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SYSTÈME DU DOUBLE ÉTALON SOLIDAIRE OU BIMÉTALLISME

Théorie du jHirachute.

17. Avec le système qui suit, nous n'avons pas à regretter que les confirmations de l'expérience ne viennent pas se joindre aux indications du raisonnement. Le système du double étalon solidaire ou himétallisnie est le système monétaire français qui est devenu celui de r Union latine. Nous en devons faire une étude attentive. Or le bimétallisme n'est pas du tout, comme le soutiennent des économistes qui n'y ont pas regardé d'assez près, un système fondé purement et simplement sur cette violation grossière des lois de l'économie politique qui consisterait à décréter un rapport fixe entre la valeur de deux marchandises ; ou , du moins , si le bimétallisme est né de cette erreur , il n'en constitue pas moins un système très ingénieux et, dans certaines limites, très efficace qu'il importe de bien comprendre avant tout. Dans ce système , l'or et l'argent sont tous deux marchandise pour une certaine fraction de leur quantité totale et tous deux monnaie pour le surplus. Le législateur ne fixe pas du tout le rapport de la va-

leur de Tor marchandise à la valeur de l'argent marchandise , qui demeure libre et continue à varier , sui* le marché, en raison des variations dans Tutilité et dans la quantité des deux métaux ; il fixe seulement, à 15 1/2 par exemple, le rapport de la valeur de Tor monnaie à la valeur de l'argent monnaie; et ainsi il agit, mais indirectement, et en obéissant, afin de leur commander, aux lois économiques, sur les quantités respectives d'or et d'argent marchandise et monnaie et sur le rapport de la valeur de l'or marchandise à la valeur de l'argent marchandise. Voici comment. Si le rapport de la valeur de l'or marchandise à la valeur de l'argent marchandise est supérieur à 15 1/2 sur le marché, l'or, ayant plus de valeur comme marchandise que comme monnaie, se démonétise, et l'argent, ayant plus de valeur comme monnaie que comme marchandise, se monnaye; double phénomène d'où il résulte que le rapport de la valeur de l'or marchandise à la valeur de l'argent marchandise s'abaisse, en se rapprochant de 15 1/2, sur le marché. Si, au contraire, le rapport de la valeur de l'or marchandise à la valeur de l'argent marchandise est inférieur à 15 1/2 sur le marché, l'or, ayant plus de valeur comme monnaie que comme marchandise, se monnaye, tandis que l'argent, ayant plus de valeur comme marchandise que comme monnaie, se démonétise; double phénomène d'où il résulte que le rapport de la valeur de l'or marchandise à la valeur de l'argent marchandise s'élève, en se rapprochant de 15 1/2, sur le marché. En résumé, le métal qui abonde entre dans la circulation monétaire.

et cet emploi modère sa baisse de valeur; le métal qui se raréfie sort de la circulation monétaire, et cette désutilisation modère sa hausse de valeur. Telle est l'essence de la théorie dite du parachute, telle que la soutenait Wolowski, et, ainsi présentée, cette théorie est inattaquable ; malheureusement, les bimétallistes eux-mêmes l'ont très mal connue et, par suite, ils l'ont à la fois exagérée et faussée. Nous allons en faire une illustration qui permettra d'en saisir tout ensemble la portée et les bornes.

Position de la courbe de prix de l*élalon bimétallique par rapport aux courbes de prix des étalons monométalllques.

18. Le rapport de la valeur de l'or monnaie à la valeur de l'argent monnaie étant une fois fixé, à 15 1/2 par exemple, les quantités des deux métaux peuvent s'énoncer en francs : francs d'argent de 5 grammes à

5 10 9/10 de fin et francs d'or de -^ = — grammes à 9/10

de fin. Faisant varier ces quantités, en laissant d'ailleurs toutes choses égales, prenons un axe horizontal O -— 45 (Fig. 2) sur lequel se compteront les temps et nn axe vertical qOq^ sur lequel ou sur les parallèles duquel se compteront les quantités correspondantes à chaque période de temps : les quantités de francs d'argent au-dessus de Taxe horizontal, suivant la courbe AA^g, et les quantités de francs d'or au-dessous de l'axe horizontal, suivant la courbe BB^,.

Cela fait, prenons un autre axe horizontal — 45 sur lequel se compteront toujours les temps et un autre

axe vertical Op sur lequel ou sur les parallèles duquel se compteront les ^>ria; du franc d'argent et du franc ■d'or exprimés soit en une autre marchandise (B), suivant

la formule — , soit en toutes les autres marchandises <B), (C), (D)..., suivant la formule ^^ ^ , ou

«uivant la formule z = et correspon-

dants aux quantités ci-dessus dans les trois hypothèses <lu monométallisme-or, du monométallisme-argent et an bimétallisme. Dans la première hypothèse, Tor est à la fois marchandise et monnaie, sa courbe de prix est t:" 7:'*^^\ Targent n'est que marchandise, sa courbe de prix est jj' p\^. Dans la seconde hypothèse, l'argent est à la fois marchandise et monnaie, sa courbe de prix est p" p'\'^\ Tor n'est que marchandise, sa courbe de prix est ;:' t.\j.. Dans la troisième hypothèse, il peut se présenter trois cas. La courbe t:" de prix de l'or à la fois marchandise et monnaie est nécessairement toujours supérieure à la courbe t.' de prix de l'or seulement marchandise; mais elle n'est pas nécessairement toujours supérieure à la courbe p' de prix de l'argent seulement marchandise. De même, la courbe p" de prix de l'argent à la fois marchandise et monnaie est nécessairement toujours supérieure à la courbe^' de prix de l'argent seulement marchandise; mais elle n'est pas nécessairement toujours supérieure à la courbe ::' de prix de l'or seulement marchandise. S'il arrive que

les deux courbes ::" etp" soient supérieures aux deux courbes ::' et p\ le bimétallisme est effectif, les deux métaux se trouvent tous deux dans la circulation monétaire , et leur prix commun est en môme temps inférieur aux deux prix des deux métaux à la fois marchandise et monnaie et supérieur aux deux prix des deux métaux seulement marchandise. La courbe P de prix du franc d'or ou d'argent se place au-dessous des deux courbes ?:'' et p" et au-dessus des deux courbes 7r' et p' , C'est ce qui a lieu durant les périodes 0-10^ 15-25 et 35-45. S'il arrive que la courbe ::' s'élève audessus de la courbe j^'\ c'est-à-dire que le franc d'or seulement marchandise vaille plus que le franc d'argent à la fois marchandise et monnaie, le bimétallisme se résout en monométallisme-argent. La courbe P cède la place aux deux courbes tt' et^/'. C'est ce qui a lieu durant la période 10-15. Et s'il arrive que la courbe ^^'^ s'élève au-dessus de la courbe tz\ c'est-à-dire que le franc d'argent seulement marchandise vaille plus que le franc d'or à la fois marchandise et monnaie, le bimétallisme se résout en raonométallisme-or. La courbe P cède la place aux deux courbes j)' et tt". C'est ce qui a lieu durant la période 25-35. Ainsi, en définitive^ dans les conditions de quantité des deux métaux supposées par notre figure , la courbe de prix de la marchandise monnaie, dans le système du bimétallisme est la courbe PP45 , suppléée d'abord par la courbe jp", de P|o à P,5, et ensuite par la courbe tt", de P„ à P35. Cette courbe est remarquablement horizontale , ce qui vient de ce que nous avons supposé la quantité de l'ar-

gent et la quantité de l'or variant généralement en sens inverse; et cependant, telle qu'elle est, elle permet très bien de reconnaître les limites de l'action compensatrice du bimétallisme '.

Limites de l'action compensatrice do bimétallisme.

19. Complétons d'abord la première partie de la figure 2 au moyen des deux courbes A'A'^5, B'BVn, relatives au système bimétallique, dont l'une partage la quantité totale des francs d'argent en francs d'argent marchandise et francs d'argent monnaie, les premiers se comptant sur la partie supérieure de l'ordonnée, entre les deux courbes A et A', les seconds, sur la partie inférieure, entre la courbe A' et l'axe horizontal, et dont l'autre partage la quantité totale des francs d'or en francs d'or marchandise et francs d'or monnaie , ceux-ci se comptant sur la partie supérieure de l'ordonnée, entre Taxe horizontal et la courbe B', ceuxlà sur la partie inférieure , entre les deux courbes B' et B. Maintenant, toutes choses restant égales d'ailleurs, il peut arriver que, la quantité de l'un des deux métaux augmentant ou diminuant, la quantité de l'autre métal diminue ou augmente également, de telle sorte que la quantité totale de francs d'or et d'argent demeure la même et qu'en outre la quantité de francs d'or marchandise, la quantité de francs d'argent mar-

« Pour la construction de la courbe de prix de l'étalon bimétallique, voyez le cinquième mémoire de ma Théorie mathématique de la richesse sociale.

chandise et la quantité de francs d'or et d'argent monnaie demeurent aussi les mêmes , n'y ayant alors que la seule proportion des francs d'or et des francs d'argent monnaie qui change, comme cela a lieu durant la période 15-2Ô. En ce cas , le bimétallisme est toujours effectif, et, en conséquence, le rapport de la valeur de l'or marchandise à la valeur de l'argent marchandise se maintient à 15 1/2 sur le marché. En outre, la quantité de la monnaie n'augmente ni ne diminue , et , en conséquence, les prix des marchandises en monnaie ne haussent ni ne baissent. Mais, d'abord, et même dans cette éventualité d'un des deux métaux devenant abondant ou rare pendant que l'autre métal devient rare ou abondant , il peut arriver que le métal abondant chasse complètement le métal rare de la circulation monétaire et y fournisse à lui seul plus ou moins de francs que n'en fournissaient auparavant les deux métaux réunis , comme cela a lieu durant la période 10-15 et durant la période 25-35. En ce cas, le bimétallisme se résout en monométallisme, et, en conséquence , le rapport de la valeur de l'or marchandise à la valeur de Targent marchandise s'élève au-dessus ou s'abaisse au-dessous de 15 1/2 sur le marché. En outre, la quantité de la monnaie augmente ou diminue, et, en conséquence, il se produit une hausse ou une baisse des prix des marchandises en monnaie. Ensuite, il peut arriver aussi que, la quantité de l'un des deux métaux augmentant ou diminuant, la quantité de l'autre métal augmente ou diminue en même temps, de telle sorte que les deux métaux, or et argent, se trouvent tou-

jours dans la circulation monétaire, mais y fournissent à eux deux plus ou moins de francs qu'ils n'en fournissaient auparavant, comme cela a lieu au commencement de la période 0-10 et à la fin de la période 35-45. En ce cas , le bimétallisme est toujours effectif, et, en conséquence, le rapport de la valeur de For marchandise à la valeur de l'argent marchandise se maintient à 15 1/2 sur le marché; mais la quantité de la monnaie augmente ou diminue, et, en conséquence» les prix des marchandises en monnaie haussent ou baissent.

Tels sont les effets des variations possibles dans la quantité des métaux précieux ; il faudrait signaler aussi les effets des variations possibles dans leur utilité, lesquels effets seraient précisément le contraire des effets des variations dans la quantité. On se rendrait ainsi un compte exact des limites de l'action compensatrice du système bimétallique. Mais c'est là ce que les partisans de ce système ont complètement négligé de faire; ils ont trouvé plus expéditif (et ce l'était effectivement) de nier a priori la possibilité de toutes ces variations. « La production de l'or est très irrégulière, disait M. Cernuschi dans le troisième considérant de son Projet de convention internationale bimétallique proposé à la Conférence monétaire de 1881, très irrégulière celle de l'argent, tandis que la production additionnée des deux métaux évalués à la proportion légale est très suffisamment régulière. » (Conférence monétaire internatio'nale , juin-juillet i88i. Procès^ verbaux, p. 154.) Que la production totale de deux

métaux soit moins irrégulière que celle d'uu seul, que la production totale de trois métaux fût plus régulière que celle de deux, celle de quatre que celle de trois... et ainsi de suite , cela serait conforme à la théorie des probabilités; mais que, la production de l'or étant très irrégulière , et très irrégulière aussi celle de l'argent, la production additionnée des deux métaux évalués à la proportion de 15 1/2 soit très suffisamment régulière, voilà qui serait vraiment extraordinaire et presque miraculeux ! Aussi certains bimétallistes particulièrement convaincus et enthousiastes n'hésitent-ils pas à se porter ici garants des bonnes intentions de la Providence. Malheureusement, les faits tels que nous les fournissent l'histoire et la statistique n'exigent ni ne justifient à aucun degré l'hypothèse de cette intervention surnaturelle; ils confirment, au contraire , notre théorie en même temps qu'ils sont éclairés par elle d'une lumière irrésistible. Par trois fois au moins depuis son établissement, c'est-à-dire depuis le commencement de ce siècle, — la Providence étant apparemment trop absorbée par d'autres soins — le bimétallisme a été pris complètement en défaut par des variations dans l'utilité et dans la quantité de l'or et de l'argent qui dépassaient tout à fait les limites de son action compensatrice et il a , comme nous allons voir, finalement péri dans cette épreuve.

TRANSFORMATION DU BIMETALLISME EN SYSTEME DE LA MONNAIE d'or AVEC BILLON d'aRGENT RÉGULATEUR

Crise de 1810 à 1850.

20. De 1810 à 1850, il y eut un ralentissement simultané dans la production de Tor et de l'argent provenant de la désorganisation des mines en Amérique. Conformément à notre théorie ci-dessus exposée, les prix des marchandises en monnaie baissèrent. M. de Laveleye a lui-même reconnu le fait de cette baisse dans la Bibliothèque universelle , en mars 1882 (Des

fonctions de la monnaie, p. 400), et dans le Journal des Economistes, en mars 1885 (la Crise et la contraction monétaire y p. 415). La crise fut longue et intense; mais, comme le bimétallisme resta malgré tout effectif, le législateur ne fut pas amené à prendre aucune mesure. Toujours est-il que le parachute n'empêcha pas la chute.

Crise de 1850 à 1870 : création du billon divisionnaire ; iiausse

des prix.

21. Vers 1850, par suite de la découverte des gisements aurifères de la Californie et de l'Australie, l'or

7i2 THÉORIE

devint très abondant et tendit à chasser complètement l'argent de la circulation monétaire. Le bimétallisme se résolvait en monométallisme-or, et le rapport de la vafeur de Tor marchandise à la valeur de l'argent marchandise s'abaissait au-dessous de 15 1/2 sur le marché. En outre, la quantité de la monnaie augmentait et les prix des marchandises en monnaie haussaient. La première conséquence, celle de la disparition de l'argent, força le législateur à intervenir. Pour retenir dans la circulation la monnaie d'argent divisionnaire, on la transforma en un billon par l'abaissement de son titre de 900/1000 à 835/1000. Ce fut le premier coup porté au bimétallisme; aussi les bimétallistesdéplorent-ils amèrement cette altération du titre de la monnaie d'argent divisionnaire. Ils feraient mieux de nous expliquer comment on eût pu pourvoir autrement aux petits payements. Quant à la seconde conséquence, celle de la hausse de tous les prix , elle fut considérée comme un signe de la prospérité due à Texcellence desgouvernements, et on en laissa profiter les producteurs et débiteurs et pâtir les consommateurs et créanciers. C'est cette hausse de prix que Jevons a mesurée et trouvée de 10,25 pour 100, en restant sensiblement audessous de la vérité, comme je l'ai expliqué ailleurs.

Crise actuelle : création du billon spécial ou cnmpiémentaire ;

baisse des prix.

22. Après 1870, en raison de la découverte de mines d'argent dans le Nevada et aussi en raison du remplacement, en Allemagne, de la monnaie d'argent par la

monnaie (Vor, l'argent est ctevenu, à son tour, très abondant et a tendu à chasser complètement l'or de la circulation monétaire en France et dans TUnion latine. Le bimétallisme se résolvait en monométallisme-argent, et le rapport de la valeur de l'or marchandise à. la valeur de l'argent marchandise s'élevait au-dessus de 15 1/2 sur le marché. En outre, la quantité de la^ monnaie augmentait et les prix des marchandises en monnaie haussaient. Ce fut alors que, sous l'influence de la doctrine monométalliste, le législateur intervint. Il restreignit d'abord, en 1874, puis suspendit complètement, en 1878, le monnayage de l'argent. Nous en sommes là , et c'est cette situation qu'il faut apprécier exactement.

La suspension du monnayage de l'argent a certainement arrêté la substitution complète de l'argent à l'or dans la circulation monétaire de l'Union latine et empêché le bimétallisme de se résoudre en monométallisme argent ; mais elle a non moins certainement accéléré et accentué la hausse au-dessus de 15 1/2 du rapport de la valeur de l'or marchandise à la valeur de l'argent marchandise, supprimé la monnaie d'argent et tué le bimétallisme lui-même. M. Cernuschi nous parle à tout propos à'assig^mts métalliques et de monométallisme bossu; ces expressions ne sont ni assez scientifiques ni assez exactes. Du moment oii la frappe des écus d'argent n'est plus libre, la valeur de l'argent monnaie est toujours le — -- de la valeur de l'or

monnaie, taudis que la valeur de l'argent marchan-

dise n'est plus que le — ou le — de la valeur de l'or

marchandise ; en d'autres termes , les écus d'argent ont comme monnaie une valeur légale et conventionnelle supérieure à la valeur réelle et commerciale qu'ils auraient comme marchandise : ils ne sont pas des assignats métalliques , ils sont un hillon. D'autre part , du moment où l'argent est billon et où l'or seul est monnaie, nous sommes, de fait, régis par l'étalon d'or; nous le serions aussi de nom si Ton définissait dorénavant, ainsi qu'on devrait le faire, le franc non plus comme « 5 grammes d'argent à 9/10 de tin », mais

comme a ——^ = — - grammes d'or à 9/10 de fin ». Il 15,0 ol

ne s'en faut que de cet aveu que nous soyons au régime

non du monométallisme bossu, mais de la monnaie d'or

avec billon d'argent spécial ou complétnentaire. Ce

système monétaire est le cinquième qui s'offre à nous

dans cette étude, et, comme je vais le montrer dans un

instant, il se trouve que c'est le bon.

Voilà donc pour ce qui est du rapport de valeur de

l'or et de l'argent; quant au mouvement des prix, la

suspension du monnayage de Targent a complètement

dépassé le but : elle a substitué une diminution à une

augmentation dans la quantité de la monnaie et une

baisse à une hausse des prix des marchandises en

monnaie. Le monnayage de l'argent est arrêté ; mais

la démonétisation de l'or ne l'est pas. Depuis deux ou

trois ans, personne n'apporte aux Hôtels des Monnaies

de l'or marchandise à transformer en or monnaie, et il

est à croire qu'au contraire on transforme de l'or monnaie en or marchandise. La production de Tor est inférieure à sa consommation. Ainsi la quantité de la monnaie diminue; en conséquence, les prix des marchandises en monnaie baissent. Ils baissent peut-être pour d'autres raisons encore ; mais ils baissent incontestablement pour celle-là. Sur ce point, les bimétallistes ont pleinement raison contre le parti-pris des monométallistes. Seulement, il ne faudrait pas se borner, comme ils le font, à affirmer cette baisse : il faudrait la constater et la mesurer.

li De reste plus qu'à faire du billon spécial ou complémentaire

un billon régulateur.

23. Je résume ainsi, le procès. Si, comme l'auraient voulu les bimétallistes, on avait laissé le rapport légal de 15 1/2 produire librement ses conséquences, tout l'argent démonétisé par l'Allemagne , accompagné de celui des mines du Nevada, serait venu se faire monnayer dans l'Union latine ; tout notre or serait passé en Allemagne ; nous aurions eu une monnaie exclusivement d'argent, d'ailleurs très abondante, et une hausse considérable des prix au détriment des propriétaires fonciers , des travailleurs et des capitalistes. Les monométallistes étant intervenus et ayant réussi à faire d'abord restreindre, puis suspendre la frappe des écus, l'argent allemand et américain, partout repoussé comme métal monnaie, s'est amassé sur le marché du métal marchandise et y a déterminé une baisse de 20 pour 100 ; une partie de notre or nous est restée ;

mais la monnaie est , malgré tout , très rare et il se produit une baisse considérable des prix au détriment des entrepreneurs. Je demande : « Pourquoi suspendre complètement la frappe des écus au lieu de la restreindre purement et simplement dans les limites nécessaires pour qu'il n'y ait pas plus de crise de baisse que de crise de hausse? >^ — « Mais, me répondra-t-on, quel est votre principe régulateur ? »

Je l'ai dit. Le but à poursuivre n'est pas de rendre absolument fixe la rareté et la valeur de la marchandise monnaie. Parmi les marchandises ordinaires , il y en a, comme certains produits agricoles, qui, indépendamment des oscillations hebdomadaires, mensuelles ou annuelles, augmentent régulièrement de rareté et de valeur ; et il y en a d'autres, comme la plupart des produits industriels, qui, indépendamment des oscillations dues à des causes diverses , diminuent régulièrement de rareté et de valeur. Tout serait pour le mieux si la rareté de la marchandise numéraire et monnaie variait comme la rareté moyenne de la richesse sociale. L'or, pas plus qu'aucune marchandise quelconque, ne saurait prendre naturellement une telle variation de rareté et de valeur; mais on peut la lui imprimer artificiellement en ajoutant à la circulation monétaire, ou en en retranchant, selon les besoins, des écus d'argent. Et c'est à quoi j'ai démontré qu'on arriverait précisément en faisant ces additions ou ces soustractions de façon à ce que le prix moyen de la richesse sociale en la marchandise numéraire et monnaie we variât pas. Sans doute il est évident qu'on ne peut pas ajouter à

la circulation monétaire ou en retrancher des écus d'argent de façon à prévenir toute variation du prix moyen de la richesse sociale en or; mais il semble qu'on pourrait le faire de façon à ramener périodiquement ce prix moyen à la constance en ajoutant des écus quand il tendrait à baisser et en retranchant quand il tendrait à hausser.

C'est ce que j'appelle système de la monnaie dUor avec billon d'argent régulateur, et j'insiste sur ce point que ce système est actuellement le nôtre , celui auquel nous a conduits la logique des faits plus forte que celle des bimétallistes. L'or seul est aujourd'hui monnaie et doit seul fournir la définition du franc. Le franc doit

Ld,5 ^ si

y/10 de fin ». L'argent est billon: il doit être billon divisionnaire pour les pièces de 1/2, 1 et 2 francs, soit de 2 1/2, 5 et 10 grammes, à 835/1000; il doit être billon régulateur pour les pièces de 5 francs , soit de 25 grammes, à 900/1000. Un calcul mathématique dont il reste à fixer le détail pratique nous apprendra si nous devons verser peu à peu du billon régulateur dans la circulation monétaire ou en retirer. Dans le premier cas, nous inclinons dans le sens du bimétallisme où nous reviendrons tout à fait si nous prenons assez d'argent sur le marché du métal marchandise pour

faire remonter son prix en or de -r-- ou — :- à — - .

19 20 lo,5

Dans le second cas, nous penchons vers le monométallisme-or où nous serons définitivement arrivés le jour

êti'e défini comme u les ^r-r = -7;^ grammes d'or à

i 78 THÉORIE

où il ne restera plus d'écus d'argent dans la circulation monétaire. Ainsi, nous évitons de nous précipiter aveuglément dans l'un ou dans Tautre de ces systèmes, ï ou de nous arrêter immobiles et indécis entre les deux ;

I mais nous nous plaçons dans une situation intermé-

\ diaire en nous réservant d'aller soit à l'un soit à l'autre,

selon qu'il le faudra, en raison de la pénurie ou de l'afflux de l'or, pour soustraire les prix à toute contraction comme à toute inflation générale et persistante.

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