‹ Théorie de L'unité UniverselleChapitre 5 sur 74 · DU LIBIIB ARBITRE. XXVII · texte numérisé non relu

DU LIBIIB ARBITRE. XXVII

Du Libre Arbitre de Dieu et de momme.

Les systèmes civilisés, toujours engagés dans l'un ou l'autre excès, prétendent, les uns, que la raison doit régner exclusivement, les autres que tout mouvement vient de Dieu : assertions de simplisme; car si la raison triomphe et règne seule, comme sous Robespierre et autres hypocrites qui ne valent pas mieux, où sera l'emploi de Dieu qui intervient par Attraction? D'autre part, si tout mouvement vient de Dieu, comment se fait-il qu'il existe des sociétés civilisées et barbares qui, étant purement coercitives et fondées sur la terreur des gibets , excluent évidemment pour les sept huitièmes de la population l'impulsion divine ou attraction, et remettent la règle du mouvement social aux mains de la raison humaine à l'exclusion de Dieu ?

J'ai prouvé que Dieu est ennemi du despotisme et de l'exclusivité, et qu'en mouvement il laisse toujours moitié à faire aux créatures dont il veut faire des associés et non des esclaves. Il veut laisser a notre industrie, à notre raison, l'honneur d'intervenir concurremment avec lui; et pour preuve, abandonnez le mouton dans les forêts aux soins de la simple nature ou de Dieu seul, et il ne vous donnera plus les laines fines de Kaschmir et de Ségovie; sa toison deviendra rèche et grossière; il faut donc que la raison, que l'industrie humaine intervienne de concert avec Dieu ; mais nos sophistes, sous prétexte de tout céder à Dieu qui ne demande que moitié, lui ôtent réellement toute la moitié qu'il prétend, c'est-à-dire l'influence de l'Attraction ou impulsion divine en concours

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avec la raison humaine, et non pas en conflit comme on le voit dans les ordres civilisé et barbare.

Il n'y a d'autre voie d'unité que de concilier les deux impulsions, celle de Dieu qui opère par Attraction comme on le voit chez les astres et les animaux, et celle de l'homme qui doit opérer par raison ou science concordante avec l'Attraction.

Ce serait un problème bien embarrassant , si nous ne tenions pas la solution ; elle est enfin donnée. On voit que dans le mécanisme des Séries passionnelles il y a toujours intervention libre de la raison humaine ou science du raffinement passionnel, et intervention libre de l'impulsion divine ou Attraction.

Voilà donc le problème du Libre Arbitre pleinement résolu en sens composé , c'est-à-dire en concours des deux impulsions divine et humaine. Si Ton veut spéculer sur la solution en simple, sur l'exercice isolé de l'une des impulsions, l'on n'arrive qu'à l'oppression de Dieu et de l'homme. C'est ce que nous allons examiner.

Je m'appuie d'une comparaison qui fera sentir que si la philosophie est absurde en voulant donner à la raison le sceptre à l'exclusion de Dieu , la théologie ne l'est pas moins en ce que, sous prétexte de tout donner à Dieu , elle lui ôle réellement tout et ne laisse de Libre Arbitre ni à Dieu ni à l'homme.

Je suppose qu'un roi se plaise à faire habituellement une partie de cartes ou d'échecs avec son valet de chambre ; des courtisans persuadent à ce valet que le roi est mécontent de ne pas gagner et que lui valet court le risque d'être congédié et de perdre une excellente place. Dès ce moment , le valet ne s'étudiera plus qu'à laisser constamment la supériorité au roi, qui sera frustré, en-

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trayé par le fait ; car son intention n'est pas de terrifier le valet qu'il admet à jouer avec lui , mais de gagner une partie bien disputée, bien intriguée et où la victoire soit flatteuse pour son amour-propre. Le roi assurément sera très-mécontent lorsqu'il apprendra le secret de cette menée , et il pensera que gagner de la sorte, c'est ne plus gagner, ne plus jouer, et qu'en voulant lui donner tout l'avantage, on lui a réellement enlevé tout le charme de la lutte. Le valet, de son côté, aura de même perdu tout le plaisir du jeu par la persuasion qu'il faut céder au roi sur toutes les chances de gain; et voilà deux individus frustrés tous deux dès l'instant où l'un veut tout céder à l'autre et mettre le despotisme, l'exclusivité, à la place de la balance et de l'équilibre.

Il en est de môme du Libre Arbitre. Si l'on ne donne pas moitié à Dieu et moitié à l'homme, sauf la tombée de mouvement qui doit être du côté de Dieu, il n'y a plus de liberté ni pour l'un ni pour l'autre, plus d'essor de l'attraction qui est le levier divin, plus d'exercice de levier humain qui est la raison convergente ou appliquée au raffinement passionnel.

De là on conçoit que pour traiter la question du Libre Arbitre il faut extirper deux préjugés, le philosophique selon lequel ôn veut tout donner à l'homme ou à la raison, et le théologique par lequel on feint de donner tout à Dieu pour lui ôter effectivement tout.

Rappelons-nous que le mouvement est pour Dieu une fonction intriguée, composée, où il a besoin de laisser des chances aux créatures harmoniques , telles que planètes et hommes. Il ne laisse point ces chances aux animaux qui sont créatures simples , bornées à l'impulsion divine ou jeu de l'attraction et de l'instinct , sans concours de la

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raison on raffinement passionnel ; aussi l'animal est-il s tationnaire et n'avance-t-il pas au delà des limites de son» instinct primitif. Lesabeilles dans dix mille ans ne sauront pas mieux faire la roche qu elles ne la firent aux premiers âges du monde.

Il n'en est pas ainsi de l'homme, il est pourvu d'une raison progressive et alliable avec le levier divin ou Attraction. Il est premier anneau d'échelle composée, d'où il suit qu'il y a dans le mouvement des sociétés humaines deux leviers de Mouvement à tenir en balance , et qu'en opprimant l'un des deux, soit le levier divin ou Attraction* soit le levier humain ou Raison , Ton n'aboutit qu'à les paralyser tous deux; effet ridicule de nos sciences qui, voulant donner l'une tout à Dieu, et l'autre tout 5 l'homme, n'arrivent qu'à fausser l'un et l'autre.

Que de nouvelles idées dans cette étude du mouvement social ! que de préjugés bizarres chez ceux mômes qui se vantent de les combattre! jugeons-en par la question qui nous occupe. Ici- les théologiens sont les libéraux , car ce sont eux qui veulent donner tout à Dieu ; les philosophes sont les illibéraux , les despotes, voulant l'empire exclusif de la raison humaine ; et quand on envisage les résultats de leurs sciences, — les trophées de la théologie et de l'inquisition sous Torquemada, — les trophées de la philosophie et de la fraternité sous Robespierre , doit-on s'étonner si l'Humanité , confiée à ces deux guides présomptueux, marche comme l'écrevisse dans la carrière du bonheur, et si , après 3,000 ans, elle est obligée d'en venir au précepte de Bacon : Refaire l'entendement humain sur toutes les questions de mouvement social» et oublier tout ce que Ton a appris !

jjcauv raisonneurs, qui vouiez opérer taniae merveilles

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