‹ Théorie de la phlogose [electronic resource] (volume 2)Chapitre 18 sur 66 · Tome · texte numérisé non relu

Tome

chaient lâchement le poumon a la plèvre costale enflammée aussi , mais beaucoup moins que du côté gauche. Le poumon offrait a différons endroits des commencemens d’hépatisation. De ce côté donc l’inflammation i quoique considérable , ne présentait aucune métamorphose extraordinaire , rien qui amenât a aucune conclusion relative a ce que le poumon gauche avait fait observer. Les phénomènes de la cavité thorachique gauche sont donc les seuls , dans ce cas-ci , desquels on puisse tirer quclquesinduclions justes et capables d’éclaircir le mode de formation de la matière purulente.

Il y a encore une remarque a faire et qui prouve l’heureux effet de l’opération de l’empyème dans le premier des deux cas cités. On comprend, de manière a n’en pas douter , que dans celui-là le poumon était seulement comprimé par la masse de la matière purulente , sans qu’aucune pseudomembrane fût là pour le retenir et l’empecher de se dilater dès que la compression exercée par le fluide aurait cessé. Dans le second cas , au contraire, deux circonstances très graves étaient survenues : l’abondance de la matière demi-fluide qui

encombrait une grande partie de la cavité tliorachique, et la pseudo- membrane surtout qui ne permettait pas que le poumon pût reprendre ses fonctions circonstances qui auraient rendu complètement inutile l’opération de l’empyème , si on l’eût pratiquée.

Enfin , je ne terminerai pas sans recommander aux chirurgiens qui seront consultés, dans des cas identiques ou analogues , sur la convenance ou l’inconvenance de l’opération de l’empyème , de ne pas être trop tardifs a la pratiquer. Il est certain que cette opération n’a qu’une.bien faible probabilité de succès ; mais , d’un autre coté , si on ne la pratique pas , le malade est voué a une mort certaine ; et une probabilité de succès, si faible qu’elle soit, doit toujours être préférée a la certitude d’une funeste et prompte terminaison. Cette conclusion est claire et irréprochable. Cependant, parmi les premiers chirurgiens appelés l’un après l’autre, selon l’usage d’alors , a donner leur avis dans le premier cas qui se termina heureusement , tous furent d’un avis absolument opposé au mien, excepté Monteggia , qui était le plus jeune de tous. Néanmoins, a cette

meme époque , il y avait , parmi les chirurgiens de l’hôpital civil des hommes de beaucoup démérité. Est-ce a un défaut de courage ou de pénétration , est-ce à tout autre motif qu’il faut attribuer leur répugnance pour l’opération ? C’est ce que jene sais pas. En attendant, non seulement on a pu sauver la vie a un homme , mais encore on a consigné dans l’histoire médicale un fait utile , capable , dans quelques autres cas, d’une application heureuse. Que si malheureusement cet individu eût succombé, l’examen du cadavre n’aurait pas suffi à persuader aux incrédules que cette tentative pouvait être faite avec quelques chances de succès. Ils n’auraient jamais admis que le poumon eût pu se dilater par la seule inspiration de l’air atmosphérique et reprendre ses fonctions, ainsi que cela a dû se passer. Quelques années auparavant il y avait eu, dans la clinique de Pavie, une jeune fille chez laquelle on avait cru reconnaître un empyème qu’on crut devoir opérer ; mais le jugement fut tellement erroné que , au lieu d’un empyème , il s’agissait d’une inflammation très récente du poumon et des muscles intercostaux du même côté.

Un journal médical de l’époque publia l’histoire de ce cas et l’accompagna d’une critique bien méritée. La jeune fille fut victime du diagnostic porté par un homme très haut placé dans la hiérarchie chirurgicale et qui n’est plus vivânt aujourd’hui. Les hommes de l’art , en comparant l’observation que j’ai rapportée au cas que je rappelle ici , jugeront de la prudence respective qui a servi de base aux deux diagnostics , et sentiront quelle justesse d’esprit est nécessaire au médecin comme au chirurgien pour amener a une heureuse terminaison des cas entourés d’une aussi grande obscurité.

Page 1