‹ Théorie de la phlogose [electronic resource] (volume 2)Chapitre 11 sur 66 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Consolidation de la fibrine hors des vaisseaux par extravasation capillaire. Cette extravasation s’opère à travers les pores des capillaires, comme celle du sérum. Variétés de l’extravasation fibrineuse. Empreinte de cruor dans la fibrine. Illusions qui font croire à la reproduction des vaisseaux.

Les consolidations fibrineuses dont nous avons parlé jusqu’à présent , appartiennent aux gros vaisseaux , dans lesquels on les rencontre toutes formées. Dans ce cas, la fibrine ne prend d’autre position ni d’autre forme que celles exigées pour qu’elle puisse se débarrasser des deux autres élémens, restant ainsi libre et dégagée tout au long d’une certaine portion du vaisseau; et, sous ce rapport , sa consolidation peut être comparée à la formation de la 'couenne au dessus du caillot du

sang enflammé, composée également par de la fibrine pure, avec cette différence qu’ici , par les circonstances exposées ailleurs , la fibrine n’a pu se séparer entièrement du cruor. Nous parlerons maintenant des cas dans lesquels une condition fort remarquable fait varier considérablement le phénomène de la consolidation ; et c’est lorsque la fibrine n’apparaît autrement, aux yeux de l’observateur, qu’extravasée des capillaires du réseau inflammatoire. Il faut pour cela qu’elle soit fluide, comme elle l’est réellement lorsque , mêlée aux autres élémens , elle circule avec le sang. Cette fluidité étant admise , il est évident qu’elle ne peut s’extravaser qu’a travers les pores des parois des capillaires veineux, qui, ainsi que nous l’avons démontré , sont les seuls qui forment le réseau capillaire inflammatoire, par cela même qu’ils sont les seuls gorgés de sang. La fibrine s’extravase donc par cette voie de la même manière que le sérum ; et si elle n’avait pas de sa nature ou n’acquérait

pas par l’inflammation une tendance a se consolider, une fois extravasée, conservant sa fluidité, elle constituerait une hydropisie comme le sérum,

et il n’y aurait de différence que par rapport à la quantité et a la qualité de la matière.

Dans les inflammations de la plèvre costale et pulmonaire , un des effets les plus évidens de la fibrine , qui en s’extravasant se consolide , c’est de se jeter au milieu des deux surfaces enflammées et d’y former un corps intermédiaire qui , adhérant a toutes les deux, les unit l’une il l’autre. Ces adhérences ainsi formées sont tantôt étendues , tantôt

limitées , parfois consistantes, d’autres fois molles,

offrant une grande variété de conformation et d’accidens concomitans. Nous avons déjà fait remarquer, en parlant du caillot du sang extrait dans l’inflammation, que la fibrine montre tout d’abord sa tendance a s’attacher partout et même il une surface solide , quoique fort peu propre a cela ; c’est au point qu’elle finit par adhérer a une partie et quelquefois même a tout le pourtour des parois d’un vase de cristal poli dans lequel a été recueilli le sang. On ne doit donc, pas s’étonner si entre les deux plèvres, surtout lorsqu’elles sont toutes les deux enflammées et ont un copieux réseau capillaire , l’extravasation de la fibrine forme

des adhérences tellement fortes que difficilement on peut les désunir, et souvent elles se laissent plutôt déchirer par la main qui cherche a pénétrer entre les deux feuillets.

Les grandes différences cependant que l’on rencontre dans ces consolidations de la fibrine n’em-

pêchent pas que la cause et le mode de formation de ces adhérences ne soient toujours les mêmes. Parfois la substance adhésive, peu étendue et molle, forme, pour ainsi dire, des brides ou des liens qui dans un ou plusieurs endroits attachent le poumon au thorax, mais si lâchement que la main, sans rien déchirer, peut aisément les détruire. Les consolidations fibrineuses ressemblent alors a des lambeaux de membranes auxquelles les observateurs peu experts attribuent une certaine organisation. C’est surtout a ces sortes de consolidations qu’on a donné le nom de pseudomembranes. Les différens points du réseau capillaire par où s’extravase plus ou moins de fibrine, les différentes époques de l’épanchement dans le cours de l’inflammation , les mouvemens du thorax , les nouvelles extravasations qui se font tout

prè9 d’autres qui les ont précédées de peu ou qui datent au contraire de loin , sont autant de circonstances capables de produire de grandes variétés parfois fort obscures et curieuses. Nous reviendrons, au reste, sur ce sujet, lorsque nous devrons examiner d’autres complications de l’extravasation . Nous rappellerons seulement ici, parmi les nombreuses variétés dépendantes de l’époque à laquelle •s’opère la séparation de la fibrine , ce que nous avons noté ( chap. ni , liv. i ) sur cette couenne molle et arrangée d’une manière si bizarre sur la couenne primitive dure qui se forme sur le sang a sa sortie de la veine. Nous rappellerons encore cette espèce de membrane de Ruisch , qui n’était autre chose qu’une pseudo-membrane qu’il produisait en agitant fortement le sang; expérience que chacun peut répéter a son gré. Quoique ces consolidations appartiennent a la classe de celles qui s’opèrent en dehors du corps , elles sont néanmoins propres a donner une idée assez exacte des diverses formes et des accidens auxquels la fibrine est sujette dans ses différentes extravasations ; et elles serviront toujours a éloigner davantage l’idée

qu’il puisse y avoir des membranes ou toute autre partie quelconque de corps solide organisées par l’inflammation ; ce qui n’est pas en effet , et cè qui ne peut pas être. Tout se réduit a une consolidation simple , mais variée , de la fibrine , lorsqu’elle s’extravase du réseau capillaire inflammatoire.

La oit la fibrine se consolide en adhérant aux membranes très enflammées , et par cela même avec un réseau capillaire très engorgé et copieux, elle a ordinairement une plus grande épaisseur; je l’ai vue conserver, sur la surface qui touche au réseau capillaire , l’empreinte des capillaires avec lesquels elle avait été en contact, et j’ai vu que ces empreintes rouges correspondent exactement aux ramifications de ces vaisseaux , puisqu’elles proviennent du cruor épanché , lui aussi , par les pores des capillaires ; et ceci est un des cas déjà indiqués ailleurs où le cruor s’extravase seul sans être accompagné par les autres élémcns ; ou bien ceux-ci le quittent après avoir été extravasés. Quelquefois j’ai trouvé ces empreintes tellement et si élégamment colorées , leur dessin était si régulier jusqu’aux dernières

ramifications , que de prime abord on les aurait prises pour autant de vaisseaux sanguins. D’autres fois le sang, épanché en grande quantité, se répand, et, dans son extension, il colore avec plus ou moins d’intensité , soit sous forme de taches , soit sous forme de petits points , la surface interne de la fibrine consolidée. J’ai vu cela très souvent sur la surface du cerveau et sur celle encore des intestins enflammés.

Mais , pour peu qu’on y fasse attention , personne ne se laissera tromper par de pareilles extravasations de cruor simulant une vascularité capillaire. D’un côté cependant , il est assez aisé d’être induit en erreur lorsque , au milieu de la fibrine extravasée , on voit quelques rares ramifications capillaires ou quelque petit vaisseau isolé dont il n’est pas facile de trouver les communications et les dépendances. C’est alors que ces capillaires paraissant subsister, pour ainsi dire , dieux - mêmes avec peu ou point de relation appréciable avec les autres capillaires , celui qui se plaît dans les singularités et n’apprécie pas , ou , pour parler avec plus d’exactitude , n’admet pas

runiformité indispensable des travaux de l’inflammation , celui-la est induit a croire légèrement avoir trouvé de petits vaisseaux de nouvelle formation. Comme ils sont ordinairement enveloppés par de la fibrine extravasée en plus ou moins grande quantité et différemment arrangée , de manière a présenter quelquefois l’aspect d’une membrane ; comme on ne peut pas , d’ailleurs , s’expliquer facilement de quelle manière les choses se passent , toutes ces circonstances concourent a obscurcir le phénomène et a tromper l’observateur.

Examinons maintenant de quelle manière on pourrait se rendre compte de cette transformation ou altération de parties , si propre à induire en erreur. Supposons que la fibrine s’extravase sur la surface tliorachique de la plèvre costale , et que l’extravasation s’opère lentement, chose indispensable, entre cette surface et quelques rameaux capillaires du réseau vasculaire ou de tout autre vaisseau qui ne soit pas entièrement capillaire ; supposons encore que cette extravasation s’opère de manière a ce que la fibrine , en s’accumulant et en se conso-

lidant , soulève peu à peu et détache de la plèvre les petits vaisseaux sous lesquels elle s’enfonce , soit qu’ils fassent partie du réseau capillaire , soit qu’ils appartiennent a quelque autre vaisseau plus important qui serpente sur ces parties . Ces suppositions n’admettent point de difficulté ; caria fibrine peut également s’épancher par chaque petite portion du réseau capillaire et par tout le réseau à la fois. Pour peu que ce travail se prolonge dans une partie quelconque, et que ce soit la surtout où quelque capillaire se prête plus facilement a être" d’abord soulevé et enfin détaché et déplacé de l’endroit qu’il occupait , il en résulte que la fibrine continuant a s’épancher, elle s’accumule peu a peu , se consolide et fait ainsi ressortir toujours davantage le décollement et le déplacement des capillaires. Si l’on veut maintenant réfléchir a quelle distension peuvent être forcées , sans se rompre , les parties animales vivantes et molles , lorsque cette distension est lente et continue , comme on le voit tous les jours dans les grossesses, dans les ascites et dans la formation de tumeurs en

dedans et a la surface du corps , on n’aura aucune difficulté à concevoir combien une pareille cause , agissant de cette manière, peut détacher et déplacer différemment, selon les localités et les autres circonstances concomitantes, de petits vaisseaux très fins et très flexibles, comme les capillaires dont il est ici question. Je ne dirai pas avoir cherché tout exprès des altérations de ce genre, mais j’ai eu occasion de les trouver quelquefois par hasard. D’abord je les vis sans trop m’en rendre compte , et plus tard je so upçonnai la manière dont les choses pouvaient se passer. Cependant les observations m’ont manqué par la suite , et a mon grand regret je n’ai plus eu l’occasion d’éclaircir celte question autant que je l’aurais voulu.

Si quelqu’un veut bien se livrer a des recherches de cette nature sur le cadavre , si tant est qu’il en ait le désir et la patience , il rencontrera tôt ou tard de semblables irrégularités , qu’il pourra rendre plus apparentes encore par des injections. On combattra ainsi l’induction antilogique qui fait croire a la génération de nouveaux vaisseaux par l’inflammation , tandis que

l’inflammation se borne à déplacer plus que de coutume et a envelopper par de la fibrine de petits vaisseaux préexistans. Il est utile encore de se rappeler ici ce que nous avons dit ailleurs sur les difficultés insurmontables que l’on rencontre en admettant cette sorte de génération. Nous ferons observer, enfin, que dans le phénomène de la distension on a un effet contraire a celui de la compression , produite elle aussi par la substance qui s’extravase du réseau capillaire inflammatoire, comme nous en avons cité ailleurs quelques exemples très remarquables par rapport au poumon , au cerveau et au foie. Ainsi deux effets qu’on peut dire en opposition l’un à l’autre , dépendent réellement d’une seule et même cause , sauf la différence seulement des circonstances locales. Dans un cas , la fibrine consolidée et accumulée , ou la matière purulente fluide , produites l’une et l’autre par l’extravasation , en voulant vaincre la résistance opposée par un organe solide , le dépriment , l’écrasent , pour ainsi dire, en partie , jusqu’il simuler d’avoir détruit ce qui en réalité n’a pas été détruit. Dans

l’autre cas , on croit voir de nouvelles générations organiques oîi il n’y en a réellement pas ; et tout se borne a des distensions et à des déplacemens de parties. Tout cela se réduit donc, en dernière analyse , a des illusions produites par une observation peu attentive et par une fausse application de la logique.

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