‹ Théorie de la phlogose [electronic resource] (volume 2)Chapitre 45 sur 66 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

il y a quelques années qu’une jeune et belle fille, âgée de vingt ans, ayant les apparences d’une

bonne santé, quoique un peu délicate et mangeant .peu, eut quelques fièvres, avec des symptômes dits d’abord de gastrite et puis d’entérite, qui furent précédés par un violent mal de tete. Cette dernière circonstance fit dire que l’inflammation avait commencé au cerveau et était descendue a l’estomac et aux intestins. Dans le cours de la maladie, qui dura un peu plus de deux semaines, la malade perdit, en saignées et sangsues, a peu près dix livres de sang. On employa d’abord les purgatifs à l’intérieur, ensuite le nitre, la digitale, et enfin le sulfate de quinine en lavemens; car la fièvre avait montré, disait-on, une marche périodique. Il y avait plusieurs médecins, et les choses se faisaient fort irrégulièrement, ne prenant absolument pour base du traitement que les douleurs que la malade accusait , sans chercher a connaître la diathèse de la maladie, et sans en mesurer autant que possible la gravité. Cependant on aurait pu le faire; car, au commencement meme de la maladie, la malade éprouvait a l’estomac une sensation pénible, comme un poids, a chaque dose, quoique légère , de creme de tartre ou de nitre

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qu’on lui administrait. On insista beaucoup toutefois sur ce dernier remède et sur la digitale, qui n’était pas mieux tolérée. Plus tard il se manifesta un vomissement très opiniâtre. Tous ces symptômes indiquaient au moins une grande intolérance pour toute force contre-stimulante, et pouvaient raisonnablement faire soupçonner une diatbèse de contre-stimulus existant dès le commencement, ou du moins déterminée par les progrès memes du mal, qui parut d’abord léger, et beaucoup aggravée ensuite par les saignées et tous les autres remèdes qu’on employa. Les douleurs au ventre disparurent vers la fin de la maladie, et l’on craignit que la gangrène s’y manifestât. Peu après, des douleurs extrêmement aiguës reparurent aux lombes et le long de l’épine dorsale. On consulta alors un de nos plus anciens praticiens et en meme temps des plus estimés, qui fut d’avis qu’il s’était joint une inflammation de la moelle a la gastrite et a l’entérite. En résumé, on se figura toujours l’existence d’une inflammation, et depuis le commencement jusqu’à la fin on n’employa que la méthode anti-phlogistique.

J’ai rédigé cette observation d’après ce qui m’a été dit | ar un des médecins ordinaires , qui est aussi mon ami , homme judicieux et véridique, qui ne partageait pas entièrement l’avis de ses collègues, et qui émit meme l’opinion, lorsque la maladie était déjà bien avancée, de tenter quelque changement dans le traitement employé; mais il ne fut point secondé. La malade mourut, et quelqu’un de la famille, n’étant pas bien persuadé que les médecins eussent opéré avec justesse , fit en sorte qu’on examinât le cadavre, et je fus invité, moi aussi, a assister à cette autopsie. En observant attentivement l’abdomen avant qu’on l’ouvrît, je ne trouvai pas la moindre quantité de gaz développée dans cette cavité , comme cela arrive ordinairement dans les fortes inflammations intestinales , et pendant la maladie non plus on ne s’aperçut pas qu’il y eût météorisme. Cependant il y avait déjà quarante -huit heures que la mort avait eu lieu , et l’atmosphère de cette époque était a la fois humide et tiède. Toutes ces circonstances m’amenèrent a penser dès lors que l’on ne pourrait peut-être pas trouver ce qu’on allaite chercher. On

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