‹ Théorie de l'unité universelle (volume 3)Chapitre 111 sur 163 · LIVRE lY. SECTION VU · texte numérisé non relu

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excelle dans les fonctions du groupe de dégraissage. Le raccommodage sera fait par Orphise , autre dame riche et vraiment philosophe , puisqu'elle se platt à ressarcir les culottes, et qu'elle excelle au groupe du raccommodage en drap et des reprises masquées.

Le pauvre Lucas a été bien servi par deux grandes dames, et ne sait comment leur en témoigner sa reconnaissance. Voilà un lien amical par domesticité, car les deux dames ont été ses domestiques dans cette affaire. ' Ces dames touchent à la c soixantaine; » mais Lucas, dans un transport de gratitude, excédera peut-être. les bornes de Tamitië , et pourra payer sa dette par un brin d'amour. Laissons à part cet épisode ; il serait étranger à un chapitre qui ne traite que des liens amicaux.

Observons à cette occasion que tout est lié dans le système des ralliements. Tel ressort d'amitié conduit en même temps à des liens d'amour entre les antipathiques de 20 et 50 ans; et de même , tel ressort en ralliement d'ambition conduit aussi à des liens de famillisme. Cette propriété de liens composés double la force des 16 ressorts, et les rend égaux à 32 au moins en action combinée.' •

La domesticité passionnée est l'un des principaux liens du mariage : les deux époux, en cas de bon ménage, sont, l'un pour l'autre, ce que sont dans une Phalange cinquante serviteurs affectueux dont chacun est entouré , c^est-àdire que chaque harmonien obtient , en services affectueux, l'équivalent de ce qu'il obtiendrait aujourd'hui de cinquante épouses, aussi dévouées que la sienne, et plus intelligentes.

£n considérant la variété d'amorces que présente en Harmonie lé lien de domesticité passionnée, soit en ordre

396 ASsocuTimi composée.

deicendant^ affection da sapèriear à V'mfëneuTf selon iés détails (111,527, 538) où Ton voit Léandresenri codstamment par des amies ou des amantes ; soit en ordre ascendant, selon Texempie de Lacas cité plus haut, affection de l'inférieur au supérieur :

En observant de plus que chacun , dans Tétat sociétaire , forme de pareils liens avec une centaine d'bdividiis, membres Je sa Phalange, et qui tous ont coopéré h son service personnel, avec preuves de préférence affectueuse :

En estimant, dis-je, l'influence que ces liens doivent exercer, on concevra que la fonction de domesticité pourra , dans l'état sociétaire, fournir à elle seule autant de leviers de concorde qu'elle fournit de leviers de discorde en régime civilisé.

L'homme riche , parmi nous , an lieu de trouver cent amis et amies empressés h l'obliger en tout service, ne trouve que cent spoliateurs forcés par la pauvreté à des spéculations cupides, à des simulacres d'affection.

C'est ainsi que la civilisation , par le service individuel et salarié, crée au riche cent sujets de mécontentement, là où l'Association lui créerait cent liens amicaux, cent germes de ralliement composé , soit du supérieur à l'inférieur, soit de l'inférieur au supérieur.

( Nota. Les deux ressorts que je viens de citer rallient par affinité de caractère, en ce que l'intérêt se porte sur les individus et non sur leurs fonctions. Dans les deux ressorts smvants, le ralliement est par voie d'aiBnité industrielle , en ce que l'intérêt s'attache d'abord aux fonctions et s'étend de là aux individus qui les remplissent. En mécanisme d'amitié comme des trois autres cardinales, il faut que les quatre ressorts de ralliement s'adaptent par

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deux couples aux deux éléments de la passion (selon la table, 579).

3^. Division du travail sériaire (entrave levée). V\ Ralliement par affinité industrielle.

Que servirait d'amener la classe riche à sympathiser avec les industrieux par la bonne éducation et Taisance du peuple, par la propreté des ateliers et autres amorces de l'état sociétaire, s'il fallait faire excès de travail, l'exercer consécutivement pendant 12 heures sur un même objet, comme cela se pratique dans nos ateliers, nos campagnes, nos bureaux? il n'y aurait nul moyen de se faire illusion sur l'ennui de ce travail outré; il deviendrait rebutant même en fonctions agréables ; tandis que les courtes séances de i et 1 12 ou S heures au plus , soutenues d'une société d'amis, répandront la gaieté et le charme jusque dans les fonctions essentiellement répugnantes.

Un inconvénient bien pire que les longues séances et plus répugnant encore est la complication des travaux dont' il faut, dans l'état actuel, embrasser tout le détail. J'ai observé (III, 521 ) que tel homme riche veut bien se charger d'une seule branche, mais non pas de vingt fonctions que peut exiger un seul végétal : il ne veut pas s'occuper d'arrosage, parasolage, sarclage, paillassonnage : par cette raison , il s'attache à 4 groupes de co-sectaires , qu'il voit ardents et intelligents dans ces 4 fonctions nécessaires au soutien de celle qu'il a choisie , et où il se trouve aidé par une dizaine de coopérateurs passionnés.

C'est donc de la minutieuse division des travaux seriaires que naît l'amitié du riche pour tous les groupes de la Série. S'il n'est pas porté à partager les fonctions de tels groupes , il n'est pas moins désireux de leurs succès^

398 ASSOGUTION COMPOSÉE «

puisqu'elles sont utiles à la sienue : eux, de leur c6té, portent même intérêt à la branche que préfère cet homme riche, à son groupe dont pourtant ils ne veulent pas adopter Tes fonctions. Ainsi chacun de ces groupes est serviteur empressé des autres dans la partie qu'il a choisie , et l'amitié est réciproque entre eux , par échange de services. Un agent nous devient précieux s*il sait exécuter à la perfection un travail utile à nos intérêts , mais dont nous répugnons à nous charger.

Telle est la situation où se trouvent tous les groupes d'une Série à l'égard l'un de l'autre : est-elle de 12 groupes, chacun des 12 est précieux pour les H autres qui ont besoin du service dont il se charge passionnément, et chaque groupe voit dans les onze autres autant de ligues oiTicieuses occupées à assurer le succès de la 12®. fonction dont il fait son plaisir. Quel motif d'amitié entre tous les individus de cette réunion, indépendamment des 3 autres liens que fonrnissent les ralliements d'amitié, et des 12 autres liens fournis par les ralliements d'ambition, d'amour et de famillisme 1

Tout ce mécanisme de bonheur et d'unité sociale disparaît, du moment où Ton cesse de spéculer sur la boussole d'harmonie, la Série pass. [en courtes séances]. Tous les liens d'amitié s'évanouissent dès qu*on rentre dans le cercle de nos travaux incohérents , qui n'excitent que les jalousies, les haines entre voisins, et n'engendrent que l'ennui par leur complication , par l'accumulation des détails sur un même individu.

4<>. IiiTKiGUES DE SÉRIE. ( illusiou crééc). 2®. Ralliement par affinité industrielle. Pour estimer les chances d'amitié qu'ouvre l'iatrigue ,

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chacod doit se rappeler des circonslances où il a* été yi- Temeot stîmalé dans quelque menée suiyie d'un plein succès. Par exemple : cabale électorale pour faire passer tel candidat ; cabale de la bourse dans les jeux d'agiotage ; cabale d'écoliers méditant une fredaine à l'insu des pédants; cabale d'amants projetant une partie carrée à l'insu des pères ; cabale de famille sur un bon parti à obtenir. Si ces intrigues sont couronnées de succès , l'on prend en amitié les coopérateurs : on a , malgré quelques inquiétudes» passé d'heureux moments à conduire l'intrigue; les agitations qu'elle produit sont besoin de l'Orne. (Cabaliste, 10®. passion supprimée par les philosophes, ainsi que l'ambition, 7®.)

Loin de ce calme plat dont la morale nous vante les douceurs, l'esprit cabalistique est la véritable destination de l'homme. L'intrigue double ses moyens , agrandit ses facultés. Comparez le ton d'une coterie d'étiquette , son jargon moral, guindé, languissant, avec le ton de ces mêmes individus en état de cabale : ils vous sembleront métamorphosés; vous admirerez leur laconisme, leur ton animé , l'essor actif des idées , la prestesse des actions , des résolutions ; enfin, la rapidité du mouvement spirituel ou matériel. Ce beau développement des facultés humaines est le fruit de la cabaliste ou 10®. passion, qui régne Cjpnstamment dans les travaux et les réunions d'une Série passionnelle.

Gomme elle ^obtient toujours des succès quelconques , et que ses groupes sont tous précieux les uns aux autres , le charme des cabales devient un puissant. lien d'amitié entre tous les sectaires, même les plus inégaux.

De là vient que la courte séance d'une Série ou d'un groupe est un moment plus désiré que ne peut l'être

parmi nous un bal ou un feslin , dont le plaisir est contrebalancé par des embarras de toilette» étiquette, transport et retour, inconnus en harmonie : un groupe y a pour costume des uniformes de travail , qui exigent tout au plus deux minutes de vestiaire, et le transport d'un séristére à un autre se fait par des corridors chauffés ou ventilés, (rue-galerie, 36). Tout est charme en pareilles relations: aussi les réunions d'ateliers sont-elles attendues avec impatience , objet de négociations trés-actives à la

bourse (i).

L'intrigue répand du charme sur les fonctions les plus insipides : c'est un ressort puissant pour rallier les castes incompatibles. Un roi aime la pêche maritime; il prend plaisir à vendre lui-même son poisson au marché : le voilà, parle fait, bienveillant pour les pêcheurs qu'il a la prétention de rivaliser en art de la pêche , et pour les dames de la balle, qu'il rivalise en art de la vente.

Cet événement récent est un trés-bel exemple de ralliement amical descendant ^ ressort qui fait nattre, en industrie, l'affection du supérieur pour l'inférieur. C'est un effet qu'il faut savoir produire dans tous les genres d'industrie, et qui sera généralisé dans l'état sociétaire.

Telle est la propriété des intrigues de Série : elles créent t esprit cabalistique y passion où l'on trouve, comme dans l'amour, la propriété de confondre les rangs, rapprocher le supérieur de l'inférieur. Une cabale active

(i) J^a vais promis un chapitre sur la bourse d'Harmonie, suc Tari d'y traiter et dénouer en moins d'une heure des milliers d'intrigues, dont chacune peut impliquer cent personnes. G*estun chapitre difficile et assez long : il a fallu le renvoyer comme tant d^autres, dont le délai nécessitera an volame additionnel ii cette livraison.

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et ardeDie établit entre ses meneurs une intimité de longue dorée , si d'autres intérêts ne Yiennent pas les désunir. On ne court pas ces risques en Harmonie » où les cabales de Série ne sont*qne des Yoies d'émulation, des luttes en procédés honnêtes ainsi qu'en industrie. Les rÎTalités sociétaires sont joviales et polies ; les individuelles sont tristes et malveillantes.

D'ailleurs, si une Phalange organise bien ses ralliements qui sont de vastes accords de masse , il arrive que les brouilleries individuelles sont de nulle influence, et ne peuvent en aucun sens troubler les accords collectifs; de même que la querelle de deux militaires ne change rien à l'esprit du régiment.

J'insiste sur la force de 4^. levier, sur l'avantage d'attirer les grands à l'industrie populaire, ce qui ne peut avoir lieu que dans les Séries pass. On peut, par des exemples connus, se convaincre que si les grands s'adonnent à quelque fonction vulgaire, ils y sont plus passionnés que le peuple , et d'autant plus jaloux d'éloges, qu'ils ne font pas de ce travail un objet de spéculation pécuniaire. Louis XVI aurait été trés-piqué qu'on l'eût cra médiocre en serrurerie : on assure qu'il pouvait aller de pair avec les plus habiles de Paris. Celte prétention à les rivaliser était un ralliement amical avec eux; une illusion répandue sur telle fonction qui semble hors du cercle des délassements royaux, et qui, par cette raison , rallie le supérieur & l'inférieur, par aflinité industrielle.

Et si l'on suppose qu'un roi, un grand, au lieu d'être seul de sa caste dans tel atelier, y rencontre une dizaine de magnats de sa Phalange, une échelle des diverses castes, point de mercenaires , partout des sectaires passionnés, des hommes polis et honorables» même les en*.

fanls, son affection pour les coopèrateurs sera vîngtuple de ce que peut être, en civilisation , celle d'un roi que Tattraction engage dans quelque travail populaire , dont les ateliers ne lui off'rent que des mercenaiFes disparates avec lui par les manières, et suspects sous le rapport de rintérèt.

Appendice. J'ai analyse dans la seule amitié quatre puissants moyens de rapprochement entre inégaux, sauf concours des 4 gages d'unité ou colonnes de ralliement (387) , que fournit l'état sociétaire;.

Attraction industrielle , Education unitaire ,

Minimum intégral, Population proportionnelle.

A ces 4 conditions est subordonné tout le système des ralliements et équilibres entre castes extrêmes. Or, s'il dépend de nous de réaliser sans délai ces 4 prodiges sociaux , il est de même en notre pouvoir d'établir les 16 ralliements dont ils sont les colonnes.

J'ai prouvé que la civilisation , tout incompatible qu elle est, par ses faussetés, avec l'amittè entre inégaux, en recèle pourtant tous les germes : ceux d'amitié , que je viens de d^nir, seraient déjà un moyen très-efficace pour disposer à la concorde générale en séance de répartition des bénéfices.

Cette séance est le point sur lequel doivent se diriger toutes nos vues. Il s'agit d'atteindre au concert général dans cette journée décisive où on répartira , aux sociétaires inégaux, en raison des trois facultés industrielles, capital, travail et talent.

J'ai avancé ( fin des Pré-alables ) qtie ladite répartition n excitera que des luttes de générosité, et jamais de sordide intérêt. Le plus important de tous les problèmes

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est celui de satisfaire > sur ce qui louche à Fintérèt personnel f une réunion de 1 ,600 associés inégaux ; les transformer en i ,600 amis, par le fait même de ces débats d'intérêt qui, aujourd'hui» exciteraient entre eux 1,600 procès, autant de haines.

Loin de là , cette immense réunion d'inégaux présentera, en affaires d'intérêt, le plus généreux désintéressement, les plus sublimes accords ; si le fondateur sait organiser, seuleniènt à demi, les quatre quadrilles de ralliements ; je dis a demi , puisque les deux mineurs n'arrideront qu'à peine à ce degré , yu l'obstacle de nos cou* tûmes en amour; mais des deux majeurs, celui d'ambition peut arriver d^emblée au delà du demi-équilibre, et celui d'amitié approcher du plein, atteindre à l'essor combiné ou quaternaire des ressorts indiqués (383).

Avant de traiter des lacunes de ralliement inévitables dans les débuts , étu4Jons d'abord le mécanisme en plein, le quadrille complet sur chaque passion, comme noo9 l'avons analysé sur l'amitié. Les contre-poids seraient faussés , incomplets , si le ralliement ne se formait pas de quadruple ressort (sauf réduction à â en' harmonie hongrée).

Sans argumenter sur la suffisance de chacun en particulier, il faut attendre l'exposé du tout. Ce sont , je le répète, 16 rouages d'une mécanique où tout engrène et se communique l'impulsion , où chaque pièce concourt au mouvement des autres. Il faut donc se garder d'objections sur l'insuffisance apparente de tel ou tel de ces rouages : ils sont destinés , tous les seize , à opérer simultanément et non pas isolément. Si.tel des 4 ralliements d'amitié ne promet d'influence que sur un quart des sociétaires, on influencera les trois autres quarts de la Phalange par em-

ploi des 5 moyens de ralliement qui n'auront pas étér appliqués au premier quart.

En outre, quand on douterait que l'ensemble du quadrille des accords d'amitié pût rallier plus de moitié de la Phalange, n'aura-t-on pas le secours desSaulres branches de ralliement, ambition, amour, famillisme? Ces deux derniers seront faibles, à la yérité, dans les débuts ; mais on pourra donner aux deux premiers une intensité plus que suffisante pour la garantie de l'éqff libre sociétaire.

J'ai mis dans l'exposé des ralliements d'amitié une régularité qui ne pourra pas régner dans les trois autres quadrilles dont quelques branches offenseraient les préjugés : c'est donc sur l'équilibre d'amitié que les étudiants doivent s'exercer, quant à ce genre d'accords; ils doivent s'attacher à la formation des quadrilles de ressorts oontre-^ balancés.

Je leur ai tracé régulièrement la jnarche, dans les divers tableaux (379, 383), et dans les deux règles (387, 393). Il eût peut-être convenu de les récapituler; je le ferai à la suite du ralliement d'ambition. En attendant, c'est un petit travail que feront aisément ceux qui étudient avec méthode.

Quel sujet serait plus digne de leur attention? C'est le dènoûment de toutes les erreurs scientifiques , l'initiation au plus grand des mystères , à l'arrière-secret de la nature ; l'harhonie des passions.

C'est dans ce 4". livre qu'on va commencer à résoudre l'effrayant problème de l'unité passionnelle ; prouver que le Créateur, qui ne fait rien à demi , nous a ménagé pour le lien d'unité générale , pour l'harmonie domestique et sociale, des moyens doubles et triples du nécessaire. Quelle déccmvenue pour les sciences incertaines qd, avec

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leurs pompeux sophismes sur l'équilibre social, n'ont su créer que la discorde universelle, et n'ont rencontré sur tous les points , qu'une résistance invincible de la part des passions!

L'on va voir, par l'ensemble des 16 ralliements ( 7^ section), avec quelle facilité l'ordre sociétaire se joue de tous les obstacles qui ont réduit aux abois la politique civilisée, et qui, aujourd'hui plus que jamais , dénoncent l'ignorance absolue des philosophes en mécanique des passions.

C'est un titre de gloire pour les sectes expectantes (II, 120)qui ontconfessé la vanité des connaissances philosophiques, et invoqué une lumière nouvelle, en s'écriant, depuis Socrate jusqu'à Voltaire :

Mais quelle épaisse nuit voile encor la nature ! CHAPITRE IV.

Principe de l'équilibre d'ambition.

Nous en sommes à la plus redoutable de toutes les passions, à celle qui est spécialement chargée des malé* dictions de la philosophie. Quel dommage qu'à l'époque où Dieu créa les mondes et les passions , il ne se soit pas trouvé prés de lui un philosophe , pour lui dire : « Eter- » nel, veux-tu savamment équilibrer l'univers, selon le

> vœu de la saine morale? Crée des mondes sansambi- » tion, des mondes où les hommes soient tous républi- » cains perfectibilisés , méprisant les richesses et les siné-

> cures , n'aimant que le brouet noir, le trafic , les clubs

> et les abstractions métaphysiques. Voilà les sentiers du » vrai bonheur dégagé d'ambition ; voilà , Éternel , com- » ment tu dois organiser les mondes , pour te rendre

406 ASSOCIATIOH (XmP08&.

> digne da bean Dom de Créatear philosophe. » Il est probable que Diea aurait obtempéré & ces sages conseils, et qu'il nous aurait créés tous ennemis de l'ambition , dédaignant les grandeurs 9 les sinécures, et n'aimant que la morale douce et pure des clubistes et des amis du commerce. ( Voy. fin de ehap. 5. )

Hais puisque Dieu« dans ses créations» n'a pas été assisté des lumières de la philosophie , et qu'il nous a irréTOcablement assujettis à l'ambition, consentons à étudier les méthodes qu'il a adoptées pour (aire de cette passion un levier de haute harmonie sociale.

Accorder tous les humains par Tentremise de cette ambition qui les pousse aujourd'hui à tant de perfidie et de fureurs! La tâche va sembler bien effrayante, et nous aurons à ce sujet un principe fort neuf à établir; c'est que les hommes civilisés , même les plus insatiables de pouvoir, de conquêtes et de richesses , n'ont pas le quart de l'ambition nécessaire en Harmonie sociale.

Après la chute de Bonaparte , on cita de lui , comme un acte de démence, une médaille qu'il avait fait graver à Moscou, et qui portait en exergue : Dieu au ciel et Napoléon mr la terre; c.-à-d. qu'il voulait laisser à Dieu l'empire du ciel, et s'emparer de celui de la terre. Prétention bien effrayante pour des Français, qui n'osent pas convoiter une province placée à six marches de leur capitale !

L'intention de monarchie universelle , décélée par cette médaille , est ce qu'il y a de plus sensé dans les vues de Bonaparte. Mais sur ce point, comme sur tout autre, il se montre en avorton , en demi-grand homme , en smpusTE , qui se borne à méditer la conquête du monde, et ignore qu'il faut pourvoir à la conservation des conquêtes ;

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qo*eHe$ ne sont qu*an trébuchet pour le tyran qui se crée autant d'ennemis que de pays conquis.

Jamais homme , depuis l'existence des sociétés , n'a eu mieux que Bonaparte les moyens de cùnqiAérir et conserver \e sceptre du monde. Il y serait parvenu, s'il n'eût été rapetissé par l'esprit français. La France lui a reproché l'éducation qu'elle lui a donnée; c'est bien lui qui aurait pu reprocher à la France l'éducation qu'il en avait reçue. Veut-on faire un avorton de celui que la nature a moulé en type de grand homnie ? il suffira de le faire élever en France ; le façonner au goût de l'arbitraire , de la confusion, de l'imprudence et autres vices qui constituent le caractère national des Français.

Brisant sur ce sujet, occupons-nous des ralliements d'ambition, et débutons par une comparaison qui fera toucher au doigt le ridicule de nos doctrines sur la modération, et la fausse direction de nos idées en équilibre d'ambition.

Chacun, soit dans les sièges et les armées, soit en voyage ou ailleurs, a pu se trouver â des repas où l'on manquait de l'abondance et même du nécessaire. En pareil cas, la politesse est bientôt oubliée; chacun songe à se pourvoir, et ne voit que deux êtres dangereux dans ses deux voisins.

Supposez les mêmes individus attablés le lendemain avec une chère décuple , un repas surabondant , magnifique, vous verrez renaître la confiance et la civilité; chacun offrira les mets à son voisin, et les convives seront, selon le vœu de la morale, une famille de frères; ce sera un vrai ralliement d'amitié. A quoi aura tenu cette métamorphose ? A décupler la proie , à l'élever fort au-dessus de la dose désirée par l'assemblée.

406 A880CUT101I COMPOSiE.

Dam on tel festin, on n'entendra pas FamphitrynQ dire aux convives : c Modérez votre appétit : la £iim, Uaoîf 9 sont vos dangereux ennemis ; défiez-vous de la nature » qui vous excite à manger les bons morceaux, i (Discours équivalent au dogme moral qui nous dit : c Modérez votre » ambition : l'amour des richesses et des grandeurs est » votre dangereux ennemi; défiez- vous de la nature qui > vous excite à solliciter les bonnes sinécures, i )

Loin de tenir ce langage» le maftre excite les convives à satisfaire leur appétit» à Taiguiser par le choix de mets et de vins adaptés à leurs facultés digestives. Ainsi doit s'établir l'équilibre d'ambition : il ne peut se fonder qoe sur le plein essor des désirs que nous donne la nature, sauf à l'état social à nous fournir les moyens de satbfaire ces désirs » nous en ménager l'eêsor proportionnel aux facultés^ qui sont sans bornes en jouissances d'ambition.

Les civilisés sont cette compagnie famélique et défiante que je viens de dépeindre ; gens qui ne songent qu'à frustrer leurs semblables » et avec raison » car ils sont tons au dépourvu; et quoi qu'en dise la morale dans ses élacubratioDS sur la soif de l'or» il est certain qu'un civilisé n'en a jamais assez; l'état social étant organisé de manière à exciteY toujours plus de désirs qu'on n'a de moyens. Il est donc deux conditions à remplir en équilibre d'ambitio» :

ÂocoRD DIRECT. Il consisto & décupler» centupler les chances de fortune » les multiplier à tel point qu'il ne reste à chacun que l'embarras du choix» comme dans un repas copieux et surabondant.

Accord inverse. Il consiste à proportionner les désirs en infra-^ose, c.-à-d.» persuader à chacun qu'il aura ton-

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