‹ Théorie de l'unité universelle (volume 3)Chapitre 118 sur 163 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Excellence des RaltiemenU d'ambition pour affectionner les peuples

aux souTerains.

11 faut que le besoin d'être aimé des peuples soit bien impérieux chez les souveraÎDS, car ou n'eu voit aucun qui ne veuille jouer de rôle de père du peuple, recevoir des siqets un simulacre d'adoration. Tibère et Néron ne sont rien moins qu'aimables; cependant ils veulent être appelés pères du peuph. BoQa|Mrte place au rang de premier devoir des Français, l'amour de sa personne sacrée. Le chef des bourreaux ottomans , le Sultan fait défiler devant lui des Icoglans qui se font des blessures à coups de couteau, en signe d'amour et de dévouement pour lui. Peut-être exige*t-U aussi d'être adoré des Grecs : cela ne serait guère plus déraisonnable que la prétention commune à tout monarque , d'être aimé de paysans et malheureux sujets qui ne l'ont jamais vu, et ne connaissent de hii que ses percepteurs , ses garnisaires , ses conscripteurs , ses rats de cave ; attirail vraiment digne de l'amoar des peuples.

Je doute qu'il existe, en mécanique civilisée, un problème plus effrayant que celui d'exciter chez le peuple une affection sincère pour le souverain , et de plus pour les ministres et les grands ; car si on aime le monarque sans le connaître , c'est-à-dire par les effets de son administration, l'on doit aimer les fonctionnaires grands et petits qui opèrent en son nom.

Il s'agit d'exciter double affection^ pour le monarque et ses agences, pour le souverain et la souveraineté. C'est ici qu'on pourra apprécier le mécanisme des ralliements

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pasnoDDels qoi se joue de ces diflbsoltës , et ta garantir aoz seaverains et à l'administration , Taltacheaient le plus TÎf et le plus inyariable de toutes les classes de citoyens.

Dètermiiions d'abord les conditioDS de ce genre d'affection. L'on ne peut aimer les grands qu'autant qu'on a l'espoir de participer à leur bien-être : tout homme à qui on ferme l'accès aux fonctions supérieures , dcYient jaloux de ceux qui les euYahissent > et souyent haineux pour eux. Si l'oB M recueille pas quelque parceUe des fayeurs , comment aimer ceux qui les distribuent et qui les ob« tiennent?

Si le rang de monarque était inaccessible pour les harraoniens, ils partageraient l'esprit secret des courtisans ciyilisés dont chacun , s'il était assuré de n'être ni yaincu ni puni , conspi^erail comaM les Barbarssques pour détrôner son prince » ou comme les pachas de Turquie pour se soustraire à son obéissance (détrdnement partiel ).

Il n'existe guère de déyouement sincère des inférieurs au prince. On u'aine point on chef quand on risque d'être destitué par lui. La ciyilisation se dissimule tous ces motifs de jalousie et de haine secrète, soit des grands entre eux, soit des inférieurs aux supérieurs; il faut pourtant faire ^sparaltre tous ces levains de discorde , si on veut rallier franchement les inférieurs aux monarques et aux grands.

GoUoquons dans ce problème le sexe féminin et le neutre. Les convenances de civilisation obligent à interdire aux femmes les fonctions publiques : cette exclusion serait en Harmonie un sujet de mécontentement pour la moitié du genre humain. Déjà dans l'état actuel, on les voit se venger par l'intrigue ; elles régnent indirectement sur

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(OQS les points d'où on a voulu les exclure : ne seraii-^U pas plus prudent de leur assigner un domaine assorti à leur goûts , des fonctions où elles eussent la faculté de faire le bien et jamais le mal ? Tel est le système de THarmonie; elle multiplie les dignités afin que chacun en trouve d'applicables à ses passions ; elle crée des sceptres et des magnatures pour les femmes et les enfants mêmes ; seul moyen d'extirper cet esprit de rébellion qui règne au* jourd'hui chez les femmes et les enfants.

Les deux sexes, féminin et neutre , deviennent en Harmonie les soutiens des autorités , parce qu'ils en font partie. Le grand art de la politique est d'intéresser chaque membre du corps social au maintien de l'ordre établi: c'est donc un acte de sagesse que de faire entrer en partage de dignités les feâimes et les enfants ; à défaut , il arrive que la femme envahit de fait les fonctions civiles ; qu'une favorite fait déclarer la guerre quand le Roi et les peuples voudraient la paix , et que , selon Marmontel , un petit nez retroussé change les lois d'un empire.

Pour éviter ces empiétements» l'Harmonie concédera à chjique sexe » à chaque âge » et à toutes les classes de citoyens , des dignités graduées et plus sensées que les nôtres , où l'on ne- voit que des titres vides de sens ; une Reine qui ne régne pas et n'exerce aucune branche d'autorité ; une présidente qui ne préside rien ; une maréchale qui ne commande rien : concessions aussi illusoires que le titre de peuple souverain, àonnè à gens qui n'ont pas de pain.

C'est dans le système opposé que nous découvrirons l'art do liguer tous les sujets pour le soutien du souverain et de la souveraineté ; lorsqu'on aimera lés effets de souveraineté, on aimera le souverain, à moins qu'il ne soit

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