • un coup de canon en Europe, sans ma permission. » 11 savait juger la politique française qui est jouée par tous les cabinets , et ne sait faire valoir aucun de ses moyens. On peut dire de ce monarque ce qu'un député a dit des, Suisses : Frédéric clait meilleur Français qtte nous.

Dans cette esquisse des mauvais côtés du caractère français, j'ai omis au moins la majorité des reproches possibles. Il me suffit d'avoir évité, par quelques lignes satiriques , le reproche de perfidie ; je l'encourrais si je prenais le ton de l'adulation ; je mériterais vraiment le reproche d'avoir dupé les Français.

En effet, ils ne voient que spéculation littéraire, tactique de vendeur, dans un écrit qni leur donne de l'encens. Imbus à juste titre de cette opinion, ils me confondraient avec ces tacticiens mercantiles qui ont tous l'encensoir à la main. Dès lors envisageant ma théorie comme sophisme ingénieux , ils ne prendraient pas au sérieux le reproche de la double duperie , l'avis important à répéter, qu'après avoir perdu patdélai passé 1,500,000 Utes dans les combats, etc., ils doivent se garder de délais fidttrs qvi causeraient le rejet de leur dette de douze milHurdts.

En réitérant cet avis donné dès l'avant-propos , je dois me mettre a l'abri du soupçon de flatteur cherchant à les capter. Je dois rallier cet utile avertissement à un sujet qui soit l'antipode de la flatterie , à une kyrielle de leurs vices nationaux, exposés avec franchise.

Le tableau n'aura rien de désobligeant pour eux, ayant été d'avance balancé par un éloge aussi vrai que précieux (558) , par la preuve de leur aptitude aux deux rôles de haute harmonie , aux deux exercices passionnels d'ambigu et d'infinitésimal, dont l'entrave, permanente en civilisation, fausse le caractère français.

Elle y produit l'impatience et la versatilité si justement critiqnées : les Français ne seront donc dans leur élément que lorsqu'ils auront passé à l'état sociétaire : alors ih deviendront de fait , grande nation et premier peuple du monde, par excellence en fonctions infinitésimales, dont on voit les germes dans leur littérature cl leurs habitudes, et même dans leurs défauts , comme la versatilité , qui deviendra perfection lorsqu'elle sera appliquée à l'état sociétaire, seul ordre où elle puisse être utile.

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