‹ Théorie de la phlogose [electronic resource] (volume 2)Chapitre 59 sur 66 · OBSERVATION XIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIII

La dame dont nous avons rapporté a I’obs. xiv , première série, la première partie de l’histoire de sa maladie, jouit d’une assez bonne santé pendant h peu près six mois ; après quoi ses pieds se gonflèrent encore, et la respiration aussi devint plus gênée. Elle avoua que depuis quelque temps elle avait négligé de prendre de l’opium, a cause de tout le mal que lui en disaient ses amies; celles-ci, en

effet , apprenaient de leurs médecins la leçon ordinaire , c’est-a-dire que lors même que l’opium lui serait utile dans un sens , il lui deviendrait ailleurs infailliblement nuisible, et finirait même par la rendre peu a peu imbécile. Elle ne voulut par conséquent pas en continuer l’usage et beaucoup moins encore en augmenter la dose. Cependant elle se décida à revenir a l’opium après quelques jours de souffrances toujours croissantes , mais a si petite dose qu’on ne pouvait réellement en attendre aucun profit ; elle croyait, au contraire, devoir attribuer son mal a l’opium. Je m’aperçus qu’on lui avait beaucoup vanté le nitre , comme le seul remède propre a augmenter les urines; je crus alors qu’en la contentant, je parviendrais a lui prouver que ce remède ne valait rien pour elle , espérant ainsi qu’elle serait peut-être revenue avec plus de confiance a l’usage de l’opium. Je ne me trompai pas quant a l’effet du nitre , dont elle ne put pas supporter la plus petite dose; mais je dus revenir de l’espoir que j’avais qu’elle fût mieux disposée pour l’opium. On ne fit donc rien de tout ce qu’il fallait faire; l’enflure aux jambes augmentait k vue

d’œil, et les accès nocturnes d’asthme étaient devenus presque sufiocans. Les palpitations ne la quittaient ni de jour ni de nuit , et faisaient apercevoir distinctement que le cœur était entouré d’eau ; il y avait conséquemment un hydropéricarde , et la mort s’ensuivit bientôt.

L’autopsie ne montra pas la moindre trace d’inflammation récente ou ancienne, ni a la surface externe, ni a la surface interne des intestins; d’où l’on comprend que le premier diagnostic d’une gastro-entérite fut complètement erroné. On ne

trouva rien sur aucun des autres viscères du bas-

ventre qui méritât d’être mentionné. Les intestins n’étaient pas , a la vérité , aussi blancs qu’on les voit dans les cadavres de ceux qui ont succombé a la suite de trop grandes pertes de sang, et dont j’ai cité plusieurs exemples ; toutefois les capillaires n’étaient pas nombreux , ni gorgés de sang , ni assez visibles pour faire croire a l’inflammation du péritoine. Nous trouvâmes dans la poitrine un hydropéricarde des plus prononcés que j’aie vus. Il pouvait contenir trois fois le volume du cœur. Cet hydropéricarde existait aussi , on ne saurait en

douter, a la première époque de la maladie, lorsqu’on a obtenu la guérison par l’opium ; car l’anasarque était aussi étendue la première que la seconde fois , et les palpitations comme les accès d’asthme accompagnaient l’anasarque. L’hydropéricarde guérit alors , puisque les palpitations cessèrent; indice certain que le sac s’était vidé. A la seconde fois, au contraire , ni l’anasarque ni l’hydropéricarde n’ont pu être dissipés. Je crois qu’il n’en manque pas qui voudront attribuer la nondisparition de l’eau du péricarde a une altération quelconque de la structure de ce même péricarde, occasionnée par la distension forcée que l’eau y. a déterminée ; mais il est inutile de rapporter cette circonstance à une cause dont il est difficile de s’expliquer l’action , lorsque nous en avons une bien évidente dans la diathèse toujours augmentée de contre-stimulus. Celle-ci suffît, à elle seule, ainsi que je l’ai tant de fois prouvé, pour causer la mort sans lésion organique , autant du moins que nos sens peuvent s’en apercevoir. Dans le cas que nous venons de citer, cette diathèse devait avoir extrêmement augmenté.

Maintenant, pour en revenir toujours a notre but, il résulte évidemment de tout ce que nous venons de dire, que, dans la première partie de l’observation, la guérison a été obtenue par les stimulans, tandis que la maladie se serait alors terminée par la mort si l’on eût continué le premier traitement commencé, entièrement antiphlogistique, quoique composé de remèdes de différens noms. Que si la mort avait eu lieu sous l’influence de ce traitement , le cadavre n’aurait offert ni plus ni moins de ce qu’on a trouvé ensuite, c’est-à-dire point d’inflammation, et l’hydropéricarde seulement. Cette observation est une des plus concluantes, vu la double terminaison de la maladie , d’abord par la guérison et ensuite par la mort, selon qu’on a fait ou non ce qu’il fallait faire.

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