IV. II
24â A^oGiATiON ccmvoste.
Chacun va remarquer qu'au prix de tant d'honneurs el d'avantages , toute fille civilisée consentirait d'autant plui» volontiers à rester vierge pendant quatre ans» que souveni elle est obligée d'étendre la privation au delà des quatreans^ sans bénéfice ni encouragement; car il n'est rien de moins séduisant en civilisation, que le sort des vierges pudiques et des chastes épouses.
Quel encouragement trouve une fille décente à conserver sa virginité au delà de 20 ans? 5t elle est pauvre, chacun la badine sur ce qu'elle consume sa belle jeunesse à attendre un acheteur, et qu'avec sa candeur elle n'enjôlera point les épouseurs , tous bons arithméticiens , sachant que les vertus ne ^ont pas des provisions pour le ménage. Elle ne pourra donc séduire xju un sexagénaire , qui , en compensation de son grand âge , excusera le défaut de dot. Brillant espoir pour une fille jeune et sage ! elle no trouvera pas même un homme de moyen âge; sa beauté deviendra un sujet d'alarme pour tout prétendant exigeant sur la fidélité. Ainsi , aux yeux des partis de 40 à 50 ans , la beauté et la vertu ne compenseront point le crime d'être sans dot.
Jouit-elle d'une honnête fortune? elle sera pendant longtemps l'objet d'un sordide négoce entre les courtiers et entremetteurs de mariages, puis enfin, livrée à quelque homme pétri de vices, qui aura le poids de l'or en sa .faveur.
'Si elle chôme dix ans sans époux, elle est en butte au persifflage public. Dés qu'elle atteint 25 ans, on commence à gloser sur sa virginité comme denrée suspecte , et pour prix d'une jeunesse passée dans les privations , elle recueille, à mesure qu'elle avance en ftge, une moisson de quolibets dont toute vieille fille est criblée ; injustice
LlTBB n. SECTION IT. SiS
bieo digoe de la cifilisalioii! eUe ayîiil le sacrifice qu'elle a exigé: iograte comme les républicains» elle paie le dévouement des jeunes filles par des oulrages et des vexations. Faut-il s'étonner, après cela » qu'on ne trouve chez toute demoisellct tant soit peu libre, que le masque de chasteté, que le simulacre d'une obéissance dont toute vierge serait punie dans sa yieillesse , par l'opinion même qui exige le sacrifice de sa belle jeunesse au préjugé !
La chasteté perpétuelle des filles peut-elle entrer dans les vues d'une législation judicieuse ? . . . non , sans doute ; . et si elle doit n'être que temporaire, jusqu'à quel âge coDvient-il qu'elle se prolonge?... Est-il rien de plus inutile qu'une virginité perpétuelle ! c'est un fruit qu'on laisse corrompre au lieu de s'en nourrir; monstruosité plaisante dans un ordre social qui prétend à la sagesse et à l'économie!
On considère , en Harmonie, la virginité comme on fruit qu'il faut cueillir et employer ft sa maturité , à l'âge de 18 à 19 ans. La virginité, dans ce nouvel ordre, ne sera pas une vertu douteuse; on en aura des garanties bien suffisantes , et les honneurs n'en seront pas décernés à des hypocrites comme nos rosières champêtres , toujours en avance de générosité , et donnant par anticipatioDà leur seigneur et à Colin , certaine fleur en échange de la rose qu'elles convoitent. Peut-on les blâmer de leurs intrigues secrètes , quand on réfléchit k la duperie d'une fille assez débonnaire pour croire que le mariage sera le prix de sa chasteté 1 Loin de là; c'est d'ordinaire une' libertine ou une intrigante qui enlève les meilleurs partis, tandis que la fille chaste , décente et belle, vieillit dans le célibat , si elle n'a pas le talent d'amorcer et décider les sots qu'une flile exercée à Tart d'ensorceler.
244 AssocuTioii coÊMniE.
Eh { qoaftd oa galinrlinit à la ille dèsento an mariige pOQrf^rk de sâ chasteté , sera-ce une récoiD|yeii9e rèeOe? Il y a plut de mailvais maris que de bons , et l'on rin|Qc fort de reacoDlrer un mari brutal, qùintéat» joueur, débauché; c'est yolontiers le aort ^^ine faonnète filet qui a Meirement asseï de finesse pour discerner le» hypocrisies de ses prétendants, leur délicatesse fardée, dont une femme un peu manégée ne sera point ta dupe.
Il n'eist donc pour une fille ekaste et sans fortune d'autre perspective que de gagner ayec peine et à force de travail a»e chélive noorriture , s'énseveir dans ses belles années, se priver deé détassements qui lin sont offerts , se consumer en ausiéiîtës ée toute espèce , pour r honneur du préjugé* Si l'on considère cette ftcheuse condition des ^véritables viei^s, il fiiut ave«er que la jeune fille pauvre et vivant avec peiné ée scfn travail , ne pouvant pars sulfite é nourrir une ûiére infirme , est bien excusable quand elle écoute celui qui bit briller l'or & ses yeux. D'aillenrs, queHe duperie pottr le corps social , de prolonger ia chasteté an delà d'un terme eoo- ,veou! et qael fruitretire^^îl des privations qu'a endurées une yierge de 40 ans ?
Elles<ne sont spos nombreuses ni é4d, ni A 30, va-t^n
me dire ; j'en sais persuadé : mais si les tenmes obéissaient é la loi , il y aurait par millioos des vierges de 30
et 40 ans. Quel avantage y trouveraient les Sommes ? une vierge de 40 ans n'est plus qu'im otyet de risée; c'est «n fruit qu'on a laissé géter. Or , l'IIarmoDie qui sait utiliser toutes choses, ne sera pas si «dupe que de faire chômer la viiigioité après l'Age «de 49aas , qui est celui où on peut en tiror;parU pour nae foule de prodiges iindastrieb ^'opèrent Jes années. Cet emploi se-
uvisu. •fiCtidfiT. 345
rail complètement manqué par les délais : en outre , on fermerait Taccës & d'autres Ye^tales qui croissent à deux ou trois ans de distance. Il est donc clair que la civilisation, dans ses règlements siv b chasteté, a été dupe des coutumes et préjugés barbares, et de la stérilité de «es philosophes et législateurs qui » sur ce poi^t comme sur tant d'aotrea» n'ont jamais su fairç la moîadre in* rention pour tirer l'ordre civilisé des fausses OMBcauvres oà il esl engagé.
Après ce tableau du triste sort de la virginité actuelle, on peut Juger de Vimpéritie d'un système d^éduca^ tion qui emploie chez les femmes , douze années d' enfance à préparer un sacrifice dont on ne leur ménage en récompense que des duperies et des outrages.
Une politique aussi stupide, aussi vexatoire, mérite bien que la nature persiffte c cet > outrage ^ [«'en moque"] et reprenne en secret ses droits par la ligue générale des femmes pour tromper les oppresseurs, et que, faute de savoir honorer et rémunérer la chasteté réelle chez les filles et les épouses, on ne voie partout que le simulacre de chasteté, la duperie des amants et époux qui ont compté sur pareille vertu, et la duperie du corps social , dans toute sa politique relative à t amour : ce sera le sujet du Transr Appendice.
246 ASSOCIATION cauposéE.