‹ Théorie de la phlogose [electronic resource] (volume 2)Chapitre 3 sur 66 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

existaient déjà , et puissent s’aboucher avec eux assez exactement pour remplir les memes fonctions que ceux qui se sont développés lentement et en même temps que l’animal, ainsi qu’il faudrait le supposer dans le cas des inflammations aiguës ?

Au surplus , il ne faudrait pas croire trouver un exemple de cet abouchement des capillaires dans les légères blessures dont on rapproche les lèvres, et qui se cicatrisent de cette manière très promptement. Cette réunion ne saurait se former et ne se forme réellement pas par la rencontre ou coaptation exacte des petites bouches des capillaires qui ont été coupés des deux côtés de la plaie ; elle est entièrement due a la fibrine , ainsi que nous éprouverons par la suite, sans prolongement aucun des extrémités vasculaires , sans la moindre reproduction de fibres ; c’est-a-dire que les capillaires qui environnent la surface coupée s’engorgent et s’enflamment légèrement, de sorte que la fibrine, s’extravasant et se consolidant entre les deux surfaces, finit parles réunir. Les orifices des capillaires coupés restent ainsi bouchés au lieu de se prolonger , et la circulation continue d’avoir lieu

par tous les autres capillaires intacts, sans que la partie ait nullement a souffrir de ce changement. Au reste, nous pouvons nous- mêmes juger de ce qui se passe au dedans , en examinant la peau a l’endroit même où la blessure a eu lieu : la cicatrice est opérée par la fibrine, qui ne revêt jamais ni l’aspect , ni l’organisation de la peau , et rappelle sans cesse a l’œil la solution de continuité qu’il y a eu auparavant. Cela se voit également dans la plus petite cicatrice de la saignée la mieux pratiquée; et les chirurgiens savent toute la difficulté qu’ils éprouvent lorsqu’ils sont forcés de repasser avec la lancette sur les cicatrices des saignées précédentes.

Nous ne nierons pas, cependant, que quelques orifices capillaires ne puissent s’aboucher avec ceux placés du côté opposé , et rétablir ainsi la circulation entre les deux surfaces coupées; nous en voyons probablement un exemple dans le peu de vie qui reste encore a la portion de nez artificiel , ainsi qu’on l’a pratiqué depuis Tagliacozzi , vie tellement languissante que le moindre froid ou toute autre cause délétère parvient facilement a l’étein-

dre. Si , dans cc cas , il ne se rétablissait pas quelque communication entre les capillaires coupés, la partie ne pourrait pas vivre. Mais pour comprendre cet abouchement , il n’est nullement besoin de supposer la reproduction d’une seule fibre vivante ; il suffit que la fibrine , s’extravasant des veines l'a où il en faut, agisse comme d’ordinaire, c’est-à-dire qu’elle lie et consolide l’un avec l’autre les orifices que le hasard a fait mettre en contact réciproque. Il n’y a en cela aucune sorte de régénération , et comme cet abouchement des capillaires dépend nécessairement d’un concours fortuit de circonstances variables, il doit avoir lieu rarement ; car il faut, en effet, que les orifices des capillaires d’un côté correspondent exactement à ceux du côté opposé, et il faut, en outre, que la fibrine s’extravase des veines et se consolide promptement autour de ces orifices sans les boucher. 11 n’est donc pas étonnant qu’il y ait peu de circulation et que bien peu de vie reste dans cette portion de nez qu’on peut appeler postiche. Pour rendre plus visible le travail qui a lieu en ce cas, il serait très utile, je crois, de pratiquer

quelques injections sur le cadavre, la où se sont opérés les phénomènes de l’adhésion ; c’est une

chose a laquelle je ne pense pas qu’on ait songé

jusqu’à présent, du moins dans ce but. En attendant, nous regarderons comme chose démontrée que , supposer la régénération de la moindre portion d’un capillaire pour expliquer cette réintégration de continuité, c’est supposer tout ce que les faits nient; tandis qu’attribuer cet effet a la fibrine, que l’on voit, dans tout autre cas, être l’unique agent de semblables phénomènes , de la manière tantôt expliquée, c’est raisonner avec justesse, c’est expliquer le phénomène, tout en évitant les contradictions et l’absurde.

Au reste, nous sommes loin d’admettre le moindre rapport entre le cas dont nous venons de parler et celui de l’abouchement de vaisseaux qu’on suppose nouvellement régénérés avec ceux existant déjà dans le réseau capillaire inflammatoire. Peut-on croire que les anciens vaisseaux se rompent pour venir ensuite s’aboucher avec les vaisseaux de nouvelle formation? Qui a observé de semblables faits ? qui en a parlé ? qui peut en

admettre seulement la probabilité:’ Lorsqu’on dévie de la réalité, on est arrêté a chaque pas par de nouvelles difficultés qu’on ne parvient jamais a aplanir.

Pour ce qui est de la régénération de la peau , la chirurgie éclaircit suffisamment la question dans tous les cas où l’on pourrait avoir quelques doutes. On doit citer, avant tout, les expériences qui excluent directement cette régénération. Que l’on marque d’abord trois points, avec le nitrate d’ar gent, autour d’une plaie convenablement située, de manière a circonscrire l’aire de la plaie et qu’en même temps chacun des trois points soit a une petite distance des bords ; a mesure que l’aire inscrite se resserre , le triangle se rappe tisse , et néanmoins les points ne s’approchent pas des bords de la plaie. Dès que la cicatrice est achevée , le triangle sera aussi petit que le cas le comporte, et ne diminuera pas davantage ; ce dont nous verrons bientôt la cause. En attendant, il faut en -conclure que les bords de la plaie ne se sont pas prolongés de la circonférence au centre, et il n’y a pas eu de peau régénérée. J’ai fait cette expérience

à Pavie, vers la fin du siècle dernier, et je l’ai depuis répétée plusieurs fois a Milan dans mes cliniques et dans ma pratique privée. Un de mes amis, homme d’un grand mérite, M. Rossi, professeur de clinique chirurgicale a Parme, démontre a ses élèves le même fait en procédant d’une autre manière. Si la plaie se trouve assez rapprochée d’une proéminence osseuse , il marque sur celle-ci un point avec le nitrate d’argent ; a mesure que la plaie se rétrécit , le point marqué descend d’où il avait été placé, et cependant le bord de la plaie ne se prolonge pas a partir de ce même point; ce qui indique évidemment que la peau n’a été aucunement régénérée. Passons a quelques autres faits par lesquels nous parviendrons a la même induction.

L’ancienne méthode d’amputer les membres en coupant au même niveau lapeau, les muscles etles os, outre l’inconvénient de prolonger le temps nécessaire a la formation de la cicatrice, rendait celleci tellement vicieuse , qu’à chaque instant elle se rouvrait. Le but principal des nouvelles méthodes est de sauver assez de tégumenspour pouvoir recou.

vrir solidement lout le moignon, Néanmoins on a continué a croire qu’il y a une certaine quantité de peau régénérée, mais pas en quantité suffisante , quoique les expériences sus-indiquées prouvent qu’il ne s’en reproduit point. On sait encore toute la peine qu’on a pour obtenir la cicatrisation des plaies avec grande perte de tégumens j et il faut ajouter que la cicatrice qu’on obtient en pareille circonstance n’est pas toujours de longue durée : ce qui doit être rapporté au même principe , c’est-'a-dire que la peau ne se reproduit pas. Si, d’ailleurs , les bandages bien appliqués peuvent , dans les cas de larges plaies avec perte considérable de tégument, produire de bons effets, ce n’est certainement pas qu’ils contribuent a régénérer une portion de la peau, mais parce qu’ils tendent a ramener la peau, qui prête toujours considérablement , des parties même assez éloignées des bords de la plaie vers son centre. Et lors même qu’on n’a pas besoin d’appliquer cette traction forcée sur la peau, il y a toujours une certaine traction dans la peau abandonnée a elle-même , et nous en expliquerons plus tard le mécanisme. Les plaies circulaires

ont aussi une cicatrisation fort lente , ce qui n’aurait pas lieu si la peau se reproduisait a partir de ses bords; cela dépend de ce que la forme circulaire sert elle-même d’obstacle a la force attractive, ainsi que nous le verrons par la suite; mais , avant tout , il faut détruire l’idée d’une régénération qu’on croit avoir lieu a la surface d’;une plaie lorsqu’elle se couvre de bourgeons. Cependant, comme nous avons a traiter ailleurs de la granulation et de quelques autres questions qui s’y rattachent, nous n’en dirons pas davantage dans ce chapitre.

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