‹ Théorie de la phlogose [electronic resource] (volume 2)Chapitre 58 sur 66 · OBSERVATION XII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XII

Je n’ai pas observé moi-même la maladie du sujet de cette observation, et je n’ai même pas assisté a l’autopsie, quoique le fait se soit passé parmi nous tout dernièrement. Toutefois, d’après ce qui m’a été dit sur cette maladie par le père de la malade , d’après ce qui en a été écrit par un médecin appelé en consultation dans les derniers temps, et d’après la relation anatomique rédigée avec sincérité et précision par le chirurgien même qui a procédé a l’autopsie , j’ai assez de matériaux pour parvenir à ce que je veux prouver ici.

Une jeune personne de dix-huit ou dix-neuf ans, bien faite , ayant assez d’embonpoint et un bon tempérament , fut menacée cl3 apoplexie a vec manifestation cV hémiplégie au coté gauche , en 1833. La

maladie fut jugée telle par le médecin ordinaire et \ * par celui appelé plus tard en consultation. On

parla même de convulsions , mais personne de ceux qui assistaient la malade n’aperçut de convulsions cloniques. Un traitement and -phlogis tique actif dissipa , dit-on , Vêlât pathologique cérébral et détermina la résolution de la paralysie.

Cependant une circonstance qui fut remarquée par les parens, plus peut-être que par les médecins, c’est l’enflure de la jambe gauche, très prononcée, mais indolente. Cette enflure persista quelque temps et n’empêchait point la jeune personne de marcher et même de danser ; c’est ce qui me fut rapporté par son père. Au reste, au dire de tous ses parens , on ne pouvait pas la considérer comme parfaitement rétablie, car il lui était resté et il lui persista encore long-temps un certain malaise a l’occiput, éprouvant en ce même endroit une sensation analogue a celle qu’aurait pu lui

faire percevoir de l’eau coulant sous la peau. On n’a pas su me dire si la malade avait de la fièvre ; mais comme la relation écrite par le médecin consultant n’en dit pas un mot, la où il est question de la première époque de l’invasion de la maladie, je suppose qu’il n’y en a pas eu. Ce qu’il y a de bien certain, c’est que, après cette première maladie et le traitement qu’on employa , la jeune personne est restée sans force , nonchalante et dégoûtée outre

mesure, au point que tout la fatiguait; indice cer-

tain d’une grande faiblesse musculaire. Elle est restée dans cet état , qu’on ne pouvait pas précisément dire de maladie, mais qui n’était pas non plus de bonne santé , jusqu’au mois de mai de cette année (1835); a cette époque elle est retombée malade, ou, pour mieux dire, son mal s’est, aggravé et l’a obligée de garder le lit. La sensation incommode qu’elle avait éprouvée à l’occiput a reparu à cette époque et s’est meme étendue au côté droit de la tête. Le médecin qui la traitait jugea raisonnablement , d’après ce qu’a écrit le médecin consultant , que la menace cl3 apoplexie s’était renouvelée , et trouva qu’il était de toute nécessité d’avoir

encore recours au meme traitement qui, d’après lui , avait été utile une première fois. Je ferai remarquer ici que dans la déclaration écrite par le médecin ordinaire après la mort de la malade , ainsi que cela se fait , il est dit que la maladie a été une céphcdite. Le traitement anti-plilogistiqueadonc été employé avec activité pendant trois jours. On pratiqua, m’a-t-on dit, sept saignées, et on administra des purgatifs. Cependant, dans ces trois jours, l’état de la malade parut de plus en plus menaçant, tons les symptômes s’aggravèrent, et au quatrième jour il s’y joignit des convulsions cloniques , le hoquet, V aberration totale des facultés intellectuelles et une intolérance absolue pour les remèdes internes . Je ferai remarquer relativement a V aberration totale des facultés intellectuelles , que les parens de la malade, qui notaient tout avec une sollicitude paternelle, et auxquels bien certainement un pareil phénomène n’aurait point échappé , ne s’en aperçurent pas et ne virent , par rapport a ces mêmes facultés , qu’une très légère aberration peu d’heures avant la mort , phénomène commun à un grand nombre de maladies parvenues aux derniers mo-

Tomc II.

mens. Mais une circonstance qui frappa beaucoup les parens , et dont ils conservent un malheureux souvenir, c’est que la malade se recommandait vivement et demandait par pitié qu’on la secourût sans saignées; car elle se sentait presque mourir chaque fois qu'on la saignait. Je sais aussi, et a n’en pas douter, que pendant qu’on pratiquait la sixième saignée, un médecin, qui n’était pas le médecin ordinaire, et qui visita par hasard la malade, la voyant souffrir de la sorte, et étant d’un avis entièrement opposé sur la nature de la maladie, fit fermer la veine, ne pouvant se résoudre plus long-temps a voir enlever a la malade le peu de sang qui pouvait encore lui rester. Cependant, peu de temps après , le médecin ordinaire donna une nouvelle preuve de sa volonté inexorable , en ordonnant une septième saignée , la dernière qu’on pouvait pratiquer avant la mort. Cet état de choses ne laissa aucun doute au médecin consultant sur V exactitude de son diagnostic relatif à Vêtat pathologique cérébral qui constituait la maladie, et sur la nécessité d’ insister dans les évacuations sanguines , etc. , etc. On appliqua des sangsues au

ventre; mais la maladie parvint rapidement a la dernière extrémité , et , dans la nuit suivante , la malade s’éteignit. Je vais maintenant transcrire ici la relation de l’autopsie telle qu’elle m’a été remise par les parens ; elle est claire et concise et n’a pas besoin d’abréviation :

<r Cavité du crâne. — Les tégumens de la tête « sont parfaitement sains. Le crâne a son épaisseur

« ordinaire. La dure-mère est d’une couleur blanc

« de perle naturelle. Tous les sinus veineux sont « presque entièrement vides de sang ; l’arachnoïde « et la pie-mère dans leur état normal, sans injec- « tion sanguine sensible. Il y a a peu près une « once de sérosité ramassée a la base du crâne. La « substance cérébrale a sa couleur et sa consistance « normales , si ce n’est cependant que la partie « corticaleparaîtpluspâle que d’ordinaire. Lesven- « tricules cérébraux sont parfaitement vides. Les a parties cérébrales contenues dans ces ventricules, « et notamment les corps striés et les couches op- « tiques, examinés dans tous les sens, n’ont offert « aucune trace morbide. La protubérance annulaire « les pédoncules cérébraux et cérébelleux, toute

« la base du cerveau, en un mot, est dans son état « normal. Les origines de tous les nerfs cérébraux, « la moelle allongée et la moelle épinière sont aussi « parfaitement sains. On remarque seulement un « peu plus de consistance que d’ordinaire dans « toute la masse cérébrale , et surtout aux éminen- « ces olivaires; elles n’offrent pas, du reste, beau- « coup de changement.

« Cavité de la poitrine. — Aucune adhérence de « la plèvre costale avec les poumons. Il y a deux ou « trois onces de sérum épanché dans la cavité thou rachique ; le poumon , d’un gris pâle, est presque « entièrement privé de sang. Le péricarde est sain * et ne renferme que très peu de sérum. Le cœur « est très mou et vide ; les gros vaisseaux sont dans « leur état normal.

« Cavité du ventre. — L’estomac, d’une capacité « ordinaire , est vide et pâle. Les intestins blanchâ- « très et remplis de gaz. Le foie , la rate, les reins « et la matrice sont dans leur état normal. »

Ce que l’on pouvait déjà prévoir en réfléchissant a la marche de la maladie sous l’influence du traitement anti-phlogistique est clairement démontré

par la relation nécropsique : erreur de diagnostic, de diathèse et de traitement. Mais aucun des médecins n’a voulu l’avouer; c’est naturel , ils sont infaillibles. Il faut même dire qu’un d’eux se plaignit beaucoup au chirurgien qui avait fait l’autopsie , de ce qu’il n’avait pas examiné le diploé entre les deux lames osseuses du crâne ; car enfin il pensait qu’on y aurait trouvé cachée la cause de la menace d’apoplexie et de l’ hémiplégie , cherchée dans le cerveau et partout inutilement. Il est réellement fâcheux que lorsqu’une pareille idée est venue a ce médecin , la pauvre victime fût déjà

sous terre. On a ainsi perdu un fait rare pour l’anatomie pathologique, l’inflammation du diploé! Ceux qui trouvent j ournellement de nouvelles maladies auraient eu occasion de créer la diploïte,et ceux qui savent approfondir la pathologie nous auraient appris comment et de quelle manière le diploé peut s’enflammer, et, qui plus est, ils nous auraient dit comment l’inflammation, tout en laissant intactes les tables interne et externe du crâne, peut cependant les traverser et opérer sur le cerveau une apoplexie accompagnée par une hémiplégie.

Mais assez de cela. L’autre médecin écrivait , a ce sujet, ce qui suit :

« L’autopsie a prouvé , ce me semble , Lexis- « tence d’un travail inflammatoire dans la cavité « crânienne , qui a donné lieu a l’apoplexie avec « tous les autres symptômes sus-indiqués , et sans « lequel je ne saurais comment expliquer l’effu- « sion de sérum qu’il y avait a la base du crâne. Il « ne faut pas s’étonner qu’on n’ait point trouvé « d’autres altérations organiques plus remarquables « a l’appui du diagnostic , car il existe souvent des « désordres très graves dans cette cavité sans que « la vie s’en ressente pendant long-temps ; tandis « que d’autres fois, au contraire, des lésions qui « échappent aux recherches anatomiques ou qui « sont â peine perceptibles, déterminent l’apoplexie « et autres formes de maladies qui ont leur origine « dans le cerveau et qui terminent par la mort, « malgré le traitement le plus convenable. »

Pour ce qui est d’abord de l’argument tiré de la présence de ce peu de sérum a la base du crâne, quiconque est familier avec l’anatomie pathologique n’en fera aucun cas , et il dira sans doute avec

moi : 7) lue h ado for nothing; aussi nous passerons outre. Quant a ces cas où l’on n’a point trouvé dans le cadavre les lésions auxquelles on attribua les maladies terminées par la mort malgré le traitement le plus convenable , c’est un sophisme, et réellement de ceux où l’on regarde comme démontré ce qui reste encore a prouver. En effet , on croit démontrer que la maladie était telle que le traitement anti-plilogistique devait être le plus convenable . Or, si cette maladie , apoplexie ou céphalite , et c’est réellement cette dernière dénomination qui a été employée parle médecin ordinaire dans le certificat constatant la mort, est de nature telle que le

traitement anti-phlogistique lui soit le plus conve-

nable , on ne saurait le démontrer que de ces deux manières : ou par le succès du traitement, ou, si la maladie termine par la mort , par les lésions manifestes laissées par l’inflammation. Mais on n’a vérifié ici aucune de ces deux choses; d’où nous conclurons que la nature de la maladie et par conséquent la justesse du traitement employé sont encore a prouver et forment encore l’inconnu du problème. La cause de la mort peut donc être dans le

traitement erroné. Et pourquoi pas? Faudra-t-il pécher grossièrement contre les règles de la saine logique pour nous en tenir exclusivement à l’infaillibilité du médecin qui a déclaré le nom et la nature de la maladie? Nous traiterons ailleurs cette matière, et plus amplement. Ce que nous en avons dit ici suffit plus que de besoin a notre but. .

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