‹ Théorie de la phlogose [electronic resource] (volume 2)Chapitre 9 sur 66 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

de l’épiderme s’en est suivie, ait produit ensuite et instantanément un épanchement abondant de sérum dans telle ou telle région cutanée, sans douleur ni rougeur a la peau, qui reste , au contraire , assez pâle ? Si l’on compare la rapidité avec laquelle s’opère cet épanchement a la lenteur de l’épanchement opéré par le phlegmon , où il y a réseau inflammatoire (chose démontrée par les produits auxquels donne lieu cette affection), on croirait devoir en conclure que dans ces hydropisies , quoiqu’elles soient positivement de diathèse sthénique, l’épanchement de sérum est déterminé autrement que par un réseau inflammatoire. Il est certain toutefois qu’il provient des capillaires sanguins, car, de toutes les manières , le sérum ne peut sortir que du sang. Mais s’il y a épanchement et s’il est le produit du sang contenu dans les capillaires, comment pouvons-nous comprendre que ces capillaires laissent sortir le sérum à moins d’avoir été d’abord engorgés et distendus par le sang ?

Un autre exemple que nous rapporterons ici , quoiqu’il semble différer totalement de la scarlatine, et qui a cependant quelque analogie avec

— Si

cette affection, nous éclaircira davantage le fait précédent. Les pustules de la gale, lorsqu’elles paraissent, contiennent un peu de sérum. La gale n’est pas une maladie fébrile comme la scarlatine , mais elle est également contagieuse. Il faut même dire que, tandis que dans les autres maladies contagieuses on ne peut pas encore montrer en quoi consiste le virus , et il faut seulement le supposer par le raisonnement, ici on peut le voir a l’aide d’une loupe et souvent même a l’œil nu. Un insecte du genre des acarus est celui qui produit la petite pustule séreuse; il pénètre et se loge au dessous de l’épiderme qu’il détaclie de la peau sous-jacente. Il en résulte qu’un peu par le décollement de l’épiderme et un peu par l’irritation que l’acarus détermine par ses mouvemens sur la peau dénudée et sur ses petits capillaires, ces mêmes capillaires doivent certainement se resserrer. Mais, d’après les expériences de Spallanzani , nous savons qu’un resserrement de vaisseaux augmente la vitesse du sang ; par conséquent , la circulation capillaire devra augmenter dans la petite aréole de la peau occupée par la pustule psorique; et cela suffit ,

comme nous le verrons ensuite , pour déterminer le suintement de cette petite quantité de sérum qui remplit la pustule. Nous pourrions maintenant appliquer le fait et l’induction au virus de la scarlatine, nous conformant a ce que nous avons dit déjà sur la nature des virus, c’est-à-dire que ce sont nécessairement des matières vivantes. Il y a cependant entre ces deux cas une différence notable , et c’est que l’action de l’acarus de la gale se borne à la surface de la peau; l'a se termine le travail de la gale, c’est-a-dire l’affection finit avec l’exanthème, qui se propage en étendue et nullement en profondeur. Dans la scarlatine, au contraire, lorsqu’elle est suivie par l’hydropisie , il y a deux travaux morbides qui se succèdent : le premier se passe a la surface de la peau , ou , pour mieux dire , entre l’épiderme et la peau sous-jacente; le second, la cause contagieuse , ayant pénétré plus profondément , agit sous la face interne de la peau, entre celle-ci et la couche de tissu cellulàire sous-jacente. C’est la précisément que l’hydropysie cutanée se forme, occasionnée probablement par les animalcules de la scarlatine qui ont pénétré jusqu’à

cette profondeur. Ceux-ci, en effet, agissant comme les acarus de la gale sur les capillaires internes de la peau, mais dans une plus grande étendue et sans avoir a soulever l’épiderme , peuvent y déterminer un épanchement séreux, c’est-à-dire l’hydropisie. Si j’avais a traiter particulièrement de cette matière , je devrais noter ici et éclaircir quelques autres différences, en même temps que j’indiquerais d’autres analogies existant entre ces deux cas; mais, ayant touché cette matière, pour ainsi dire , accidentellement , nous n’en dirons pas davantage. Je ferai seulement remarquer que je n’ai pas voulu présenter deux cas identiques , mais seulement analogues.

Revenant à notre sujet, c’est-à-dire au petit engorgement qui a lieu dans les capillaires, nous ajouterons que dans les deux cas cités il ne peut pas y avoir de fort réseau , par cela même qu’il n’y a pas une augmentation générale du mouvement circulatoire, et peut-être aussi parce que la peau n’est pas très fournie de capillaires comme les membranes viscérales ; on ne saurait nier cependant qu’il n’y ait un commencement de réseau

suffisant pour produire l’effet mentionné. Si, en effet, on admet un surcroît d’activité dans la circulation capillaire , on comprend aisément que les capillaires artériels , très contractiles de leur nature , doivent se contracter un peu plus qu’a l’ordinaire et pousser un peu plus de sang que de coutume dans les capillaires veineux, naturellement dila-

tables. On aura ainsi une espèce d’embryon de réseau capillaire opéré par l’activité et par la passivité des deux espèces de capillaires. Dans la gale , l’effet sera limité au point où l’acarus forme les pustules ; dans l’hydropisie produite par le virus de la scarlatine , l’effet s’étendra a toute la portion de la face interne de la peau sous laquelle les animalcules sont parvenus a s’insinuer et dont ils ont irrité les capillaires. Nous nous sommes prévalus des expériences de Spallanzani pour ce qui a rapport au resserrement des vaisseaux et a l’augmentation de vitesse dans la circulation du sang. Ces expériences furent faites par le moyen mécanique de la pression , tandis qu’ici c’est l’irritation sur la fibre vivante qui doit produire le resserrement. Par cela même il faut en déduire que l’ac-

tion doit être sentie seulement par les capillaires artériels propres à la percevoir, et non par les veineux , qui ne peuvent se contracter à cause de la plus grande quantité de sang qu’ils contiennent.

Il y a d’autres causes d’extravasation séreuse propres aux caustiques appliqués a la peau. Il suffira d’en citer deux : le calorique et les cantharides. Une application de calorique a la fois rapide et forte , sans être cependant excessive , soulève l’épiderme , qui , en peu de minutes , se remplit de sérum. Quoique ce fait paraisse peu important , il est assez difficile de pouvoir s’en rendre raison. L’action primitive du calorique sur l’épiderme , matière animale , mais sans vie , et sur laquelle le calorique ne peut déterminer, dans le premier moment, qu’une prompte dilatation ; l’action primitive, dis -je, du calorique n’est peutêtre autre que celle de détacher, par la dilatation , l’épiderme de la peau vivante sous-jacente. La peau, au contraire , par cela même qu’elle jouit de la vie , est irritée par le calorique , subit dans ses capillaires le même effet que nous avons trouvé dans les cas précédens, et produit de la meme

manière l’épanchement de sérum ; d’où résulte la formation de la vessie a l’endroit même où l’épiderme s’est soulevé , donnant ainsi lieu a ce que le sérum s’y ramasse. L’action des cantharides , quant au décollement de l’épiderme de la peau sous-jacente, paraît être identique a celle du calorique, par cela même que les caustiques n’agissent sur les parties animales que par une combustion , avec cette différence que leur action est beaucoup plus lente.

Les extravasations de sérum qui accompagnent souvent les fièvres intermittentes des marais et des lieux humides en général , et forment surtout les anasarques et les ascites, ne sauraient d’aucune manière être séparées des autres épanchemens dépendans d’un réseau inflammatoire, par cela même que dans ces cas également la diathèse de stimulus est toujours évidente, et l’on trouve souvent dans les cadavres les traces des inflammations lentes dont les malades furent atteints. Mais , pour découvrir en quoi consiste la cause des fièvres périodiques dont les phénomènes sont d’ailleurs si remarquables , et comment cette

même cause introduite dans la peau ou transportée dans quelque cavité peut déterminer ces extravasations de sérum , il faudrait chercher d’abord une chose encore plus curieuse et plus obscure, c’esta-dire en quoi consiste ce qu’on a nommé miasme des lieux humides ou marécageux , inconnue d’un problème qui est encore a résoudre. Cette recherche cependant étant tout- a- fait étrangère a l’argument que nous nous sommes proposé de traiter, nous ne nous en occuperons pas.

Nous citerons enfin les cas qui méritent réellement d’être appelés exceptionnels , et ce sont ces épanchemens qui se produisent sous l’influence d’une diathèse de contre-stimulus ; ils se maintiennent et augmentent sous cette même diathèse , et ne peuvent être guéris que par un traitement stimulant énergique. Je rapporte un cas de cette nature dans Y Appendice , première Série , Obs : XIV. Il s’agissait d’une anasarque très grave avec hydrothorax , produite par la diminution des stimulans ordinaires et nécessaires ; cette affection , énormément augmentée et amenée presque a une terminaison fatale par un

traitement contre-stimulant, céda à de hautes doses d’opium et de vins choisis , accompagnés par une nourriture analogue. Il faut également énumérer, parmi les cas exceptionnels , une autre • observation de la meme Série , Obs : XI. 11 survint au genou un gonflement extraordinaire , produit évidemment par un fort épanchement de sérum : c’était une hydropisie du genou. La formation de cette hydropisie fut très rapide ; la diathèse était de contre-stimulus, le traitement employé stimulant. Le succès fut complet et sans la moindre suppuration. Voila donc deux exemples d’épanchement qui ont eu lieu sous l’influence d’une diathèse opposée a celle de l’inflammation . L’épanchement n’a donc pas été produit par le

réseau inflammatoire ; cependant il devait provenir de capillaires sanguins, puisque ce sérum ne peut sortir que de la où il y a du sang. On ne peut rien déduire de plus de ce fait, et je ne saurais, quant a sa cause , comment le faire concorder avec les autres provenant d’une cause opposée. Je ferai seulement observer que nous avons , relativement a cette matière , un fait général qui s’accorde avec

celui que nous venons de citer : ce fait, d’ailleurs très important et que l’on rencontre souvent dans l’exercice de notre art, est que l’on voit des symptômes et des maladies en apparence identiques ,

et cependant avec une diathèse opposée.

Je pourrais ajouter d’autres observations, que j’ai recueillies , d’hydropisies produites par des causes contre-stimulantes; mais, pour le moment, les deux déjà citées nous suffisent. Néanmoins , je suis bien aise d’en rapporter une autre que j’ai pu recueillir tout dernièrement encore (1835). Un de mes amis , graveur sur fin , qui laissera de lui un nom illustre tant que les beaux-arts vivront , fut atteint successivement d’hypocondrie , de dyspepsie, d’une faiblesse musculaire extraordinaire et d’inaptilude a ses travaux. On lui conseilla un régime très doux, l’usage des purgatifs, en un mot, un traitement débilitant qu’il suivit pendant quelque temps. Il était réduit a un état fort peu satisfaisant, lorsqu’il s’aperçut que dans toute l’enveloppe cutanée et a la figure meme il y avait un gonflement considérable. Les remèdes dits diurétiques lui furent administrés, mais l’estomac ne

pouvait pas les supporter. C’est alors qu’il vint me voir, poussé d’ailleurs par l’ancienne amitié qui existait entre nous. Réfléchissant a ce que le mal avait toujours augmenté sous l’influence d’un traitement débilitant, je crus devoir soumettre le malade h un traitement tout opposé. Un assez fort épanchement de sérum, survenu dans son enveloppe cutanée , ne m’éloigna pas de cette pratique. L’opium , le vin et un régime nourrissant lui rendirent la santé, dont il jouit depuis plus d’un an , et l’anasarque commençant disparut complètement.

Je citerai encore a ce sujet un autre cas observé au commencement de ce siècle , cas que j’avais déjà complètement oublié, et dont j’ai dû me souvenir tout récemment , ayant eu occasion de revoir l’individu qui me fournit cette observation. Un serrurier, de formes athlétiques , fut pris d’une douleur très forte au genou droit avec gonflement, qui, à en juger par la couleur, .ne paraissait pas de nature inflammatoire ; ce gonflement augmenta rapidement et, à mon avis, il dépendait d’un épanchement de sérum. Cependant tous ceux qui

avaient vu le malade et s’étaient chargés du traitement, avaient jugé la maladie de nature inflammatoire. Conséquemment on le traita par les saignées et par tout ce qui constitue la méthode anti -phlogistique ; mais il n’y eut point d’amendement ni dans la douleur, ni dans le gonflement du genou; l’état général du malade empira même d’une manière notable. Je le traitai par l’opium a haute dose , de sorte que toute la tumeur disparut et le genou revint dans son état normal. Une fois rétabli, cet homme continua à éprouver, de temps a autre, quelques douleurs au genou, pour peu qu’il fît usage de remèdes débilitans , conseillés par des amis ou par quelque médecin. Un médecin , entre autres , lui conseilla le quinquina et une décoction de salsepareille ; mais le malade s’aperçut bientôt , a ses dépens , des mauvais effets d’un semblable conseil, et revint promptement a l’usage de l’opium et du vin. Depuis lors sa santé a été fort bonne et se conserve encore telle aujourd’hui après plus de trente ans.

Les quatre cas ci-dessus cités , appartenant évidemment a une diathèse grave de contre-stimulus,

sont forts clairs et confirment, sans commentaires, le fait général que j’ai tantôt rappelé. Il est probable que ces hydropisies , produites par diathèse de contre-stimulus, trouveront peu ou point d’appui auprès des médecins qui , dans le traitement des hydropisies , ne se sont jamais éloignés des diurétiques ou des purgatifs et de tout ce qui constitue, en un mot, la méthode anti-phlogistique ; s’ils n’osent peut-être pas nier les faits , ils les considéreront comme cas extraordinaires et peu dignes • de leur attention. Mais, quant a moi, l’expérience m’a appris que si ces sortes d’hydropisies ne sont pas communes, elles ne sont pas non plus rares ; et je pense que si les médecins veulent fixer sur ce point leur attention , ils trouveront parfois des faits de cette nature , et pourront heureusement guérir des hydropisies empirées par l’usage des diurétiques et des purgatifs.

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