‹ Théorie de la phlogose [electronic resource] (volume 2)Chapitre 10 sur 66 · CHAPITRE VIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIT

Consolidations de la fibrine dans les vaisseaux vivans. Comment elles se forment. Quelques déductions.

Nous avons déjà prouvé que la fibrine est , des trois élémens , celui qui prend le plus de part a la triple séparation déterminée par l’inflammation. Dans cette séparation la fibrine se présente en plus ou moins grande quantité , plus ou moins consistante, mais libre et séparée des deux autres élémens qui , en apparence , constituent a eux seuls , dans la double séparation, la masse du sang extrait à l’état de santé ou même pendant une maladie non-inflammatoire. Nous prouverons maintenant que la fibrine est encore , des trois élémens , celui qui concourt le plus a la formation des produits

de l’inflammation ; et nous commencerons par observer ce qu’elle fait par elle-même sans être mêlée a aucun des deux autres élémens. L’inflammation donne a la fibrine la propriété de se consolider , ou , pour mieux dire , rend sa consolidation plus facile. Cette consolidation se manifeste non seulement dans la formation de la couenne , mais on la voit encore en dedans du corps , dans les cavités splanchniques , et l'a précisément où l’inflammation a eu son siège.

Une fois donc reconnu que la fibrine ne peut, par elle-même, que passer de l’état fluide a l’état solide , on devra la trouver dans les parties où elle se sera solidifiée , sous les formes et les conditions requises précisément par le siège du phénomène. Nous commencerons par considérer avant tout la consolidation la plus simple et la plus évidente de toutes ; c’est celle qui se forme et reste dans quelques vaisseaux veineux , et qu’on trouve dans le cadavre. On l’observe fréquemment dans les sinus de la dure-mère, lorsqu’il y a eu une méningite grave. En ouvrant, par exemple, le sinus longitudinal dans sa longueur , on aperçoit dans

tout son trajet un corps solide en forme de cordon ou de petit ruban; si on le saisit avec des pinces , on peut le soulever assez facilement, mais il n’est pas aussi aisé de le déchirer ; il est blanchâtre, évidemment formé par de la fibrine, et d’ordinaire sans trace de cruor ni de sérum , par cela même que la consolidation de la fibrine

ayant été complète , le sérum fluide et le cruor, dégagés de la fibrine , suivent l’inclinaison du cerveau vers l’occiput et débarrassent complètement l’endroit où la fibrine est restée consolidée. Cette consolidation n’est pas toujours limitée au sinus, mais elle se laisse également apercevoir dans les plus gros troncs veineux qui y versent leur sang; de sorte que si l’on soulève adroitement le petit cordon dont nous parlions tantôt , il entraîne après lui plusieurs filamens formés à droite et a gauche dans les troncs qui vont s’aboucher au sinus. J’ai parfois trouvé de ces petits cordons qui pénétraient jusqu’aux premières ramifications . En coupant de chaque côté , et aussi loin que possible du sinus , toutes ces productions latérales de la fibrine, et en enlevant en

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entier tout le morceau qui occupe la longueur du sinus, cela représente assez bien un insecte myriapode. Ici on trouve la fibrine consolidée le long du sinus , ainsi que l’exige le lieu meme où se passe le phénomène. Dans l’oreillette droite du cœur et dans le ventricule du même co té on trouve d’autres consolidations de fibrine qu’on appelle communément polypes. Ceux-ci ont une forme irrégulière , vu la largeur et l’irrégularité des lieux dans lesquels ils se forment. On les trouve mêlés aussi a un peu de cruor, car ici la masse du sang étant plus volumineuse, la séparation complète de la fibrine est nécessairement plus difficile; elle se fait plus imparfaitement , et le cruor ne peut pas , par conséquent , se séparer de la fibrine sans y laisser quelques traces.

Mais ces consolidations internes s’opèrent-elles pendant la maladie , ou seulement lorsque le corps est privé de vie ? car il semble que la séparation des élémens du sang réclame le repos de la masse de ce liquide , et ne peut pas avoir lieu fondant la circulation. C’est ce qu’on pourrait croire d’abord , mais nous possédons des faits qui ne

laissent aucun doute sur la formation des consolidations de fibrine pendant la vie , et nous en trouvons plusieurs recueillis par les auteurs. J’ai pu moi-même en observer un cas que je vais rapporter ici. Un homme d’un âge déjà avancé eut une attaque d’apoplexie et resta paralysé du côté droit. Peu de temps après , il en eut une seconde, et je le fis saigner de nouveau et a plusieurs reprises. Je venais de prescrire la dernière saignée, lorsque la famille du malade m’envoie chercher en toute hâte, parce que la saignée, me fit-on dire, avait montré un phénomène extraordinaire. On me présenta, en effet, sur un plat, un corps long cylindrique , d’un blanc jaunâtre, ressemblant a un vermicelle de grosseur moyenne; on affirmait d’ailleurs que c’était un ver. Le chirurgien qui avait pratiqué la saignée, s’était bien aperçu que ce n’était qu’un morceau de fibrine consolidée dans la veine, mais on ne voulut pas y ajouter foi. Lui ayant demandé moi-même de quelle manière ce corps était sorti de la veine, il me répondit que le jet du sang s’étant arrêté touta-coup , il avait vu se présenter, a travers l’ouver-

ture de la veine , assez large , quelque chose ayant la forme d’une anse. 11 y introduisit alors un stylet et put retirer facilement ce morceau de fibrine cylindrique. La paralysie, qui avait paru dès les premières attaques d’apoplexie , était a droite , et la saignée avait été pratiquée a gauche. Le malade put vivre encore quelques années et passablement bien. Il est hors de doute que le morceau de fibrine se consolida dans la veine même d’où il était sorti ; la marche du sang veineux et l’application de la ligature le prouvent suffisamment. Au reste , on peut admettre sans difficulté qu’une pareille consolidation de fibrine peut s’effectuer dans le sang de l’homme vivant, puisque le phénomène a lieu dans les veines. Dans celles-ci, en «

effet , le sang pénètre lentement et n’est plus soumis aux forts battemens du cœur et des artères desquelles il a reçu les secousses extraordinaires qui , dans les maladies inflammatoires , comme nous l’avons dit déjà, préparent la triple séparation du sang. Tel est le cas aussi, je crois, des sinus du cerveau; mais je ne puis pas l’admettre pour les oreillettes et les ventricules du cœur , où se

forment des polypes lorsque l’individu a succombé a une maladie inflammatoire, plus fréquemment qu’en toute autre circonstance. Et en effet , ces consolidations de fibrine se forment dans un organe si nécessaire a la vie, qu’elle s’éteindrait immédiatement après leur formation ; peutêtre se forment-elles seulement dans les derniers momens qui précèdent la mort. Si l’on procédait a quelques recherches dans d’autres veines et dans des circonstances analogues , il est probable qu’on trouverait de temps a autre des consolidations éloignées même du siège de l’inflammation , puisque, dans l’observation que nous venons de rapporter, la veine dans laquelle le phénomène s’est passé n’avait aucun rapport de voisinage avec le cerveau, siège de la maladie. Il n’est pas impossible que ces consolidations de fibrine dans les rameaux veineux, et peut-être aussi dans les capillaires, déterminent la paralysie ou autres phénomènes morbides consécutifs a l’apoplexie ou a d’autres affections inflammatoires du cerveau.

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