‹ Théorie de l'unité universelle (volume 4)Chapitre 38 sur 90 · SECONDE PARTIE. PIVOT INVERSE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE. PIVOT INVERSE

etpliqaer en aucun sens l'analogie avec nos passions. Que sera-ce des végétaux dont le langage hiéroglyphique est moins intelligible?

Combien ils avaient besoin qu'une théorie nouvelle vint leur livrer la clef de ce grimoire 1 La psycologie comparée est une science aussi immense que charmante; elle remplira au moins mille gros volumes pour le seul régne végétal ; et les dames , sur oe sujet , pourront disputer le$ pnlmes de la renommée.; car on accolera à-chaque solution de ces innombrables énigmes, les noms de celles qui les auront expliquées. Et comme un seul végétal peut, dans ses détails , présenter cent problèmes » il pourra immortaliser cent personnages, hommes ou femmes, qui tiuront expliqué un ou plusieurs des problèmes , et leur valoir des récompenses unitaires , selon la. distribution indiquée à. l'Intermède (II, 353).

Cette jolie et lucrative science va faire tomber le goût des énigmes simples , telles que le Mercure en envoie chaque semaine aux oisifs des châteaux. Elles feront place aux énigmes composées ou alliées aux passions. Continuons sur les fleurs en faveur, les roses et les lisi

La nature , dans ses emblèmes , est indiscrète à force de fidélité du pinceau, notamment dans les végétaux et animaux symboliques de la vérité,. comme la fleur de l.'s , le sapin , le cygne , le cerf. Observons d'abord cette indiscrétion dans la fleur de lis.

La tige en est droite et ferme , comme la marche de rhoinme véridique. Elle se distingue par un entourage de folioles gracieuses :. ainsi l'homme honorable et vérc-dique brille par les traces d'estime qu'il laisse dans toutes ses fonctions industrielles ou administratives ( feuille et tr.âvail sont synonymes, 224).

228 ClS-LfcOVËNEff. »

Laeorolieest, comme celle de la tulipe, un' triangle sans calice, par analogie à Thomme yèridique (lis), et à l'homme juste (tulipe). Leur conduite ne s'enteloppe d'aucun mystère et marche & découvert : ainsi la racine bulbeuse du lis est entr' ouverte de toutes parts en lames détachées, et laisse voir Fintérieur de Toignon, par ana* logie à la marche de Thomme loyal dont les principes et le fond du cœur sont à découvert.

Cette fleur, emblème de la pureté et delà droiture, a deux propriétés bizarres ; elle est perfide et reléguée.

10. Perfide, en ce qu'elle barbouille d'une poudre jaunâtre celui qui s'en approche, séduit par son parfum. Celle souillure qui excite les huées représente le sort de ceux qui se familiarisent avec la vérité.

Qu'un homme docile aux leçons des philosophes , et résolu à pratiquer l'auguste vérité qui est , disent-ils, la meilleure nmie des humains, s'en aille dans un salon dire ia franct)^îet bonne vérité sur les faits et gestes des assistants , sur les grivelages des gens d'affaires et les intrigues secrètes des dames présentes ^ il sera conspué, traité d'ostrogot philosophique , butor inadmissible en bonne compagnie. Chacun, par une invitation de passer la porte, lui prouvera que Tauguste vérité nest point du tout la meilleure amie des humains ,^ et ne peut conduire qu'à des disgrâce^ quiconque veut la pratiquer»

La nature nous écrit cette leçon dans le pollen dont elle enduit les étamines du lis. Il semble qu'elle ait voulu dire à l'homme attiré .par cette fleur : Défie-toi de la vérité ; ne t'y frotte pas. C'est là le but de ce barbouillage qu elle imprime sur les nez imprudents qui se frottent sans précaution à la fleur de lis, et se font, l'instant d'après , montrer au doigt par les enfants , comme on se

SECONDE PARTIE. PiTOT INVERSE. 229

Tait montrer aa doigt par les pères , quand on se hasarde à leur dire Vauguête vëriië.

. 2o. Reléguée. La yérité est belle, si l'on ?eut, maîi belle à voir de loin; et telle est l'opinion da grand monde , puisqu'il ne peut pas admettre la fleur de vérité. On ne présentera pas un bouquet de lis à une femme de bon genre ; on ne verra pas de lis dans le sallon d'un Crésus. Toute belle qu'est cette fleur, sa forme , son parfum , son éclat , ne conviennent pas à la classe des sybarites. Ils n'aiment le lis que de loin, comme la vérité; ils le relèguent dans les angles du parterre. La fleur, comme bouquet, ne peut convenir qu'au peuple qui ne craint pas les pesantes vérités. Aussi voit-on le lis figurer dans les fêtes publiques et sur la porte des cabarets où règne la vérité. Il charme les enfants qui ne craignent pas la bonne et franche vérité. Enfin on l'emploie à orner les statues et portraits des saints aux jours de fêtes; et c'est fort bien fait de placer le symbole de la vérité entre les DMiins des habitants du ciel; car sîelle est de recette en l'autre monde, elle ne l'est nullement en celui-ci.

D'autres emblèmes de vérité sont moulés dans les espèces de cette fleur. Le lis orange représente une autre classe d'amants de la vérité, ces misanthropes atrabilaires qui la pratiquent avec rudesse et ne savent point la rendre aimable. Aussi ce lis a-t-il tous les caractères de l'âpreté; il est sans parfum ; sa couleur est celle de l'enthousiasme sévère, orange sombre (II, 164), nuance terne, taches noires; mais ne donnons pas exclusivement aux roses et aux lis un article où tant d'autres fleurs sollicitent quelque place. L'iris dont il a déjà été question exige encore divers détails!

L'iris, emblème du mariage, porte trois chenilles sur

2S0 ClS-LéG0]IÈN£5.

ses trois pétales ; or on ne peut voir qu'un symbole de vice, partout où le règne végétal figure des chenilles, comme dans ^euphorbe et Théliotrope défleuri (la chenille étant l'emblème principal des sociétés lymbiques', et de leur métamorphose en état sociétaire, figuré par le papillon qui succède au vénéneux et dégoûtant insecte, comme l'état sociétaire doit succéder aux infamies civilisées , barbares et sauvages).

L'iris fournit successivement deux corolles ou fleurs qui semblent s'éviter, s'isoler Fune de l'autre. On voit la seconde longtemps cachée apparaître inopinément dès que la première est passée. C'est l'image du lien conjugal , où un homme presque suranné s'unit à une jeune femme. L'âge du plaisir n'est plus commun entr'eux; il finit pour l'un et commence pour l'autre : aussi la seconde fleur n'éclot-elle que lorsque k première est flétrie.

La corolle d'iris paraU formée de trois fleurs distinctes et réunies forcément par leurs extrémités. Le mariage est de même un composé de trois affections bien distinctes et péniblement amalgamées ; ce sont :

L'amour matériel simple Bleu terne.

Lacoalitionconjugaleoulignedomestique. Violet faux. < Le lien de ménage et de paternité. . . . Jaune.

C9S trois couleurs correspondent aux trois effets passionnels.

Le réceptacle d'étamines a la forme de chenille, emblème des sordides calculs qui président au mariage. Trois pétales accessoires s'élèvent et se rapprochent gracieusement , abandonnant le corps de la fleur ; tandis que les trois pétales productifs, portant graine, s'isolent et semblent s'éviter. Ainsi dans le mariage, les trois sexes, homme, femme et enfant, cherchent hors du mé-

Page 1