Tome II
apparence de vie, qui, toute limitée qu’elle est, suffit cependant pour qu’on l’aperçoive. Au reste, le tissu cellulaire , quoique bien pauvre en vaisseaux sanguins et en nerfs, comparativement aux autres parties, jouit cependant d’une certaine vitalité. Si toute la fibrine s’extravasait au fond de la plaie sans tissu cellulaire, on aurait une surface avec un aspect bien différent de celui de la granulation ; on pourrait la comparer a l’aspect que nous offrent les pseudo-membranes et autres productions solides formées seulement par de la fibrine pure sans le concours du tissu cellulaire.
Je crois que les portions d’os qu’on suppose avoir été régénérées peuvent avoir le même mode de formation, c’est-à-dire par la fibrine extravasée dans le tissu cellulaire . Ce tissu peut appartenir à la fois aux parties environnantes et à la couche très fine qui tapisse les cellules osseuses. La granulation , ne rencontrant aucun obstacle dans son travail , remplit peu a peu le vide laissé par la portion d’os qui manque , et , en s’adaptant aux irrégularités de ce même vide, remplace en quelque sorte l’os lui-même ; mais ce produit n’est pas et
ne peut pas devenir un véritable os , car il n’est composé que d’un peu de tissu cellulaire rempli de fibrine extravasée et consolidée. Il n’y aurait, au reste , rien d’étonnant que dans cette masse on trouvât un peu de phosphate de chaux , substance qui appartient aux os. Et en effet , les vaisseaux sanguins du tissu cellulaire qui entrent dans cette masse , vaisseaux qui de leur nature et a l’état sain charrient ce phosphate et le déposent dans les os pour les durcir, peuvent remplir la même fonction, pour une petite quantité au moins, par rapport à cette même masse. Nous ne pousserons pas plus loin un pareil argument, jusqu’à présent mal examiné et généralement mal compris. Je désire cependant que des observateurs attentifs s’en occupent et puissent l’éclaircir en fournissant les faits dont la science a besoin ; et je suis bien persuadé que de cette manière , non seulement on pourra se rendre compte de tout ce que nous ne comprenons pas encore bien clairement, mais on confirmera même de plus en plus le grand principe fondamental , c’est-a-dire que dans aucune circonstance l’inflammation ne reproduit pas une seule fibre,
malgré quelques apparences contraires. Ce principe est maintenant si rigoureusement prouvé et répond avec tant d’exactitude aux faits dans toutes ses parties , qu’il restera a jamais classé dans le nombre des réalités acquises a la science . J’ai pu voir souvent de grandes portions d’os longs détachées a la suite d’une inflammation lente , et c’étaient réellement des portions d’os ; mais j’ai eu occasion de voir aussi , quoique rarement a la vérité , des morceaux qu’on supposait avoir été reproduits , et en les observant même superficiellement, j’ai dû conclure qu’ils n’avaient des os que l’apparence. Chez une jeune fille scrofuleuse quê j’avais traitée par le muriate de baryte, presque toute la partie moyenne du tibia gauche sortit, dans l’espace de quelques mois , par morceaux qui , ayant été conservés par les parens, formaient par leur réunion presque toute la portion osseuse qui manquait. La malade recouvra cependant l’usage parfait de la jambe. Trois ans plus tard elle succomba , en peu de jours, a une pneumonie, et je ne pus lui donner mes soins, ne me trouvant pas a Milan. C’est ainsi que j’ai perdu une belle occasion de comparer les
os anciens avec la masse qui les remplaça chez le même individu ; et malheureusement de pareilles occasions sont rares et toujours négligées quand elles se présentent.
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