OBSERVATION XIII
L’observation que je vais rapporter maintenant est la plus récente parmi toutes celles que j’ai pu recueillir sur cette matière: simple, claire et succincte, elle répond parfaitement bien a mon but. Un gentilhomme, a la fleur de l’âge, de formes athlétiques, et ayant toutes les apparences d’une très bonne santé, comménça a éprouver quelques symptômes d’hypocondrie. Différens médecins qu’il consulta rengagèrent a diminuer ses alimens, a supprimer le vin et à faire usage de médecines rafraîchissantes, selon leur expression, et évacuantes. Tout en suivant ces conseils, il empira, et on se figura alors que le foie, atteint d’inflammation lente, était le centre de tous ses maux. On employa de temps en temps les saignées. Le mal s’aggravant malgré un long traitement non interrompu et toujours renforcé, et le malade se sentant d’ailleurs faible et très abattu il perdit
toute confiance dans les médecins qui le soignaient, et vint me voir a Milan, demandant mon avis sur les maux qui l’affectaient, et me priant surtout de bien examiner s’il n’y aurait pas moyen de le guérir autrement que par les saignées, qu’il avait en horreur. Il me fut impossible de voir d’après quels symptômes on pouvait admettre chez ce malade l’existence d’une inflammation lente au foie, ni par quels faits pouvoir reconnaître ici une diathèse de stimulus, et surtout très grave. J’y crus voir, au contraire, un de ces tempéramens auxquels il faut pour le maintien de la santé une force d’action stimulante supérieure a la force ordinaire. J’ai
rencontré plusieurs de ces tempéramens, et je puis dire en avoir sauvé quelques-uns du précipice où ils allaient tomber, en suivant leur opinion erronée ou les mauvais conseils qui leur étaient donnés; j’en ai rapporté quelques exemples parmi ces observations. Après avoir donc établi mon diagnostic, et après l’avoir communiqué au malade , je lui prescrivis un changement total dans son régime, de remplacer l’eau qu’il buvait par ses meilleurs vins, et de prendre, en outre, journellement quelques
grains d’opium jusqu’à ce qu’il se trouvât mieux. Il commença, en effet, à en faire l’expérience à Milan, et le résultat ayant parfaitement répondu à mon jugement et à ses désirs, il retourna dans sa patrie et me tenait au courant, par lettres, de la marche des choses. En peu de mois il fut parfaitement rétabli et se sentit mieux que jamais. Pendant quelque temps il a dix continuer l’usage de l’opium, mais maintenant un bon régime bien nutritif lui suffît.
Voilà donc une diathèse de contre -stimulus qu’on peut dire entièrement déterminée par l’art , mal dirigé par l’empirisme ordinaire; diathèse qui, traitée par la méthode anti-phlogistique ainsi qu’on avait commencé, aurait indubitablement conduit le malade au tombeau, d’où on l’a retiré cependant par Un traitement stimulant, énergique et continué avec persévérance. Qui oserait dire, si une funeste terminaison avait eu lieu , que le cadavre aurait présenté quelques signes d’inflammation au foie ? Il y a peu de jours (j’écris dans le mois d’aout 1835) tfue ce gentilhomme m’a assuré de nouveau que sa santé est excellente.