‹ Théorie de la phlogose [electronic resource] (volume 2)Chapitre 23 sur 66 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Granulation des plaies. Langage erroné. Réseau capillaire du lissu cellulaire de la surface ulcérée. Extravasation de fibrine en dedans et en dehors des cellules. Les cellules remplies de fibrine offrent l’aspect de la granulation. Comparaison avec l’hydropisie du plexus choroïde. Erreur commise à ce sujet. La granulation ne prouve pas que l’inflammation reproduise de la matière vivante. Granulation fournissant les matériaux nécessaires pour suppléer aux portions d’os qui manquent.

Dans la granulation des plaies, les chairs, appelées ainsi fort improprement , augmentent au point que de leur niveau inférieur elles remontent jusqu’à la surface de la peau et la surpassent même par fois. Au fur et à mesure que cette élévation s’opère,

la surface de la plaie se recouvre entièrement de petites proéminences ou bosses inégales : c’est ce qui a fait donner le nom de granulation a ce travail. Or, qu’est et en quoi consiste la granulation des plaies ? Quelles sont ces chairs qui végètent ou , pour mieux dire, qui augmentent de volume ? Serait-ce une sorte de reproduction de matière vivante opérée par la phlogose ? car cette augmentation est un fait évident, et, jusqu’il un certain point, commensurable. Simplifions et nous parviendrons a éclaircir la question.

Le fond d’une plaie , sauf quelques cas rares dépendant de causes particulières , est constitué par du tissu cellulaire. Ce tissu , dans son état

normal, est blanc ; cependant le fond d’une plaie

paraît rougeâtre, et cela doit être par cela même que ce tissu cellulaire est enflammé , c’est-à-dire que ses capillaires , très déliés , se trouvent gorgés de sang plus que d’habitude et gonflés; en un mot, il y a réseau inflammatoire. Parmi ces capillaires quelques-uns serpentent à la surface externe , d’autres à la surface interne de la plaie et sont peut-être ici plus copieux , parce qu’ils doivent v sécréter la

matière adipeuse éparse dans les cellules. Mais dans l’état de phlogose ces capillaires , formant le réseau inflammatoire, ont encore une autre fonction, celle de laisser extravaser, par leurs pores,

du sérum et de la fibrine , ou séparément ou tous

les deux a la fois. La fibrine doit pourtant s’extravaser en plus grande quantité; car, ainsi que nous le voyons dans tous les cas de phlogose , c’est elle qui forme si fréquemment des adhérences, des pseudo - membranes , des consolidations , qu’on trouve dans la plèvre , dans le péritoine , dans les intestins , dans les méninges , dans le poumon , et partout enfin où il y a un travail de phlogose. Par conséquent, le tissu adipeux, construit a petites cellules dont les parois sont fort minces , doit nécessairement donner aux capillaires plus de facilité a opérer ces extravasations en dehors et en dedans des cellules. Quelles sont les conséquences de ce travail ? Deux : 1° en s’extravasant sur la surface externe de la plaie , le sérum et la fibrine ,

soumis , comme ils le sont en effet , a l’action aug-

m entée du calorique , se réuniront intimement pour se convertir en fluide purulent; 2° en s’extra-

y asant en dedans des cellules , celles-ci se gonfleront et exhausseront d’autant le fond de la plaie.

Ces deux extravasations diffèrent sur un point, et c’est relativement a l’endroit où elles s’opèrent. Analysons- les a présent et nous parviendrons à connaître la cause des différences que l’on trouve et dans leurs phénomènes et dans leurs produits. A la surface de la plaie les élémens extravasés forment la matière purulente, qui se répand librement sur toute la surface ulcérée , lorsqu’aucun obstacle ne la retient; elle ne peut pas par conséquent s’y accumulerengrandequantité, d’abord parce qu’elle s’attache en partie a la charpie qui recouvre ordinairement la plaie, et d’ailleurs on emporte dans le pansement journalier presque tout ce qui reste; de sorte qu’il n’y a ni lieu, ni temps pour l’accumulation successive de matière fluide. Néanmoins, comme il faut aussi un peu de temps pour que le calorique opère la juste combinaison des deux élémens d’oii provient le troisième, d’une apparence uniforme telle que doit l’avoir la matière purulente, il s’ensuit que si on enlève l’appareil plus tôt qu’il ne faut, a la place d’un fluide dense, blanchâtre, opa-

que comme la matière purulente perfectionnée, on trouve la surface de la plaie recouvertepar un fluide ténu, séreux, transparent. C’est précisément de ces phénomènes aussi visibles que les anciens déduisirent leurs doctrines , très répandues ensuite dans les écoles et dans le langage des praticiens, de coction , dont nous avons déjà parlé ailleurs (liv. ni, chap. x), de crudité et de matières cuites et crues. Ils les appliquèrent même plus qu’il ne fallait, et au delà des limites de la réalité, aux maladies internes fébriles. Cependant, dans les bronchites et dans les pneumonies, affections où il y a expectoration , ils parlèrent avec plus de justesse encore qu’ils ne croyaient, etdirentplus qu’ils nepouvaient démontrer ; car , en effet , l’action du calorique sur les deux élémens extravasés peut, jusqu’à un certain point , être assimilée a une sorte de coction , et le produit a une matière cuite. Mais assez sur l’extravasation a la surface externe.

Relativement a l’extravasation en dedans des cellules , il faut noter plusieurs circonstances. D’abord , tout ce qui s’extravase des capillaires reste nécessairement renfermé dans la Cavité des cellules,

et a mesure que l’extravasation augmente , elles doivent acquérir , chacune en particulier , plus de volume que d’ordinaire , et constituer cette surface h petites proéminences ou petites bosses qui représente une véritable granulation.

Et que l’on ne nous oppose pas que les cellules, plutôt que de se gonfler par le surcroît des deux élémens qui s’y extravasent , devraient laisser suinter de leurs pores toute la matière , a mesure qu’elle s’y accumule. Pour répondre a cela , il suffit de faire observer qu’elles ne laissent pas même suinter de leurs parois la graisse qu’elles contiennent par fois en grande quantité , comme on le voit chez les personnes grasses , et pas même l’eau dans les cas d’anasarque, quoique cependant le tissu adipeux en soit gorgé. Il est probable aussi que les parois des cellules, enduites toujours d’une matière huileuse , sont par cela même moins perméables a l’une et a l’autre de ces deux substances; d’où il suit que lorsqu’il y a phlogose , trois substances différentes se trouvent nécessairement renfermées dans les cellules dilatées : le sérum , la fibrine et la graisse. Ceci rend de plus en plus évident que les

cellules clu tissu adipeux doivent se transformer en autant de petites tumeurs, ce qui veut dire constituer la granulation , plutôt que de se vider des

matières qu’elles reçoivent, et laisser ainsi le fond

de la plaie plat et lisse.

Il faut tenir compte encore d’une autre circonstance, et c’est que la fibrine, recueillie et comprimée dans ces petits espaces, ne trouvant aucune issue pour se répandre, suivra sa tendance naturelle

a se consolider partout où , en s’extravasant, elle

rencontre quelque chose de solide pour s’y attacher. De cette manière la granulation des plaies présente une surface assez résistante ; on la dit de bonne nature lorsqu’elle ne s’élève ni trop rapidement, ni avec trop de vigueur; on la dit , au contraire, de mauvaise nature lorsqu’elle est molle et baveuse. Il est évident, dans ce dernier cas, qu’il s’est extravasé plus de sérum que de fibrine dans les cellules, et l’on peut considérer une pareille granulation comme tendant a l’hydropisie.

Lorsqu’on trouve des inflammations des membranes du cerveau où il s’est extravasé beaucoup de sérum et peu ou point de fibrine, de sorte qu’il

n’y a pas ou presque pas eu formation de matière purulente , on rencontre ordinairement beaucoup de sérum épanché dans les ventricules , et l’on voit

le plexus choroïde gonflé. Pour peu qu’on y fasse

attention , on s’aperçoit qu’il a pris un aspect tout vésiculaire. Le volume des vésicules est très irrégulier, et j’en ai trouvé par fois de grosses comme un grain de maïs. Or, ce plexus est entièrement formé par des vaisseaux sanguins réunis faiblement par un peu de tissu cellulaire très mince , et les vésicules ne sont autre chose que les cellules de ce tissu remplies de sérum extravasé parles capillaires de leur face interne. D un autre côté, comme ces capillaires forment leur réseau inflammatoire tout

au long du plexus , en dedans et en dehors des cel-

Iules, il en résulte qu’en les examinant attentivement, on les aperçoit encore en dehors sur la surface de ces memes vésicules sur lesquelles ils se ramifient. Voila pourquoi le plexus offre alors cette granulation molle, baveuse, hydropique, quenous avons dit tantôt être souvent propre aux plaies, et cela est précisément dû a l’hydropisie de chaque vésicule , si ce n’est que les vaisseaux sanguins sont

beaucoup plus copieux ici que dans le tissu adipeux cutané. Je me rappelle, a propos de ces observations, avoir vu au commencement de ce siècle une hydropisie du plexus choroïde qui a été prise pour un amas de vers hydatides. On en lit dessiner et graver une magnifique planche, qui fut livrée au public; mais le dessinateur, fidèle a copier tout ce qu’il voyait, ayant dessiné avec la plus grande exactitude toutes les ramifications des nombreux vaisseaux sanguins qui se trouvent tout le long du tissu cellulaire du plexus, les experts s’aperçoivent au premier coup d’œil de la bévue de l’observateur. En disant avoir observé en même temps l’hydropisie des plexus choroïdes et celle des ventricules, nous ne prétendons pas insinuer par la que ce soient les vésicules hydropiques qui produisent , en se rompant, l’eau épanchée dans les ventricules, comme cela a été avancé parMorgagni; nous disons seulement que l’eau des ventricules provient , elle aussi, des capillaires qui leur sont propres, engorgés par l’inflammation. Au reste, nous rappelons ce fait au profit de ceux qui convertissent les choses les- plus simples et les plus communes en choses

extraordinaires et rares , poussés par un désir outré de découvrir du nouveau. L’hydropisie du plexus choroïde est très fréquente , et l’histoire des vers hydalides étant de toutes parts enveloppée d’une grande obscurité, il faut prendre garde de ne pas y ajouter encore le fruit d’observations mal faites.

Pour terminer maintenant sur ce qui a l’apport au phénomène curieux de la granulation des plaies, nous dirons avec la plus grande conviction qu’il ne prouve absolument rien en faveur de la reproduction de matière vivante opérée par l’inflammation. Ce qu’il y a de positif, c’est qu’un pareil travail est extrêmement avantageux dans les cas de pertes graves de substance , comme cela a lieu pour certaines plaies. Dans celles-ci encore on reconnaît , a mesure que le fond se remplit de ce que l’on nomme nouvelle chair, le travail de la granulation; d’où l’on peut déduire que toute la fibrine ne s’est pas extravasée a nu au fond de la plaie , mais une bonne partie a été épanchée dans les cellules du tissu cellulaire. C’est précisément pour cela que cet épanchement de fibrine affecte une certaine

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