‹ Théorie de la phlogose [electronic resource] (volume 2)Chapitre 40 sur 66 · Tome IJ · texte numérisé non relu

Tome IJ

manière bien positive par un nouveau phénomène qui survint bientôt a ce malade : c’était une très forte toux , d’un caractère particulier, et accompagnée par un bruit tout-a-fait étrange. Cette toux tourmentait le malade jour et nuit , et continua ainsi pendant trois mois , rebelle à toute sorte de remèdes. Elle cessa cependant et les convulsions reparurent aussitôt. La douleur latérale seule persistait pendant toutes les variations présentées par la maladie et toujours avec la même intensité. Dans cette réapparition les convulsions suivirent encore la marche périodique : c’est a cinq heures de l’aprèsmidi qu’elles commençaient et avec beaucoup de violence. Pour empêcher que le malade, dans ses nombreux mouvemens désordonnés et violens , ne blessât ni lui-même, ni les autres, on imagina de lui serrer le corps depuis les aisselles jusqu’aux pieds , laissant les bras libres et les faisant ensuite retenir, pendant l’accès, par ceux qui l’assistaient. Au reste, il était d’autant plus facile d’avoir recours à cette dernière précaution que le malade s’apercevait toujours d’avance, par une certaine sensation pénible, de l’accès qu’il allait avoir. Les choses

marchaient ainsi de mal en pis , et jusqu’alors aucun des remèdes- auxquels on avait eu recours n’avait produit de bons effets.

On avait déjà pensé a la morphine dès la première apparition des convulsions ; mais elle fut administrée a si petite dose, qu’on n’en obtint aucun effet; d’oii l’on conclut, a tort, que ce remède aussi n’avait aucune action contre ce mal , et par cela même on n’y eut plus recours lorsque les convulsions reparurent pour la seconde fois. Plus de deux ans s’étaient écoulés depuis le commencement de la maladie, et le jeune homme en avait par conséquent quatorze. Je fus alors consulté. Ge que j’ai exposé jusqu’ici me fut rapporté par le médecin ordinaire ; je me le suis toujours assez rappelé, et dernièrement encore j’interrogeai a ce sujet le père du jeune homme, pour mettre plus d’exactitude dans les renseignemens ci-dessus exposés. J’aurais même pu détailler beaucoup d’autres circonstances, mais elles n’auraient rien ajouté à la clarté de l’observation ni a l’utilité des inductions qu’on peut en tirer. J’omettrai aussi les considérations dans lesquelles on pourrait entrer relativement aux

différentes formes périodiques qu’a revêtues la maladie pendant sa longue durée , et qui cependant a été toujours rebelle au médicament réputé spécifique, le sulfate de quinine . J’aurai occasion de revenir ailleurs sur cette matière, lorsque je m’occuperai particulièrement de l’action de ce remède; je rappellerai alors d’autres cas analogues a celui-ci.

Le principal objet dont j’avais a m’occuper chez ce malade, était de déterminer la diathèse. La chose ne me parut pas difficile , pour deux raisons qui me semblaient bien évidentes : tous les remèdes qu’on avait employés jusqu’à présent étaient contre-stimulans , et leur effet avait été toujours nuisible. Le cerveau ne paraissait être atteint d’aucune lésion organique , car la maladie , quelle qu’en fût la diathèse, s’était pendant long-temps montrée simplement fébrile et périodique, et avait même conservé sa périodicité lorsqu’elle se changea en convulsions. J’eus donc recours à l’opium, et vu qu’ après un si long usage de remèdes contre-stimulans, la diathèse devait être grave , les convulsions étant d’ailleurs d’une force extraordinaire , j’en prescrivis dix ou douze grains à prendre en diffé-

rentes fois dans les vingt-quatre heures. Le malade toléra cette dose assez considérable , sans détriment comme sans profit. C’était le premier jour; dans les jours suivans on augmenta toujours la dose de quatre grains jusqu’il ce qu’on arrivât a un scrupule par jour. Les convulsions commencèrent alors à diminuer de force et de durée, et le malade se sentait déjà mieux dans l’intervalle des paroxismes. Il y avait trois ou quatre jours que le malade prenait cette forte dose d’opium, lorsque quelques indices de son action excessive se manifestèrent : il éprouva, en effet, des tournoiemens de tête et un malaise général qui l’obligèrent a garder le lit. Dès ce moment les convulsions déjà bien affaiblies disparurent complètement. Tout en prenant l’opium, le malade buvait du vin , de la bière forte et

des liqueurs, plus abondamment que n’aurait pu

le faire un buveur adulte ; et cela vient encore confirmer que la diathèse était de contre-stimulus et grave , puisque la capacité morbide pour les stimulans avait été de beaucoup augmentée. Peu a peu, par la suite, et sous l’influence de ce traitement, la douleur latérale finit par disparaître; ce

symptôme cependant fut le dernier a céder. Pour le faire cesser plus tôt, on appliqua sur la partie, je ne sais si c’est d’après le conseil d’un médecin ou de qui , un cautère ; mais la douleur ne s’en fut pas plus vite, et ce dernier remède ne fit qu’ennuyer le malade. Il y a déjà trois ans que j’ai soigné ce jeune homme, et depuis lors il a joui et jouit toujours d’une parfaite santé.

Ceci nous fournit encore un bel exemple d’une diathèse de contre-stimulus, déterminée d’abord par une cause morbifique inconnue, productrice d’une maladie périodique, et augmentée ensuite par la méthode curative, entièrement opposée a celle qu’il fallait réellement employer. Je ne crois pas inutile d’ajouter que sans le traitement stimulant énergique auquel j’ai eu recours , la maladie se serait terminée par la mort, et l’examen du cadavre n’aurait pas offert trace d’inflammation , puisqu’il n’y en eut jamais ni a l’état aigu, ni a l’état chronique.

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