‹ Théorie de l'unité universelle (volume 3)Chapitre 65 sur 163 · LIVRE II. SECTION IV · texte numérisé non relu

LIVRE II. SECTION IV

Mais la demi-déserlion des deux chœurs n<>. 6, et la conservation d'une moitié dont 1/3 de garçons et 2/5 de filles qui restent avec Tenfancei y produisent un esprit de parti, une préférence cabalistique très-propre à inspirera l'enfance du dédain pour l'amour» et pour cette moitié de scissionnaires qui ont déserté les travaux du matin et se sont introduits aux séances du soir«de la cour galante.

La défection des chœurs entiers de jouvenceaux et jouvencelles deviendrait donc l'objet d'une curiosité inquiète et dangereuse chez les chœurs moins â^és : il faut un procédé mixte; or, la transition amoureuse est masquée trës-artistement au moyen du vestalat , qui prête à toutes les équivoques et préventions dont il convient que les enfants soient imbus sur pareille matière. Ils voient les démonstrations d'amour aux alentours des vestales ; mais tout dans la cour vestalique est d'une décence qui» loin d'éveiller aucun soupçon chez l'enfant, lui fait dédaigner les mœurs galantes des chœurs supérieurs, et soutient son enthousiasme pour l'industrie matinale et pour le corps Vestalique resté fidèle à ces travaux.

Par nécessité de donner le change aux enfants sur les affaires d'amour, l'Harmonie doit soutenir et encourager le corps des Yestels, indispensable dans celte politique.

De quelle classe de jouvenceaux sera-t>il tiré? De ceux qui, comme le fils de Thésée, entraînés par la chasse et les fonctions actives, n'inclinent que fort tard à l'amour, et sont absorbés par une foule d'autres intérêts , si nombreux en Harmonie, où chaque branche d'industrie est le germe d'intrigues les plus piquantes. Si la ehasse à elleseule suffisait pour distraire Hippolyte de l'amour, que sera-ce d'un ordre social où chaque jouvenceau sera

2Sft ASSOeiATlOR COHVOSiB.

préoccupé de vingt et trente sortes d'iotrigoes plas intéressantes que n'est aujourd'hui ia efaassel

Autre ehance : quelques jeunes gens de 45 â 10 ans se seront passionoés pour des yestales qui ne reulent point encore admettre d'amant possesseur. Ces J0unes gens seront peu tentés de fréquenter la cour galante , où ils ne trouveraient pas leur- bien*-aimée. Ils resteront comme elle au drapeau yestalique , en attendant le moment où ils pourront la suivre à l'armée et j briguer sa préférence ^ tout poursuivant étant de plein droit admis à l'armée , è la suite de la vestale qui lui a concédé ce titre.

Un appât non moins fort pour le rôle de vestel sera celui des alliances monarcales dont ces jeunes gens obtiennent par fois la préférence [par faculté d'admission précoce aui grandes armées. ] De là vient que leurs parents et amis les exciteront à rester dans le corps vesta- Kque jusqu'à 19 ans , époque où ils iront à l'armée » et où le plus pauvre vestel , s'il est remarquable par ses moyens personnels, pourra espérer d'être choisi par quelque haute souveraine, comme géniteur d'héritier titulaire, et parvenir au titro d'époux, qui, en Harmonie, ne se donne aux hommes et aux femmes qu'autant qu'il y a progéniture vivante et reconnue de l'un et de l'autre.

Les vestels auront sur ce point plus d'espoir de succès que les vestales dont on verra 1^ franche moitié échouer dans le rôle de génitrice : les jeunes femmes en Harmonie étant trop robustes pour concevoir de bonne heure , on en verra boa nombre de stériles à perpétuité ; la plupart ne seront fécondes que vers l'âge de S5 ans. Dès lors , snr vingt vestales choisies pour génitrices nonaveales, on peut prévoir que dix échoueront faute de fécondité : elles n'obtiendront dans qe cas que le titre de vicoi^épouse.

qui donne un droit dani les hoiriei et un rang de dignilairè.

Les vestels n'auront pas ce risque à eourir ; une princesse ne viendra guère à l'armée pour y faire choix d'un géniteur 9 ayant de s'être assurée par expérience qu'elle est en âge ou en état de fécondité.

ha sujet de ces choix, remarquons que l'Harmonie ne se hâte pas de reproduire dés l'Age de 14 ans, les lignées titulaires des douxe degrés de souveraineté (II, 376). Elle n'a jamais à craindre qu'un trône manque d'héritiers légitimes, ni que le défaut d'héritiers directs puisse causer aucun trouble. Répétons à cet égard qu'il faut différer toute objection jusqu'à l'exposé des équilibres de famillisme.

Si les princes et princesses venaient de bonne heure à l'armée pour y faire choix d'une génitrice ou d'un géniteur en titre, les vestales et vestels auraient peu de chances de préférence; caria première jeunesse, en amour, se pas* lionne rarement pour ses égaux en Age ; elle préfère volontiers ceux de 35 à 30. Les princesses qui devront faire nn ehoix attendront d'autant mieux cet Age, qu'il serait eonlraire à la décence de voir arriver A l'armée une femme de 18 ans pour y donner la pomme à un jouveifceau. Une telle dèmarebe n'aura rien de choquant chez une dame eiercèe , Agée de 35 à 30 ans. Ce délai tournera à l'avantage des vestels, parce qq'une femme un peu experte eommence à prendre du goût pour les amants du premier ûge.

On ne manquera donc pas d'amorces pour attirer au corps vestalique un tiers des jeunes gens de 45 à 49 ans. Ce rôle, bien loin de prêter à |a raillerie, comme celui des Alexis et des loseph , sera l'enseigne d'un caractère

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mAle , généreax , fidèle aux amitiés de l'enfance ou aui espérances données par une vestale. D'ailleurs on en verra bon nombre , d'un et d'autre sexe , chanceler et passer successivement au damoisellat, tous débutant par le vestalat au sortir de la 5^. tribu.

Ajoutons que les dames harmoniennes spéculent en amour bien différemment de nos dames civilisées, qui, incertaines sur les jouissances futures , se pressent de tout user sans songer au lendemain.- Nos belles opèrent comme le soldat en pays ennemi , où il saigne toute la basse-cour, et verse les tonneaux plutôt que de rien laisser à ceux qui le suivront. Telles sont généralement les dames civilisées qui n'ont aucune chance de spéculation sur les réserves de jeunes gens. Celles de l'Harmonie considèrent tous les jouvenceaux de la Phalange comme un corps de réserve qu'elles mettront â profit après les premiers amours. Elles savent que les femmes âgées auront tôt ou tard un contingent A recueillir sur les vestels plus que sur les damoiseaux : on en verra la preuve aux sections qui traiteront du faquirat et des hautes harmonies d'amour. Dès lors le sexe féminin spéculera sur le retard amoureux des vestels et protégera cette compagnie.

Il y aura entre les dames de ce nouvel ordre et celles du monde civilisé , la même différence qu'entre un propriétaire impatient qui dévaste et abat tous les jeunes bois , ou un agronome sensé qui entretient ses forêts bien aménagées et garnies de hautes futaies auxquelles il craint de toucher avant la pleine maturité.

Assurément le second gagnera le double du premier, en ne se pressant pas de jouir ; et tel sera le calcul des dames harmoniennes, toujours assez pourvues d'hommes, ainsi qu'on le verra au traité de la haute Harmonie.

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