‹ Théorie de la phlogose [electronic resource] (volume 2)Chapitre 4 sur 66 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Origine et distribution générale des produits de l’inflammation. Extravasations de sérum , de fibrine fluide, de cruor. De quelle manière s’opèrent ces extravasations.

Tout ce qui est produit par le travail inflammatoire doit être attribué a ce que nous avons nommé élèmens immédiats du sang. Et a quoi donc pour- .rait-on l’attribuer? Le réseau capillaire dans lequel s’opère tout ce travail ne contient que du sang; c’est par conséquent le sang, et spécialement le sang veineux contenu dans ce réseau , qui engendre tous ces produits dont nous allons maintenant étudier la formation et la nature.

La fibrine fluide, le sérum et le cruor fournissent tout ce qui est nécessaire a la formation des produits de l’inflammation, et, par cela même, ceux-ci devront être distribués sous trois chefs principaux : extravasation de sérum qui , lorsqu’il ne s’y adjoint pas un autre élément, reste dans son état de fluidité; extravasation de fibrine fluide qui, selon les circonstances, ou se consolide d’ellemême, ou se réunit a un autre élément et revêt une autre forme; extravasation de cruor pur ou mêlé, en plus ou moins grande quantité, aux autres élémens. Les extravasations de sérum et de fibrine, soit séparés , soit réunis , sont les principaux produits de l’inflammation ; ce sont ces deux élémens qui donnent lieu a la formation des altérations plus fréquentes, plus matérielles et plus graves qu’on trouve sur les membranes des viscères et dans les viscères eux - mêmes ; ils produisent aussi la matière purulente, ainsi que nous le démontrerons bientôt. Le cruor est des trois produits de

l’inflammation celui qui se montre rarement pur et isolé; le plus souvent il est, sous forme de sang, réuni aux deux autres. On entend ici par extra -

vasation d’un ou de plusieurs élémens du sang, leur épanchement hors des capillaires veineux, dans lesquels le sang a été poussé par la force du cœur et de l’arbre artériel , force augmentée déjà avant la formation du réseau, ou meme après. Je dis hors clés capillaires veineux , parce que c’est dans ceux-ci que va se réunir presque tout le sang de l’arbre artériel , et ce sont eux qui en restent engorgés au point de subir une dilatation , donnant ainsi lieu a ce que le sang y forme une stase, qui n’est, ainsi que nous l’avons déjà expliqué, qu’un ralentissement. du mouvement de ce même liquide.

Mais de quelle manière ces extravasations s’opèrent-elles? par quel mécanisme? Par le plus simple: c’est a travers les pores des plus petits vaisseaux que les élémens du sang s’extravasent, soit tous les trois, soit un ou deux seulement, selon les causes concomitantes qui peuvent amener quelques différences dans la production de ce phénomène, différences qu’on ne saurait indiquer. C’est ainsi que le fait se passe , et il est facile de s’en assurer. En effet, on a beau examiner des capillaires avec ou sans engorgement inflammatoire , on a beau mul-

liplier sur eux des injections , on n’y trouve pas de conduits excréteurs, ni aucune espèce d’organes qui puissent, a la vérité sans qu’on sache comment, déterminer la séparation des élémens du sang, ou, pour mieux dire, exercer une fonction de sécrétion et amener la matière hors des vaisseaux. Il faut remarquer, au contraire, que le sang circule très librement chez le vivant, passant des vaisseaux artériels dans les veineux, et que l’observateur peut en déterminer autant dans le cadavre en pressant légèrement les vaisseaux capillaires-; mais on ne verra jamais, même dans les cas où il y a un fort réseau inflammatoire, suinter le sang par aucune ouverture, quelque petite qu’on lasujDpose, car il n’y en a pas. Vu donc le manque absolu de tout autre moyen imaginable, réfléchissant d’ailleurs à la porosité des capillaires, il est aisé de reconnaître de quelle manière doit s’opérer l’extravasation. Cette extravasation est d’autant plus facile dans les capillaires veineux, que leurs parois, excessivement minces , doivent être en proportion très poreuses, et lorsqu’il y a engorgement inflammatoire, elles sont dilatées outre mesure par le

sang qui s’y est introduit; conditions qui doivent faciliter la sortie de la matière fluide. Nous ferons remarquer, par la suite, d’autres phénomènes qui viennent confirmer la cause a laquelle nous attribuons l’extravasation des élémens du sang. Nous noterons seulement ici que, a mesure que l’anatomie a mieux fait connaître les capillaires sanguins et lymphatiques, les physiologistes semblent avoir oublié que les membranes , base primitive de tout l’organisme animal , sont poreuses et très poreuses même, et par conséquent tous les vaisseaux et les organes doivent l’être également; et ils ont admis à ce sujet une distinction de pores organiques et inorganiques. Cette distinction n’a aucune réalité; elle est complètement inutile et n’a d’autre but que de distraire l’attention et empêcher de réduire l’explication des phénomènes a cette simplicité qui devrait toujours la caractériser. Peut-être les sécrétions elles -mêmes ne sont-elles, en dernier lieu, qu’une extravasation par les pores; extravasation réelle, car les sécrétions ont probablement lieu par les capillaires veineux , et non par les capillaires artériels auxquels

cependant on attribue généralement toute sécrétion. Mais cela soit dit en passant, car nous n’avons pas l’intention de nous arrêter a une recherche de

ce genre.

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