CHAPITRE V
De l’extravasation du sérum déterminée par l’inflammation. Du peu d’afünité du sérum pour les deux autres élémens. Quelques doutes à ce sujet. Hydro-pneumonie. Couleur sanguinolente du sérum.
Nous allons parler maintenant des deux élémens fluides, sérum et fibrine, qui sont ceux auxquels on doit réellement attribuer tout ce qui tient aux produits de l’inflammation. Commençons d’abord par le sérum.
Le sérum , qui est le plus fluide des trois élémens
puisqu’il se change presque complètement en eau , est celui aussi qui a te moins d’affinité pour les deux autres, comme nous l’avons déjà démontré. Nous avons encore fait remarquer que cette affinité est diminuée par l’inflammation ; car c’est alors surtout que l’on voit, dans te sang extrait,
augmenter la quantité de sérum proportionnément aux deux autres élémens, augmentation qui est parfois très considérable. Il est vrai cependant que cette diminution d’affinité, spécialement dans les inflammations, pourrait être illusoire, et la cause de cette plus grande facilité dans la séparation du sérum peut être déterminée (et c’est ce qu’il y a de plus probable) par le surcroît d’activité de la fibrine a se consolider; consolidation qui sépare, à l’aide des contractions qui lui sont propres, une plus grande quantité de sérum. Quoi qu’il en soit, il est ici fort peu important pour nous de savoir de ces deux causes quelle est la cause réelle; il nous suffit de constater, comme chose^ certaine et incontestable, l’effet de la séparation. Au reste , lors même que le peu de tendance de la fibrine a se consolider dans le sang a l’état de santé serait la cause du peu de sérum qui , en ce cas , s’en sépare, cela reviendrait toujours au même pour nous ; et , dans les deux cas , nous pourrions exclure la diminution réciproque de la force d’affinité des deux élémens fluides, pour y substituer la force de cohésion augmentée dans la fibrine qui se contracte sur elle-même en se consolidant.
Or, quelle que soit de ces deux causes la cause réelle , le résultat étant que le sérum se dégage de la fibrine et en meme temps du cruor, qui reste presque entièrement mêlé a la fibrine, tandis que celle-ci se consolide facilement, nous comprendrons comment , dans les inflammations , l’action principale du réseau capillaire est de laisser épancher du sérum par les pores des parois des petits vaisseaux engorgés , plus facilement que les autres élémens; et l’on comprendra également que , puisque le sérum est en plus grande quantité et offre plus de volume que les deux autres élémens , en même temps qu’il en est le pfus fluide , car il l’est constamment , l’extravasation peut en être très copieuse et très fréquente,
Nous ne parlerons pas ici de chaque extravasation en particulier, selon les parties du corps où elles ont lieu; car elles peuvent se faire partout oii il y a un réseau inflammatoire qui détermine cette extravasation et l’espace suffisant pour en recevoir le produit. Toutefois, nous nous arrêterons quelque peu a l’extravasation pulmonaire, car c’est une des plus importantes, eu égard a l’organe
qui en est le siège et a quelques circonstances qui l’accompagnent , touchant brièvement a d’autres v points relatifs a l’extravasation du sérum en général. L’extravasation pulmonaire, fujdro-pneumonie , a son siège, dit-on, dans le parenchyme, c’est-à-dire dans la substance du poumon. Mais en quoi consiste-t-elle cette substance du poumon? De gros vaisseaux artériels et veineux ramifiés en capillaires , et des bronches ramifiées elles aussi , et amincies au point de former autant de cellules qui reçoivent l’air, le tout réuni par un peu de tissu cellulaire assez mince ; voilà de quoi est formé ce viscère spongieux. Mais ces nombreux vaisseaux sanguins qui pénètrent dans le poumon, ou répandent-ils finalement leurs dernières ramifications et leurs capillaires? Est-ce dans ce peu de tissu cellulaire auquel on n’attribuera jamais Xoxigèncition du sang , et dont l’unique rôle est de soutenir et d’attacher les vaisseaux aux bronches ? Non , certainement : il n’y a sur ce tissu cellulaire que quelques vaisseaux nécessaires à sa nutrition. Ce sont les ramifications des bronches qui reçoivent toutes les ramifications des nombreux vaisseaux sanguins qui
vont au poumon. C’est donc dans la membrane bronchique , fournie d’un grand nombre de capillaires tout le long des bronches, que se forment les inflammations dites du poumon , et qu’on devrait dire des bronches, pour parler avec plus de justesse; car la membrane interne des bronches peut seule donner lieu d’abord a la formation du réseau capillaire et ensuite a ses produits. Lorsqu’on trouve sur le cadavre un des poumons ou tous les deux a la fois hydropiques, on le reconnaît au volume , au poids augmenté et a une certaine consistance bien différente de celle qu’on rencontre dans l’hépatisation de ce même viscère; le sérum qu’on en fait ensuite sortir , montre clairement que l’extravasation s’est opérée en dedans de l’organe. En comprimant le viscère a sa partie inférieure, on fait sortir le sérum par la première division de la trachée-artère ouverte. Mais on peut vider le poumon bien plus facilement encore en le coupant dans différentes directions et en l’exprimant en guise d’éponge, de sorte que le sérum en dégorge abondamment. On entend parler ici de l’hydro-pneumonie la plus simple ;
mais souvent elle est compliquée par d’autres produits de l’inflammation, et il en sera question plus tard;
Le sérum extravasé dans une des grandes cavités, soit dans la poitrine, soit dans le ventre, soit dans le crâne et meme dans quelques parties du cerveau seulement, n’est presque jamais de la couleur du sérum pur, mais plus ou moins rougeâtre, au point de ressembler quelquefois a du sang très étendu d’eau. Cette circonstance indique clairement que le sérum n’a pas suinté seul des parois des capillaires, et qu’il a entraîné avec lui un peu de cruor. On ne saurait, au reste, attribuer . cette couleur a aucune autre cause , car le sérum n’est par lui -même que verdâtre ou jaunâtre. On ne peut pas supposer non plus qu’il y ait eu rupture de capillaires ou de quelques vaisseaux d’un plus gros calibre de la partie enflammée , puisque nous avons déjà fait remarquer ailleurs que ces ruptures n’ont pas lieu , et ne sont aucunement nécessaires pour s’expliquer l’épanchement de sang pur. Au surplus, on n’en trouve pas la moindre trace sur le cadavre; et si dans ce cas
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également, on fait, par une légère pression, circuler le sang dans les différens capillaires, on voit ce liquide aller partout où on le pousse , mais il ne sort jamais des vaisseaux, ce qui pourtant devrait avoir lieu s’il y avait eu quelque rupture sur ces mêmes vaisseaux. Comment se fait-il que le sérum , qui a si peu d’affinité pour le cruor , puisse, dans certains cas, en entraîner une assez: grande quantité pour devenir sanguinolent ? Voila ce que nous ne pouvons expliquer , car on ne sait ici sur quoi baser une conjecture plausible. Il est peut-être fort peu important d’en savoir davantage ; mais comme il s’agit d’un fait qu’on n’observe pas toujours , il ne serait pas inutile de chercher si ce phénomène de la coloration du sérum s’opère sous certaines circonstances morbides plus facilement que sous quelques autres.