LIVRE IV. SECTION VIII
des œillets, ce mode d'éducation amicale et passionnée qui s'étend à tous les travaux de l'Harmonie.
Le hasard a bien servi les œillettistes de Gnide, en enrôlant avec eux Galatée qui est la plus belle vestale de la contrée. Elle contribue puissamment à attirer les curieux au magniBque parterre de ce groupe. Tous les sectaires sont flattés que, dans les cercles et fêtes, elle paraisse quelquefois en costume d'Hamadryadede l'œillet; qu'elle soit leur bannerette dans les parades, leur déesse mythologique dans les festivités, leur organe dans les réceptions d'étrangers et d'amateurs.
Arrêtons-nous un instant à observer les convenances qu'offre atout étranger un groupe régulièrement gradué en séries d'inégalités contrastées. Celui-ci est disposé de manière que chacun, en l'abordant, trouve à s'y assortir. Si un monarque vient visiter les œittels de Gnide, on ne lui adjoint pas, selon l'usage, des beaux esprits pour l'endor* rair; on lui donne pour introducteur la vestale Galatée. Si c'est une Reine, elle est accompagnée par le damoiseau Endymion. Si c'est un patriarche, il aura pour compagne la jeune Àréthuse, de l'ordre des Faquiresses qui pro^ tégent la vieillesse. Une vieille dame sera accueillie par le jeune Atys, de l'ordre des Faquirs; un chérubin de S à 6 ans sera reçu et informé par les patriarches; et ainsi des autres.
Un groupe régulièrement gradué a cette propriété d'offrir pour chaque âge des liens de contraste et d'identité. L'étranger , en l'abordant , y trouve toujours des introducteurs assortis à ses convenances ; à défaut de quoi il n'y aurait que plaisir simple ou philosophique. On viendrait admirer l'œillet pour l'œillet même , sans autre stimulant qui foroAi plaisir composé, selon le vceu de la lâ^.
800 ASSOCUTlOIf COMPOSÉE.
passion nommée composite, qui n opère que par doubTe et triple ressort.
Cette régie est méconnue de nos sages, qui veulent faire aimer layertu pour elle-même, sans l'appuyer de la for* tune, de la considération et du plaisir.
Crésus et Zénobie n'ont pas voulu se contenter des modestes édifices que fournit la Phalange, pour hangars de chaque groupe agricole. Us songent moins à orner leur appartement que leur parterre chéri. (J'ai dit ailleurs, qu'en Harmonie personne ne se tient à son appartement, à moins de maladie ou rendez-vous , et qu'on reçoit une visite dans les séristèresdu palais, ou les belvédères et oastels des groupes agricoles.)
Crésus a fait les frais du pavillon où se réunit la secte des œillettistes ; Zénobie, les frais de la serre et du hangar, les marbres et colonnades y sont prodigués ; Ârtémise a fourni les statues qui décorent le parterre; Cléophas a fait construire le château d'eau. Enfin le défunt Thaïes a fourni un matériel aussi somptueux que le mobilier d'un prince. Le dais des patriarches, lescostumesde travail et de festivité, tout est du plus grand éclat. Les folies des harmoniens sont folies industrielles pour charmer les travaux.
Il est entendu que ce faste ne régnera ni dans i'Asso^ Giation simple, ni dans les premières années de la composée. Je décris l'Harmonie en S*", et 4**. génération, et formée de sectaires élevés dans cet ordre. Il faut se garder aussi de confondre ce que j'ai dit des costumes de festivité, avec les vêtements industriels. On peut penser qu'au travail, une femme n'arrivera pas en costume d'Hamadryade, mais en tunique de couleur peu salissante, et sans autre parure que les signes distincts du groupeur
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tels qae pompon, collier, panache ou autre objet d'uniforme qui puisse s'allier avec les travaux.
Il est des lecteurs assez simples pour confondre ces emplois de costumes , et croire qu'une déesse va aller au travail avec des franges d'or, comme dans l'assemblée de festivité ; il faut pour la seconde fois les désabuser bien positivement , et quant à ce luxe industriel , répéter que pour bien faire comprendre le mécanisme de répartition en Harmonie simple, il faut décrire celui qui existera en Harmonie composée, et retrancher ensuite ce qui ne sera pas applicable à Tordre simple.
Déjà il a fallu de la théorie préparatoire éliminer la portion la plus intéressante , celle des amours libres et ralliements d'amour, si puissants pour absorber la cupidité et établir au moment des partages , la générosité ou propension du riche à soutenir le pauvre, qu'il ne cherche aujourd'hui qu'à spolier. Je n'ai pu faire valoir en ce genre que des ralliements de moindre influence , comn» h protection fédérale inverse {^^ge 415), et autres liens moins forts que ceux d'amour. Ne négligeons donc pas d'énoncer les accessoires de luxe et autres qui excitent la bienveillance collective des sectaires , et les préparent à n'élever en séance de répartition, que des luttes de générosité (381 ), et jamais de sordide intérêt.
Augure de visionnaire , dira-t-on ! Les hommes sont vertueux à l'intérêt près : je le sais ; mais on verra au chap. 7 (équilibres hypo-unitaires) que c'est par intérêt et par raison cumulativemeut, que les harmoniens atteindront à cette générosité collective, dont l'augure fait sourire de pitié les mercantiles civilisés.