‹ Théorie de l'unité universelle (volume 3)Chapitre 115 sur 163 · LITRE IV. SECTION VII · texte numérisé non relu

LITRE IV. SECTION VII

par de quadruples liens d'ambition, d'amour, de famiiiisme; établir ces liens du supérieur à rinfërieur, et de l'inférieur au supérieur.

On a yu ( II , 352) que les magnifiques récompenses décernées aux savants et artistes ouvrent à tout individu , homme ou femme, la plus vaste carrière de gloire, avec pleine garantie contre les injustices quelconques. Cette carrière sera indirectement précieuse à tout le monde ; car tel qui ne peut briller ni dans les sciences ni dans les arts , voit ou espère voir un de ses parents ou amis obtenir une des palmes unitaires.

La longévité desHarmoniens leur permettant de spéculer sur plusieurs générations , chaque individu tiendra du plus au moins à quelqu'un de ceux qui auront remporté ces prix, ou qui y prétendront. Chacun d'ailleurs adhère avec plaisir à des actes de munificence et d'équité si peu coûteux (II, 354). Ils seront donc Ralkement ascendant de l'inférieur au supérieur; art d'intéresser l'inférieur, l'homme peu instruit, aux luttes de gloire, aux prix où il aura concouru de son vote, et dont il espérera l'honneur pour ses proches ou ses amis.

Ce mécanisme est l'opposé de celui de nos mesquines récompenses qui, par l'injustice qu'on y voit régner, ne sont qu'un sujet de haine entre les savants , de critique sur la partialité des distributeurs , sur les torts de l'opinion, et d'insouciance du citoyen pour des débats dont il ne tire aucun fruit , des prix où il n'a aucune participation indirecte. Ces prix intéressent tout au plus quelques privilégiés de capitale; mais, dans le régime décrit (II, 354), ils intéressent le moindre citoyen du moindre canton. Dès lors, les dernières classes de la société se trouvent ralliées , par le mobile de gloire , avec les pre-

414 ASSOCUTIOK COBPOSÊE.

inières classes da monde sarant. Le plus pauvre des hommes y Toit une chance de brillante fortune, sinon pour lui , au moins pour son 61s ou sa fille , pour son frère ou son ami.

J'ai traité d'une autre carrière de gloire qui ne sera pas moins immense (2®. moyen, II, 368, récompenses de souveraineté); elle intéresse les nïoindres des humains par un mécanisme semblable à celui de la précédente. Les 10 couples de sceptres (275), et leurs iS degrés (II, 376), sont une voie de grandeurs ouverte à tout le monde , et flatteuse pour ceux mêmes qui n'y prétendent qu'indirectement, dans la personne de leurs enfants, ou parents, ou amis.

La difficulté de parvenir en civilisation aux grandes dignités, couronne , ministère , fait naître dans toutes les classes une jalousie graduée. Chacune hait les possesseurs d'un rang dont elle se voit privée à perpétuité. Les dignitaires, de leur côté, haïssent une légion d'envieux convoitant leurs places : ainsi la société «st en discorde par le motif qui devrait l'unir, par la soif des grandeurs qui, dans l'état sociétaire, devient un des plus puissants moyens de ralliement entre les inégaux. Chaque individu y a quelqu'espoir d'obtenir ou sceptres ou magnatures des 15 degrés (II, 376), pour lui ou les siens; cette perspective attache tous les inférieurs au système de souverainetés graduées (II, 376), en décuple titre (II, 443).

Le dividende qu'alloue chaque Phalange aux traitements de ces 10 couples est de tous les tributs celui qui est voté avec le plus d'empressement , parce que ces souverainetés et magnatures graduées ont pour chacun le charme d'une loterie perpétuelle,' où l'on peut espérer fréquemment d'énormes bénéfices en y jouant fort peu de

UTRBIT. SEOTIONVn. 445

chose , infiBuneot peu. J'en traiterai dans un article spëci«l. BomoDs«-nou8 ici à obserrer le second ralliement ateendant des inférieurs aux supérieurs ; Tart d'intéresser lesiDoindres classes aux dignitaires et aux dignités, qui ne sont aujourd'hui pour la masse du peuple que des objets de haine bien fondée, par l'oppression qu'exercent en tons lieux les grands sur la multitude civilisée de qai ils se disent adorés, dans les gazettes.

J'indiquerai plus loin (note H) comment l'état sociétaire amène peuples et individus à une affection réelle pour le souverain et la souveraineté, pour l'homme et la chose , et comment les monarques obtiennent véritablement des inférieurs cette affection dont les apparences, exigées aujourd'hui, ne produisent en réalité que l'indVérence, pour ne pas dire plus.

Ralliements descendants.

Titre dominant, l'intérêt.

L'un de ces deux ralliements est la protection fédérale inverse, dont on yott déjà quelques germes.

Qu'un colonel ait un soin particulier de sa troupe , elle s'affectionne à lui ; mais si , au combat , il paie bien de sa personne, s'il enlève un drapeau ennemi à la face du régiment, c'est faire le métier du soldat ; dés lors il est l'idde de ses inférieurs, à titre d'émulé de leur industrie; il se phirait ayec eux, «i les convenances de ton et de manières venaient à l'af^i.

IRien n'est plus flatteur pour un grand que l'éloge de subalternes qu'il égale en talent. Un académicien français voyageait dans les montagnes de Dalmatie , conduit par un ginde morlaque (demi-sauvage du pays); l'abbé gravissait les rochers de marbre glissant, aussi lestement

4t6 ABSOCIATieH CMIFOSiE.

que soii guide ; le Morlaque étonné de sa dextérité s'ar^ rète, et lui dit : Seigneur^ vous n'êtes pas un français j vous êtes un Morlaque. L'abbé rapporte qu'il fat bien plus flatté de ce franc compilaient que d'un éloge académique.

Latour-d'AuYergne pouvant être général préfère le rang de premier grenadier, combat et meurt à la tête des grenadiers. Tout homme qui se passionne ainsi pour les fonctions des inférieurs , est leur zélé protecteur; fier de leur estime bien méritée, il ferait d'eux ses intimes amis , sans les inconvénients d'intimité avec le peuple civilisé ; mais il épouse chaudement leurs intérêts : c'est protection fédérale descendante.

Elle est d'autant plus fréquente en Harmonie^ que le régime sëriaire et ses 4 propriétés (386) lèvent tout obstacle à l'intimité des grands avec le peuple. Elevés à l'industrie qu'ils pratiquent passionnément dans trente séries, en divers sens aux yeux de leurs collègues inférieurs en fortune, les grands sont fiers de ce trophée industriel; c'est un lien puissant des supérieurs aux inférieurs, sauf accomplissement des 4 conditions dites colonnes de ralliement (586).

Ainsi la passion de l'orgueil, qui, aujourd'hui, entretient une constante aversion entre les grands et le peuple, devient , chez les harmoniens , gage de leur union dans la plus délicate des relations, celle de l'intérêt. Le riche est ligué par amour-propre avec ses inférieurs ; par orgueil d'exceller dans leurs travaux , il les soutient dans l'importante affaire de leur bénéfice industriel, dans la séance de répartition annuelle.

Etrange parallèle & faire avec notre mécanisme social! €hez nous , l'intérêt transforme chaque riche en vautour

UTREIT. SBCTION VII. 417

da pauvre; en Hanaonie, riûlèrèt devient chez le riche uo moyen de gratitude envers le pauvre ; et ce prodige est dû Â rèducattOB sëriaire, qui a dès Tenfance habitué le riche à exceller dans les travaux du pauvre.

Du moment où l'amour-propre des grands se portera dés le bas Age sur la pratique de l'industrie , ils seront ligués pour soutenir leurs co-sectaires d'atelier. Un roi s'intriguera pour faire briller et surtout faire amplement rétribuer 20 groupes, appuis de sa renommée ; il en sera cle m6me de tous les grands , parce que tous, dans l'éducation unitaire dont j'ai donné le plan ,* auront en divers sens pris parti dans l'industrie ; et c'est à une branche d'ambition, à l'orgueil, qu'on devra ce puissant ralliement, ce dévouement des grands & l'intérêt du peuple » qu'ils ne cherchent qu'à pressurer dans la philosophique civilisation.

Ce beau moyen de ralliement » par orgueil industriel , deviendrait nul si les vocations n'étaient pas secondées , et si l'Harmonie ne favorisait pas le penchant de l'enfant aux fonctions subalternes qui n'auront plus rien d'abject, en compagnie de sectaires polis , comme le seront les ouvriers élevés dans l'ordre sociétaire.

Répétons qu'on trouve chez tous les grands l^s germes dindustrie descendaftte, engouement pour des fonctions inférieures. Le exar Pierre II prit du service dans l'arméid prossienner et y enorgueillissait du titre d'officier prussien. Un empereur d'Allemagne s'épuisa en intrigues pour être noQEuné coacyuteiur du pape, et se tint plus fier de sa coa^jutoref ie cjue du sceptre de Gharlemagne. D'oû> il appert que les grands ont du penchant pour les fonctions inférieures , et pour de très-subalternes ,. comme celle de marguilUer qu'exerçait le prince de Parme. Ainsi un mois*

418 A880ClATiOH COHPOSiS.

Barque d'Harmoaie sera plus flatté de figorer en baniieret des choatwteB oo ravistes, qa'aajourd'boi en grand cordon d'une douzaine d'ordres» dont l'étalage ne dénote en lui aucun mérite personnel; ear ces décorations sont privilège de naissance dans son pays, et pièges diplomatiques en insignes de l'étranger.

Les ralliements produits par l'amitié, ceux des intrigues de série et autres, chap. 3, ne suffiraient peut-être pas a passionner le riche pour le pauvre dans Firaportant débat des intérêts et répartitions pécuniaires : on vient de voir le but atteint par un levier d'orgueil ou ambition ; effet auquel concourront plus loin les ralfiements mineurs d'amour et de famitlisme..

C'est assez insinuer que les seize ralliements (386) sont une mécanique dont les rouages n'ont de force que par leur ensemble y par l'effet combiné des impulsions. Je viens de prouver que l'ambition ne fournit pas les moins puissantes : quel est donc l'aveuglement de cette morale qui veut supprimer Tambition, ou ne l'appliquer qu'à l'amour du trafic et de l'agiotage ? N'est-ce pas imiter un joaillier qui voudrait éliminer le rubis du nombre des pierreries , ou ne permettre cet ornement qu'aux charbonniers ?

La gusiroêophie serait le 4fi. ralKement d'anri)ition, le complément du quadrille : mais confinteot disserter sur un sujet que les civilisés tournent en dérision , bien que ce soit leur péché mignon , et qu'on voie ia gourmandise régner même chez le philosophe qui prêche {'amour du brouet noir , même chez le prélat qui déclame en chaire contre les plaisirs de la table? Envisageons ce9 plaisirs selon les convenances de l'état sociétaire.

Après la production des subsistances» il n'est pas

UTRE ITr SECTION Vil. 419

d'afidre plus imporUato qve le régime hygîéoiqae. Ce rëgine , chez les harflaonieDS , est l'objet de calculs fort opposés aax nôtres : Thygitoe, chez eux, a deux buts, savoir y Téquilibre en régime sanitaire et en régime politique.

Elle tend h élever l'appétit du peuple au degré suffisant pour consommer l'immensité de denrées que fournit le nouvel ordre. Si les harmoniens étaient limités à la dose d'appétit des civilisés, quel emploi feraient-ils d'une masse de denrées septuple de la nôtre (en harmonie composée)? Ils arriveraient à peine à tripler la consommation, et dès l'année suivante chaque Phalai^e ofirirait , en commerce » des masses de denrées qui s'accroîtraient d'autant la seconde année. Le tout serait condamné à pourrir en magasin , car il n'y aurait point d'acheteur lé où tout le monde serait vendeur.

De là naîtra la nécessité de la nouvelle sagesse hygiénique ; art d'accroître la santé et la vigueur , en raison du septuple prodoit ; science qui sera merveilleusement secondée par l'exercice continu et varié sans excès, résultant des courtes séances de Série pass.

Aujourd'hui l'état des choses, la stagnation des citadins, la pauvreté des villageois et la pénurie de subsistances, obi^ent à spéculer sur la sobriété que nécessite encore la faiblesse des tempéraments formés par Téducation civilisée. Un système social tout opposé exigera une mardie tout opposée dans l'hygiène des harmonies.

PCos modernes, en affaire de subsistance, placent h raison dans l'art d'approvisionner sans acception des convenances individuelles : ils savent que leur peuple affamé consommera les denrées quelconques dont on l'aura pourvu. Les harmoniens heureusement n'ont pas cette

420 ASSOCIATION coiipos£e^

chance de fanoane et d'emploi cooCus: pour assurer la consommaiioa de leur superflu , ils sont obligés de descendre aux détails de convenances indiTiduelies , différenciées selon les tempéraments; théorie qui exige le concours des quatre sciences chimique, agronomique, médicinale et culinaire.

M'examinons,, dans cette quadruple science, que les voies de ralliement. Si sur les gastrosophes repose le problème de la consommation intégrale, chacun d*eux doit s'intriguer pour exciter chez la masse du peuple un appétit fréquent, une prompte digestion par application judicieuse des mets aux tempéraments.

Les gastrosophes, par cette fonction , deviennentmédecîns oflficieux de chaque individu, conservateurs de sa santé par les voies du plaisir: il y va de leur amour-propre que le peuple , dans chaque Phalange , soit renommé par son appétit et Ténormité de ses consommations.

Sous ce rapport , les savants se trouvent en ralliement descendant avec la classe populaire ; ils soignent individuellement et activement ses intérêts en ce qui touc^be à la santé et aux plaisirs, des sens : le peuple répond à ces soHtô par son affection pour eux.

Tel est le canevas du 2®. rail. desc. qui complète le quadrille, il rallie les savants au peuple , objet de leur mépris actuel, et rallie le peuple aux. savants, qui aujourd'hui ne sachant rien faire pour son bonheur, ne lui procurant que l'indigence et les ateliers de charité, méritent la dérision dont il paie leurs vaines lumières»

J'ai analysé quatre voies d'accords sublimes et de liens universels , dans cette ambition que proscrivent les philosophes : résumons sur les rapports du quadrille , sur sa régularité.

Page 1