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CHAPITRE VI

Excellence des Ralliements d'ambition pour affectionner les peuples

aux souverains.

11 faut que le besoin d'être aimé des peuples soit bien impérieux chez les souverains, car on n'en voit aucun qu1 ne veuille jouer de rôle de père du peuple , recevoir des sujets un simulacre d'adoration. Tibère et Néron ne sont rien moins qu'aimables; cependant ils veulent être appelés pères du peuple. Bonaparte place au rang de premier devoir des Français, l'amour de sa personne sacrée. Le chef des bourreaux ottomans, le Sultan fait défiler devant lui des Icoglans qui se font des blessures à coups de couteau, en signe d'amour et de dévouement pour lui. Peut-être exige-t-il aussi d'être adoré des Grecs : cela ne serait guère plus déraisonnable que la prétention commune à tout monarque , d'être aimé de paysans et malheureux sujets qui ne l'ont jamais vu, et ne connaissent de lui que ses percepteurs , ses garnisaires , ses conscripteurs, ses rats de cave; attirail vraiment digne de l'amour des peuples.

Je doute qu'il existe, en mécanique civilisée, un problème plus effrayant que celui d'exciter chez le peuple une affection sincère pour le souverain , et de plus pour les ministres et les grands ; car si on aime le monarque sans le connaître , c'est-à-dire par les effets de son administration, l'on doit aimer les fonctionnaires grands et petits qui opèrent en son nom.

II s'agit d'exciter double affection, pour le monarque et ses agences, pour le souverain et la souveraineté. C'est ici qu'on pourra apprécier le mécanisme des ralliements

passionnels qui se joue de ces difficultés , et va garantir aux souverains et à l'administration, rattachement le plus vif et le plus invariable de toutes les classes de citoyens.

Déterminons d'abord les conditions de ce genre d'affection. L'on ne peut aimer les grands qu'autant qu'on a l'espoir de participer à leur bien-être : tout homme à qui on ferme l'accès aux fonctions supérieures, devient jaloux de ceux qui les envahissent , et souvent haineux pour eux. Si l'on ne recueille pas quelque parcelle des faveurs, comment aimer ceux qui les distribuent et qui les obtiennent ?

Si le rang de monarque était inaccessible pour les harmoniens, ils partageraient l'esprit secret des courtisans civilisés dont chacun , s'il était assuré de n'être ni vaincu ni puni, conspirerait comme les Barbaresques pour détrôner son prince , ou comme les pachas de Turquie pour se soustraire à son obéissance (détrônement partiel ).

Il n'existe guère de dévouement sincère des inférieurs au prince. On n'aime point un chef quand on risque d'être destitué par lui. La civilisation se dissimule tous ces motifs de jalousie et de haine secrète, soit des grands entre eux , soit des inférieurs aux supérieurs; il faut pourtant faire disparaître tous ces levains de discorde , si on veut rallier franchement les inférieurs aux monarques et aux grands.

Colloquons dans ce problème le sexe féminin et le neutre. Les convenances de civilisation obligent à interdire aux femmes les fonctions publiques : cette exclusion serait en Harmonie un sujet de mécontentement pour la moitié du genre humain. Déjà dans l'état actuel, on les voit se venger par l'intrigue ; elles régnent indirectement sur

tous les points d'où on a voulu les exclure : ne serait-il pas plus prudent de leur assigner un domaine assorti à leur goûts , des fonctions où elles eussent la faculté de faire le bien et jamais le mal ? Tel est le système de l'Harmonie; elle multiplie les dignités afin que chacun en trouve d'applicables à ses passions ; elle crée des sceptres et des magnatures pour les femmes et les enfants mêmes; seul moyen d'extirper cet esprit de rébellion qui règne aujourd'hui chez les femmes et les enfants.

Les deux sexes , féminin et neutre , deviennent en Harmonie les soutiens des autorités, parce qu'ils en font partie. Le grand art de la politique est d'intéresser chaque membre du corps social au maintien de l'ordre établi : c'est donc un acle de sagesse que de faire entrer en partage de dignités les femmes et les enfants ; à défaut , il arrive que la femme envahit de fait les fonctions civiles ; qu'une favorite (ail déclarer la guerre quand le Roi et les peuples voudraient la paix , et que, selon Marmontel , un petit nez retroussé change les lois d'un empire.

Pour éviter ces empiétements, l'Harmonie concédera à chaque sexe, à chaque âge, et à toutes les classes de citoyens, des dignités graduées et plus sensées que les nôtres , où l'on ne voit que des titres vides de sens ; une Reine qui ne règne pas et n'exerce aucune branche d'autorité ; une présidente qui ne préside rien ; une maréchale qui ne commande rien : concessions aussi illusoires que le titre de peuple souverain donné à gens qui n'ont pas de pain.

C'est dans le système opposé que nous découvrirons l'art de liguer tous les sujets pour le soutien du souverain et de la souveraineté ; lorsqu'on aimera les effets de souveraineté, on aimera le souverain, à moins qu'il ne soit

un monstre. C'est donc la souveraineté et ses agences qu'il faut rendre aimables , rendre aussi séduisantes que les agences actuelles sont haïssables. Je vais analyser celte amorce descendante ou séduction du peuple, par les huit sceptres cardinaux de la table (275) et par les deux pivotaux dont l'influence est plus puissante.

Nous blâmons un pauvre de désirer un million ; nous l'appelons visionnaire , quand il rêve aux moyens de gagner ce million par des jeux de loterie : le contraire a lieu en Harmonie, où chacun blâme le pauvre de ne pas désirer cent millions et une souveraineté du globe, soit de

MÉRITE ACQUIS , SOÎt de LOTERIE CARACTÉRIELLE .

*La chance de loterie influe par moitié dans les dix sortes de souveraineté (275); est-ce une sage disposition de la Providence ? Des rigoristes vont répondre qu'il faudrait bannir cet esprit de loterie , n'admettre que l'esprit philosophique dégagé d'ambition. Laissons-les déraisonner sur le bien social , et continuons à examiner le but des passions ; l'on va se convaincre qu'en donnant moitié des dignités harmoniennes au mérite acquis et moitié aux jeux de loterie, Dieu a bien fait tout ce qu'il a fait. Exemple :

Irus , le plus pauvre des hommes , peut devenir l'égal d'Homère, composer des poëmes aussi fameux et moins ennuyeux que l'Iliade. Supposons que le globe lorsqu'il sera au complet d'environ 4 millions de Phalanges , adjuge à Iras, par majorité de votes, deux sommes de 12 fr. pour deux poëmes qu'on jugera supérieurs à l'Iliade et l'Odyssée; Irus, pour prix de ces deux ouvrages, possédera environ cent millions de francs au grand contentement du globe qui, satisfait d'avoir deux beaux poëmes épiques, souhaitera qu'Irus en gagne encore autant à

pareille condition. Il conviendra donc que le plus pauvre des êtres, homme ou femme, aspire, dès le bas âge, à d'immenses richesses , à un gain de cent millions.

Nonobstant cette fortune, Irus pourra être promu au trône électif *2, d'ambition, donné à ceux qui excellent dans les sciences et les arts. Ce sceptre est annuel; Iras peut y être nommé pour un an; le voilà devenu l'un des omniarques du globe , et du gré du monde entier. II est donc louable à tout homme ou femme d'aspirer à l'un des sceptres du globe entier, puisque le monde trouve son plaisir à créer ces sceptres beaucoup plus productifs que dispendieux; on en verra la preuve.

Irus, dès son enfance, a fait preuve de mérite supérieur dans les Petites Bandes; plusieurs actions d'éclat l'ont fait connaître au monde enfantin par la gazette de la chevalerie, et il a été nommé à l'âge de 13 ans, haut roitelet du globe (dignité annuelle qui alterne d'un an sur trois entre les Petites Hordes et les Petites Bandes). Ainsi, deux sceptres du monde sont échus & Irus; valait-il mieux qu'il ambitionnât la médiocrité philosophique ?

Rien n'empêchera qu'Irus ne parvienne à d'autres omniarcats, ou du moins à quelques degrés 12, 11 , 10 de souverainetés (table, II, 376). Tous les sceptres (275) lui sont accessibles, sauf le n°. 3* monarcat héréditaire : mais ce degré peut échoir à l'un de ses enfants : il se peut que sa fille soit la plus célèbre vestale du pays , et soit préférée par l'omniarque héréditaire du globe, si elle se rend à une armée unitaire où cet omniarque viendra faire choix d'une génitrice. Irus lui-même peut, d'après sa rènommée, avoir été choisi pour géniteur par l'omniarque du globe, et se trouver père de l'héritier ou héritière du sceptre familial universel n°. 3*. Cette chance

est de loterie autant que de mérite; car elle repose en partie sur la beauté qui est pour chacun loterie de formes , faveur de nature et non mérite acquis.

En considérant qu'Irus peut avoir des prétentions aux 10 sceptres du monde; que toute femme pauvre peut avoir les mômes prétentions , puisque les sceptres sont masculins et féminins dans tous les degrés (II, 376), on concevra que les êtres les plus pauvres aiment un pareil ordre , et approuvent cette échelle de souverainetés dont quelqu'une doit échoir sinon à eux, au moins à leurs enfants ou amis. C'est un espoir que chacun est fondé à nourrir , et sans se faire illusion ; car si Ton n'atteint pas les souverainetés omniarcales (table, 275), on peut obtenir celles de n<>. inférieur (table, II, 376), notamment les bas degrés 1 , 2 , 3 , qui n'exigent qu'une célébrité locale et vicinale, puisque le degré 3 ne dépend que des suffrages d'une douzaine de cantons; le degré 2, que de 3 à 4 cantons; le degré i , que de la seule Phalange.

Par suite de cette chance de souveraineté flatteuse pour tout le monde , on verra tout le peuple payer avec joie (11,283), ou, pour mieux dire, souscrire avec joie l'impôt des souverainetés, tout-à-fait insensible pour lui. Cet impôt n'étant point déboursé individuel, mais prélèvement fait dans chaque Phalange , avant la répartition annuelle, chacun peut espérer, soit en sa faveur, soit en faveur de ses proches ou amis , l'un des gros lots qu'on forme de cet impôt.

Par exemple, qu'un enfant soit nommé haut roitelet, haute roitelette du globe, ne reçût-il qu'un traitement d'un demi-franc, ce serait dés à présent 300,000 fr. sur 600,000 Phalanges, et 1,300,000 ou 2,000,000 fr. quand le globe sera porté au complet de 3 à 4 millions de

Phalanges. Une telle fortune, pour un enfant de 43 à 14 ans , est déjà bien magnifique ; elle sera moindre dans les degrés 12 , 11 , 10, etc. , mais encore suffisante à stimuler le peuple qui est bien plus joueur de loterie que les gens riches, plus enclin à se repattre d'espoir de fortune immense , pour peu qu'il y ait possibilité de succès : aussi joue-t-ifà la loterie la chance du terne, qui est des plus mauvaises, comportant lésion de moitié pour le joueur.

Le régime des souverainetés graduées sera donc pour le peuple une loterie perpétuelle dont il souscrira l'impôt avec joie, impôt que je n'estime qu'à un 48e. des bénéfices annuels de chaque Phalange.

D'après le penchant de chacun à s'exagérer le mérite de ses enfants , tel père qui aura échoué dans l'obtention d'une ou plusieurs souverainetés, ne doutera pas que son fils ou sa fille n'y réussissent. Elles plairont donc même aux plus sots des hommes, à ceux qui n'auront pas été en état de se mettre sur les rangs : chacun d'eux sera persuadé que ses enfants, par les ressources de l'esprit ou le charme de la beauté , vont s'élever à quelqu'un des trônes suprêmes X , ou du moins des hauts degrés 8,9, 10, 11,12.

Voilà, sur le problème qui nous occupe, sur le ralliement affectueux du peuple aux grands, un aperçu de solution : il est déjà évident que le peuple aimera les souverainetés, et voudra par passion payer l'impôt qui y est affecté; impôt prélevé, non déboursé, très-insensible pour qui jouit d'un ample minimum. Comment après cela n'aimerait-il pas les souverains et magnats qu'il Terra se confondre avec lui dans les travaux attrayants des Séries pass. , y soutenir cabalistiquement ses rivalités , l'appeler, dans les repas de festivité de la Série , à leur table où sa

politesse le rendra admissible? De tels souverains et magnais seront aussi aimés du peuple qu'ils doivent l'être peu quand il ne les connaît que par les garnisaires , les rats de cave et les droits féodaux.

Pour mieux juger de l'influence des souverainetés graduées sur le peuple et de son enthousiasme pour cette foule de dignités, on peut en étudier l'effet dans les deux degrés pivotaux , caractérisme Y et favoritisme ^ , qui prêtent bien davantage aux illusions paternelles et personnelles. Cet examen sera le sujet de la Note fl. ( Voyez page 456).

« Est-il probable , dirait-on , que les souverains con- » sentent à la création de tant de sceptres nouveaux ? »

Question oiseuse! Toute disposition d'harmonie est réglée selon ,1e V03U collectif et individuel des souverains et des peuples. Autant vaudrait demander si le pouce ne doit pas être jaloux des neuf autres doigts, et s'il ne faut pas les faiee couper pour assurer la supériorité de l'un des pouces? Les dix couples de souverainetés, dont huit cardinales et deux pivotales, sont l'image des dix doigts qui se servent réciproquement, et dont aucun ne peut sans lésion se passer des neuf autres.

Avant d'élever de tels arguments , il faut attendre de connaître l'influence combinée des seize ralliements, les avantages que leur emploi général assure aux souverains comme aux peuples : tant que cet exposé n'est pas terminé, il n'est pas temps de répondre aux objections.

Les monarques aujourd'hui ne peuvent .pas même jouir en sûreté de leur couronne; ils sont obligés de s'étayer de sbires, tribunaux, police et contre^police. Quand ils verront un ordre de choses où le sceptre d'apparat leur sera garanti à perpétuité, sans, commotion poiv. i9

litiquc, ils ne seront pas plus jaloux des autres sceptres qu'ils ne le sont aujourd'hui de leurs ministres, véritables rois amovibles, régnant souvent plus que le Roi. D'ailleurs , ne sera-t-il pas loisible à tout souverain héréditaire d'aspirer à l'un des trônes électifs, et cumuler quelque sceptre du monde ou de haut degré avec le sceptre d'apparat qu'il possède héréditairement? Voyez à ce sujet la Note H.

Ces divers sceptres électifs (le familial seul est héréditaire), ouvrant à l'ambition tant de chances magnifiques, on devra inspirer aux enfants harmoniens une ambition sans bornes , ou pour mieux dire abandonner la passion à son cours naturel, l'essor illimité, ennemi des désirs modérés. II conviendra que chacun aspire aux magnalures omniarcales du globe, afin d'arriver au moins à quelque degré inférieur ; de même que dans les écoles il est louable de prétendre au premier prix, sauf à se contenter du 2e. , ou 3e. , ou 4e. , si on ne peut pas atteindre plus haut.

L'ambition, tant diffamée par les civilisés, n'a donc chez eux d'autre tort que son extrême faiblesse. On appelle ambitieux démesurés des êtres qui, comme Jules- César ou Bonaparte , convoitent le trône de l'Europe ; tandis qu'en Harmonie le moindre enfant convoite plusieurs sceptres du monde entier. On verra par une plus ample connaissance de l'état sociétaire ou destinée humaine , qu'il en est de chacune des autres passions comme de l'ambition , et que , loin d'être excessives , elles ne s'élèvent pas, chez les hommes les plus outrés, au quart du développement et de l'intensité où elles doivent atteindre en Harmonie.

A défaut de succès directs en ambition, chacun en

aura d'indirects , car chacun régnera spéculalivement sur le globe entier, par adhésion au bel ordre établi. C'est régner que de voir dominer l'ordre qu'on désire : le jour où je lus le traité de limites entre le Directoire exécutif et le Roi de Sardaigne , je me croyais Roi de France , en voyant les limites fixées comme si j'eusse dicté le traité. Nous sommes à moitié rois, quand nous voyons le Roi opérer conformément à nos désirs : c'est un charme dont on jouit constamment en Harmonie.

En effet, tout homme qui serait maître absolu du globe entier, s'occuperait à tout pacifier, établir un régime qui assurât le calme présent et à venir, le bon ordre des cités et familles , des relatious industrielles et administratives : tel sera le régime sociétaire : sa permanence et ses bienfaits seront garantis pour une période estimée septantecinq mille ans. Chacun régnera donc spéculalivement sur le globe entier, en y voyant dominer l'ordre de choses qu'il préfère, celui qu'il établirait s'il était maître absolu.

C'est une jouissance qu'aujourd'hui nul souverain ne peut se procurer , même dans son royaume ; il ne la goûte ni en matériel ni en politique. Tout souverain voudrait voir les dilapidations réprimées, les factions éteintes, le trône bien garanti à sa dynastie, les sujets sincèrement affectionnés, l'empire bien à l'abri des conquêtes; aucun d'eux n'a sur ces divers points le quart des garanties qu'il peut souhaiter. 11 en est de même en matériel : qu'un prince désire voir les forêts restaurées, les marécages desséchés, les montagnes reboisées, il rendra cent ordonnances qui n'aboutiront à rien. Et , dès la première année de l'Harmonie, il verra 900 millions d'hommes occupés à satisfaire tous ses vœux sur ces divers points.

D'après cela, est-il raisonnable de demander si les

princes voudront consentir à la création de tels et tels fonctionnaires? ils voudront tout ce qui sera nécessaire au soutien du bel ordre social qui contentera tous les désirs ; et convaincus que la stabilité de cet ordre dépend du plein essor de chacune des douze passions , ils n'auront garde d'en vouloir entraver aucune, surtout l'ambition , qui est ta rectrice principale, et l'on peut dire la plus magnifique des passions cardinales.

Aucune aulre ne fournit des ralliements si grandioses, des liens si sublimes que ceux expliqués dans la note H et dans l'article protection fédérale inverse. L'amour et le familltsme nous en donneront de plus gracieux; mais c'est dans les ralliements d'ambition qu éclate la grandeur des inepties sociales de 1a raison civilisée, dite philosophie. En outrageant les passions, le plus savant œuvre de Dieu, n'est- elle pas l'écho de

Ces noirs habitants des déserts, Insultant par leurs cris sauvages , L'astre éclatant de l'univers ?

NOTE H. Sur les Sceptres de mérite et de loterie.

On a souvent revé en morale que le bonheur des souverains consisterait à rendre tes peuples heureux ; c'est un principe assez équivoque en civilisation, ou les peuples sont ingrats comme les individus. Louis XVI -dut son tnalhour a Une déférence imprudente au vœu de la nation, qui demandait les états généraux et la double représentation du tiers-état.

On voit que je ne me fais pas illusion sur les voies de bonheur que doivent suivre les souverains ; on en peut induire que je ne m'abuse pas non plus sur celles que leur ouvre, en Harmonie, l'institution des 10 couples de sceptres cardinaux et pivotaux , moitié de mérite, moitié de loterie.

Décrivons-en d'abord quelques détails intéressants» après quoi je réfuterai les craintes qu'une politique ombrageuse pourrait en concevoir avant examen , et je prouverai que cette méthode est le seul moyen d'affermir les trônes , Les garantir à perpétuité aux dynasties légitimes, et affectionner les peuples au souverain comme à la souveraineté.

C'est dans le tableau des 2 sceptres pivotaux que je vais puiser les preuves. Définissons d'abord celui du Favoritisme \ , plus aisé à concevoir que celui de Caractérisme Y.

Rien de plus déraisonnable que la faveur* et pourtant c'est la passion de tout le monde. Chaque père élit un favori parmi ses enfants, et préfère souvent le plus vicieux.

Les Barbares, plus rapprochés que nous de la nature , donnent plus d'essor a la passion de FasoritUme. Tout empereur ou pacha barbare a sa favorite variable au sérail , et son favori variable au ministère. Les monarques civilises donnent moins ouvertement dans ce prétendu travers qui n'en est pas un , mais qui devient vicieux , en ce que la sagesse , dans l'état civilisé, consiste à s'éloigner le plus que possible de la nature ; étouffer toutes ses impulsions, dont l'une des plus impérieuses est le favoritisme (passion cojotre-foyère de l'unitéisme).

Les harmoniens , dociles à ta nature , donnent le plus vaste essor à cette passion. Ils développent le favoritisme légal en 13 degrés (II, 576), formant autant de sceptres pour des couples de favoris annuels, depuis le couple de Phalange n°. 1 , jusqu'au couple X 15, omniarque du globe en favoritisme.

Les choix ne se fondent sur d'autres niolifc que le caprice , la préférence aveugle. Il faut savoir charmer la phalange , la province , la région , l'empire , le césarat , l'univers. Celle qui sait mettre l'univers a ses pieds, est élue favorite omniaicale du globe. N'importent les moyens : talents, beauté, intrigue ou autres , toutes voies sont bonnes : elle peut même, selon la décision de Sanchez, mettre en jeu le fichu transparent : s'il accorde cette licence quand il s'agit de gagner les juges et le procès, il l'accordera d'autant mieux pour capter des armées, et s'élever au trône du monde , affaire de toute autre importance qu'un procès.

Quelle carrière pour des femmes aimables dont l'empire est s»

borné aujourd'hui ! Mais, dans cette élection de favoris, la beauté n'est pas le seul arbitre des choix ; il faut exciter un enthousiasme quelconque. Madame de Staël , sans être belle, avait tout à point les qualités propres à capter le suffrage de favoritisme général. Elle aurait parcouru quelques armées, ou le charme de sa faconde, joint au relief de ses écrits, aurait décidé en sa faveur le vote de la majorité des Phalanges du globe.

A défaut du globe entier, on peut tenter de moindres eonquêtes, charmer au moins un petit empire comme la France , 9e. degré, (II, 376). N'obtînt-on que la faveur de sa Phalange, c'est déjà un lot d'autant plus propre à enthousiasmer les Français , que dans cette branche d'élections Ton se piquera d'agir à la française, juger sans raison et selon le pur caprice.

Parmi nous , des favoris ou favorites , tant du prince que de l'opinion, ne sont point des êtres intéressants pour l'industrie ; ils le deviennent en Harmonie , ou cette fonction est un stimulant très-actif dans les travaux de série ou d'armée. Quiconque aspire au favoritisme hante les grandes réunions d'industrie passionnée , et cherche a y répandre le charme. Les harmoniens étant sans cesse au travail , ce n'est que là qu'on peut les courtiser en masse. La phalange se passionne pour celui ou celle qui sait animer les grandes réunions ; il devient d'abord favori de Phalange ou de vicomte' (II, 2SG);%puis, par degrés, favori de comté, de marquisat , de royaume , d'empire, de césarat , etc.

On sait combien les pères se font illusion sur le mérite de leurs enfants ; l'ourse de la fable trouve ses petits beaux et mignons : tout père, toute mère porte pareil jugement sur le physique et le moral de ses enfin ts ; dès lors tout le peuple en Harmonie se berce du charme de voir ses enfants promus aux trônes de favoritisme. L'illusion est bien autrement forte sur les trônes de caractérisme Y, dont nous allons parler : elle existe de même sur les 8 sceptres de quadrille (275).

On conçoit par la que le peuple d'Harmonie veuille foule de rois , d'empereurs et sceptres de tous les titres et de tous les degrés. Ses enfants , dit-il, parviendront à ce rang ; il n'en doute nullement ; c'est pour lui un prestige de loterie d'autant plus louable qu'il n'a rien de ruineux , rien de trompeur y qu'il excite

le père a stimuler l'enfant dans ses études, et qu'il affectionne le peuple aux grands et aux princes , tous aimables pour lui , car il ne les connaît que par les bénéfices qu'il recueille de leurs fonctions.

Ce charme est surtout remarquable dans la souveraineté' de titre caractériel, au sujet de laquelle chacun peut s'élever bien haut, en fait d'illusion , et voir le souverain présomptif du globe dans un enfant qui n'est pas encore né, ou qui est au berceau; y voir dès l'âge de 7 ans un omniarque légal. Expliquons l'énigme.

Les caractères nous sont distribués par la nature, en titre fixe, que l'éducation ne saurait changer : elle peut leur donner un vernb, des formes quelconques, sans dénaturer le fond. Sénèquc et Burrhus n'ont pas changé le titre caractériel de Néron, tétratone à quatre dominantes bien distinctes ; composite , cabaliste, ambition , amour. (Les caractères tournent au mal en civilisation, dès qu'ils ont en dominance un nombre de distributives supérieur ou seulement égal aux affectives.)

Les caractères sont distribués comme nos autorités et nos régiments, par échelons hiérarchiques. J'en ai donné une ébauche insuffisante (II , 538); rectifions-la en y plaçant les mixtes. Je change la désinence /tire, en celle de tone, plus radoucie (d. b. signifie touches diézées ou bémolisées).

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