ÉDUCATION EN PHASES ANTÉRIEURE ET CITÉRIEURE
PRÉLUDE. — Sur tUniti d'Éducation harmonienne.
Il n'est pas de problème sur lequel on ait plus divagué que sur l'instruction publique et ses méthodes. La nature, dans cette branche de politique sociale, s'est fait de tout temps un malin plaisir de confondre nos théories et leurs coryphées, depuis l'affront essuyé par Sénèque, instituteur de Néron , jusqu'aux échecs de Gondillac et Rousseau, dont le premier ne forma qu'un crétin politique, et le second n'osa pas essayer l'éducation de ses propres iv. i
enfants. Bien sage fut-il, car if anrait sans doute réussi comme Cicéron, qui entremit toute la doete séquelle d'Athènes et de Rome pour faire de son fils le plus nul des êtres, un idiot , dont Tunique relief se borna à porter le nom de Cicéron , héritier de son immense fortune , et avaler une cruche de vin en une seule gorgée. Cette crapule était le seul talent du fils de l'orateur romain ; il tenait parmi les biberons le même rang que son père parmi les beaux esprits.
Telles sont les prouesses que l'histoire nous transmet sur le compte de cet avorton , pour l'instruction de qui les sages d'Athènes et de Rome avaient été mis à contribution. Il faut l'avouer, l'espoir des pères est bien déçu par les méthodes civilisées , et par l'impéritie des sophistes en éducation.
Pour nous sortir du chaos de leurs systèmes, posons d'abord des fanaux de direction ; déterminons le but , puis nous nous occuperons de la marche à suivre.
En toute opération d'Harmonie, le but n'est autre que l'unité. Pour s'y élever, l'éducation doit être intégrale composée.
Composée, formant à la fois le corps et l'âme ; elle ne remplit aujourd'hui aucune de ces deux conditions. Il sera prouvé], dans le cours de ces sections 5e. et 4e., que les méthodes civilisées négligent le corps et pervertissent l'âme.
lntégraie, c'est-à-dire embrassant tous les détails du corps et de l'âme , introduisant la perfection sur tous les points. Usera prouvé que nos systèmes civilisés ne tendent qu'à fausser pièce à pièce les développements du corps [ et de l'âme], et vicier [l'un et l'autre] par l'égoïsme et la duplicité.
Dans un prélude , éyitons de parler du matériel qui nous conduirait trop loin , et bornons-nous à envisager l'éducation harmonienne en sens moral et politique, c'està-dire en sens unitaire; car il ne peut exister ni saine politique , ni saine morale , hors des voies d'unité ou voies de Dieu.
L'éducation harmonienne , dans ses procédés , tend d'abord à faire éclore dès le plus bas âge les vocations d'instinct, appliquer chaque individu aux diverses fonctions auxquelles la nature le destine, et dont il est détourné par la méthode civilisée , qui, d'ordinaire et sauf rares exceptions, emploie chacun à contre-sens de sa vocation.
Si votre astre en naissant vous a formé poète,
les leçons de la morale et du devoir filial tendront à faire de vous comme de Métastase un portier au lieu d'un poète , et tout l'attirail de la sagesse philosophique sera mis en jeu pour vous entraîner aux fonctions d'où la nature voulait vous écarter. Les 9/10" des civilisés pourraient élever cette plainte.
H n'est donc pas de question plus obscurcie parmi nous que celle de la vocation ou instinct de fonctions sociales. Ce problème va être pleinement éclairci par le mécanisme de l'éducation harmonienne. Elle ne développe jamais chez l'enfant une seule vocation, mais une trentaine de vocations graduées et dominantes en divers degrés.
Le but étant de conduire d'abord au luxe (l». foyer d'Attraction (II, 241 ), il faut que l'éducation entraîne au travail productif; elle ne peut y réussir qu'en faisant disparaître une tache bien honteuse pour la civilisation, et qu'on ne trouve pas chez lesSauvages; c'est la grossièreté
et la rudesse des classes inférieures» la duplicité de langage et de manières. Ce vice peut être nécessaire parmi nous , où le peuple accablé de privations sentirait trop vivement sa misère s'il était poli et cultivé; mais dans l'état sociétaire où le peuple jouira d'un minimum supérieur au sort de nos bons bourgeois , il ne sera pas nécessaire de l'abrutir pour le façonner à des souffrances qui n'existeront plus, et pour l'enchaîner à des travaux qui n'auront rien de pénible, puisque le mécanisme sériaire les rendra attrayants.
De cette chance d'Attraction industrielle dérive la nécessité de polir la classe plébéienne; car si l'industrie sociétaire doit amorcer les souverains comme les plébéiens , il suffirait de la seule grossièreté du peuple pour contre-balancer les amorces que le nouveau système industriel pourrait présenter aux grands. La classe riche ne se plairait jamais à exercer le travail avec des rustres , à se mêler à toutes leurs fonctions. Ainsi , par le double motif du bien-être du peuple et de L'accession des riches au travail, il devient inutile que le peuple d'Harmonie reste grossier; il faut au contraire qu'il rivalise de politesse avec la classe riche , pour réunir attrait des personnes et attrait des fonctions dans les cultures et manufactures.
La politesse générale et l'unité de langage et de manières ne peuvent s'établir que par une éducation collective , qui donne à l'enfant pauvre le ton de l'enfant riche. Si l'Harmonie avait, comme nous, des instituteurs de divers degrés, pour les trois classes, riche, moyenne et pauvre, des académiciens pour les grands, des pédagogues pour les moyens, des magisters pour les pauvres, elle arriverait au même but que nous , à l'incompatibilité
des classes et à la duplicité de ton, qui serait grossier chez les pauvres , mesquin chez les bourgeois , et raffiné chez les riches. Un tel effet serait gage de discorde générale : c'est donc le premier vice que doit éviter la politique harmonienne : elle s'en garantit par un système d'éducation qui est un pour toute la Phalange et pour tout le globe , et qui établit partout l'unité de bon ton.
Evitons ici de confondre Y unité avec t égalité. La classe opulente, loin d'être lésée par la politesse des inférieurs, y trouve une foule d'avantages incontestables. Aussi tout homme riche prèfère-t-il des domestiques polis et intelligents, comme ceux de Paris, aux rustres de province, par qui on est fort mal servi et grossièrement traité.
D' ailleurs , le service n'étant pas engagement individuel en Harmonie, où il est au contraire lien d'affection individuelle, c'est pour l'homme riche un double charme que de trouver dans ses nombreux pages des amis intimes et des gens polis comme lui. On croit déjà favoriser les monarques en leur procurant un seul de ces agréments , celui d'avoir pour pages des jeunes gens d'une éducation trèssoignée. Si un Harmonien peut ajouter à cet avantage celui de trouver des amis dans tous ses serviteurs , s'ensuivra-t-il que ce régime ait quelque rapport avec l'égalité?
Usons d'une comparaison : prétendra-t-on que, pour éviter l'égalité , il faille que le peuple soit de plus petite stature et de plus faible corpulence que les gens riches? Non, sans doute. L'unité matérielle veut que les corps soient de même taille dans toutes les classes. Il n'y a jusque-là qu'unité simple, bornée au matériel ou physique de l'homme.
L'unité composée qui doit être matérielle et passionnelle, et qui ne peut s'établir qu'en Harmonie , exige que
les humains soient identiques en ce qui touche aux essors de l'âme comme en développements du corps, qu'ils soient homogènes par le langage et les manières, quoique trèsinégaux en fortune.
Du moment où le travail sera devenu attrayant, il n'y aura nul inconvénient à ce que le pauvre soit poli et instruit. Il y aurait au contraire lésion pour le riche et pour l'industrie générale, si le pauvre conservait les mœurs grossières de la civilisation ; il doit se rencontrer sans cesse avec les riches dans les travaux attrayants des Séries pass. Il faut , pour charmer et intriguer ces réunions, que les manières soient unitaires, généralement polies. Les Harmoniens s'aiment entre eux autant que les civilisés se détestent ; la Phalange se considère comme une seule famille bien unie; or, il ne peut convenir à une famille opulente qu'un de ses membres soit dépourvu de l'éducation qu'ont reçue les autres.
Pour élever à l'unité de manières toute la masse des enfants, le plus puissant ressort sera 1' opéra, dont la fréquentation est pour tous les enfants d'Harmonie un exercice demi-religieux, emblème de l'esprit de Dieu, de l'unité que Dieu fait régner dans le mécanisme de l'Univers. L'opéra est l'assemblage de toutes les unités matérielles : aussi tous les enfants Harmoniens figurent-ils, dès le plus bas âge , aux exercices d'opéra, pour s'y façonner aux unités maté., acheminant aux pass.
J'ai déjà observé qu'une salle d'opéra est aussi nécessaire à une Phalange que ses charrues et ses troupeaux. Ce n'est pas seulement pour l'avantage de se donner dans le moindre canton un spectacle aussi brillant que ceux de Paris , Londres et Naples; c'est pour éduquer l'enfance , la former au matériel d'Harmonie.
Ce spectacle sera à la fois vœu d'Attraction et de raison. Il sera vœu d'Attraction , en ce qu'on verra les enfants entraînés passionnément à y figurer dés l'âge de 4 ans; vœu de raison, en ce que les pères y verront le ru*diment industriel de l'enfance, l'initiation figurative aux principes de l'Harmonie sociale.
L'éducation unitaire doit élever les hommes aux perfections du corps et de l'âme. Nos instituteurs armés de fouet, de palettes et d'abstractions métaphysiques, savent former des Nérons et des libères : laissons-leur ce honteux talent , fruit de l'éducation partielle simple, et étudions le système de l'éducation intégrale composée, qui saura d'un Tibère* et d'un Néron pris au berceau, pris à trois ans, former un monarque plus vertueux que les An* tonins et les Titus*