‹ Théorie de la phlogose [electronic resource] (volume 2)Chapitre 39 sur 66 · OBSERVATION XII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XII

Un petit jeune homme , n’ayant pas tout-a-fait onze ans , bien musclé et plus peut-être que ne le comportait son âge, paraissant être d’ailleurs d’une bonne constitution , fut pris de fièvre tierce régulière avec froid, chaleur et sueur; il s’y joignait seulement une douleur au coté gauche vers les fausses côtes. Un médecin lui administra le sulfate de quinine; mais la fièvre nefutpoint coupée, elle

changea seulement de type. Le malade garda la

fièvre plus d’une année , pendant laquelle on le saigna plusieurs fois et on lui administra de nombreux remèdes qu’il est inutile de rappeler ici, tous d’action contre-stimulante ; aucun ne put le soulager et tous empirèrent son état. Avec de tels

phénomènes morbides , si obstinés et si étranges , ignorant complètement a quelle diathèse on avait a faire, on conçut quelques doutes sur l’existence du ténia, et on administra des remèdes conformes

a cette supposition, surtout des purgatifs violens; le malade lui-même s’en administrait sans aucune prescription et en obtenait des évacuations surabondantes , sans pourtant améliorer sa position . 11 faut dire même qu’après un traitement de celte nature, le malade empira de plus en plus, et il lui survint dps convulsions cloniques a type quotidien ; la première fois elles parurent a cinq heures du matin , et par la suite toujours a la même heure , a quelques minutes près, et duraient une demi-heure. Pendant ces convulsions , le malade perdait la parole ; il faisait cependant différens mouvemens avec les mains pour indiquer qu’il voulait boire; il buvait, en effet, avec avidité et lançait ensuite. le verre loin de lui. Quoique ces mouvemens fussent très violens , je crois que le malade , dans l’acte niême de les exécuter, en avait connaissance, quoiqu’il n’en gardat aucun souvenir. Il cherchait à s’élancer hors du lit et a se jeter sur les assistons, et c’est avec beaucoup de peine et de grands efforts qu’on parvenait a le retenir. Après les convulsions il se sentait plus mal encore, comme cela arrive en pareille circonstance, et il était exténué pour tout

le reste de la journée; il avait aussi de la fièvre. Cependant on voulut tenter encore un autre purgatif, je ne sais lequel, dont on espérait beaucoup de bien. Cette médecine fut administrée au malade en trois fois dans la même matinée, et il en eut de très fortes évacuations. Le lendemain l’accès convulsif fut moins violent et dura moins de temps . On pensa alors que la guérison était enfin arrivée , si ce n’est que la douleur latérale dont nous avons déjà parlé persistait toujours avec toute son intensité. Néanmoins on décida d’envoyer le malade à la Spezia j dans l’espoir que le changement d’air et le voisinage de la plage auraient entièrement rétabli sa santé ; mais il n’y trouva , au contraire , aucun avantage : il y perdit même complètement l’appétit, au point de ne pouvoir presque rien manger, et fut obligé de retourner a Milan.

De retour dans cette ville , il reprit un peu d’appétit; mais, en y faisant bien attention, on s’aperçoit déjà que lorsqu’on a cru a la guérison de ce malade , ce n’était la qu’une interruption et une métamorphose propre a la maladie qui n’en persistait pas moins. Ceci est encore confirmé d’une

Page 1