‹ Théorie de la phlogose [electronic resource]Chapitre 10 sur 55 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

Parmi les trois élémens un seul , la fibrine , opère la triple séparation. Objections résolues. Deux exceptions rares d’une double séparation. Remarques à ce sujet.

En réfléchissant attentivement aux phénomènes que nous venons de décrire et qui ont lieu pendant la séparation des trois élémens du sang dans les maladies inflammatoires , on devra en conclure que tout se passe par l’action d’un seul de ces élémens , la fibrine; action qui consiste dans l’exercice des trois propriétés ou acquises ou augmentées par l’inflammation. En effet, c’est parce que la fibrine acquiert plus de facilité a se séparer, et que sa légèreté spécifique augmente par rapport au cruor, qu’elle monte et se place au dessus de ce même

cruor; et c’est également parce que sa tendance a se contracter s’accroît, que de fluide qu’elle était, ou , pour mieux dire, éparse sur toute la masse du sérum fluide, elle finit par se resserrer, se montrer a l’état solide, et présente tous les autres phénomènes que nous avons notés.

Il ne faudrait pas croire , au reste, pour ce qui regarde cet accroissement de légèreté spécifique de la fibrine, que ce fût au contraire le sérum qui, condensé , présenterait plus de gravité spécifique qu’on ne lui connaît, et qui, comparativement a l’eau, est: 1027, 1000; circonstance qui ferait paraître la fibrine plus légère sans qu’elle le fût en réalité. Mais il n’en saurait être ainsi, car la plus grande partie du sérum n’est que de l’eau , et l’eau n’est compressible par aucune force. On ne peut pas supposer non plus que quelque substance plus grave soit incorporée au sérum par l’inflammation, et augmente ainsi sa gravité spécifique. Il arrive au contraire que la fibrine, ayant acquis par l’inflammation une tendance a se consolider, dépouille le sérum de tout son cruor, qui est le plus pesant des trois élémens, et le clarifie complète-

ment , au point de lui donner toute la transparence et l’homogénéité dont il est susceptible; ce qui a lieu d’autant plus facilement que l’inflammation est plus intense.

Au reste , dans la double séparationqu’on observe dans le sang a l’état sain, comme dans la triple séparation qui a lieu dans l’inflammation , il faut nécessairement attribuer la plupart des effets a l’action de la fibrine; c’est elle qui est le véritable élément actif, tandis que les autres sont presque entièrement passifs; et ce qui le prouve, c’est que la transformation du sang de liquide en solide doit lui être exclusivement attribuée. C’est pour cela que nous avons déjà noté que la fibrine ne se consolide pas seulement dans cette portion qui occupe la partie supérieure de l’ile , mais elle forme toute l’ile elle-même en retenant le cruor, qui , dans les maladies inflammatoires, en occupe la partie inférieure, et dans les autres cas , étant épars partout le caillot, semble en former la totalité , ce qui n’est pas. Et en effet, c’est la fibrine qui ramasse le cruor de la manière particulière que nousavons déjà expliquée; le cruor puis tend , par sa plus grande gravité spéci-

(ique, a descendre au fond du vase , mais il ne peut nullement par lui-même se consolider, ni en totalité , ni en partie. Et la preuve qu’il en est ainsi , c’est qu’il arrive souvent a la portion rouge du caillot , ce que nous avons fait observer avoir lieu pour la couenne, c’est-a-dire qu’on la rencontre attachée aux parois du vase ; indice certain de la présence de la fibrine, car c’est le seul des trois élémens qui soit propre à cet effet. En coupant en outre le caillot de haut en bas, on aperçoit que supérieurement, tout près de la couenne, il est moins rouge qu’inférieurement , et on voit aussi qu’en bas il est plus mou et plus foncé que partout ailleurs; ce qui prouve encore que la fibrine est éparse inégalement par tout le caillot , et en plus grande quantité en haut qu’en bas, vu sa tendance a remonter. Souvent aussi , en examinant la surface externe du caillot, je l’ai trouvée parsemée de taches très foncées et presque noires; ce qui indique également que la portion rouge du caillot est composée de deux élémens mêlés entre eux irrégulièrement , un rouge foncé et l’autre blanchâtre'. On comprend facilement que la où le

ronge est plus foncé, le cruor doit avoir prévalu, soit parce que le sang s’est refroidi inégalement, soit à cause des contractions irrégulières de la libriné, soit enfin pour tout autre motif qu’il importe peu de chercher a connaître.

Enfin , dans les fortes maladies inflammatoires dont quelques centaines entraient toujours à mes cliniques au bout de l’année, j’ai observé, rarement a la vérité* mais plus d’une fois cependant, le pliénomènesuivant, bien curieux: le sang ne présentait que deux élémens distincts a l’œil , au lieu de trois, mais ils étaient très différens de ceux qu’on observe dans le sang a l’état de santés Toute la partie supérieure, en effet, en beaucoup plus grande quantité que l’inférieure, ressemblait a Une gélatine très molle, a demi transparente, offrant cette couleur pale qui est propre au sérum ; la partie inférieure , haute a peu près d’un travers de doigt, était toute composée de cruorpresque noir. Il n’y avait aucune trace de fibrine séparée et consolidée, si ce n’est peut-etreuncpellicule extrêmement mince placée U la surface, d’une consistance un peuplus prononcée que le reste; d’oîi il faut déduire évidemment que

cette masse a demi fluide , superposée ail cruor, ne pouvait être que du sérum avec lequel la fibrine se trouvait fortement unie ; ce qui n’arrive pas dans les cas ordinaires , car alors la fibrine est entièrement séparée du sérum. Par ce mélange , la partie supérieure était restée moins fluide et moins transparente. On comprend également que la petite portion inférieure était et ne pouvait être que du cruor, qui, n’étant point retenu, pour ainsi dire, par les mailles de la fibrine non consolidée (comme cela arrive quand le caillot est formé, eticiiln’yen avaitpoint), avait constitué un précipité mou, se relevant a la moindre secousse imprimée au récipient, comme % cela arrive, en pareille circonstance, a un précipité quelconque.

J’ai encore eu occasion d’observer, a ce sujet, une autre variété : le sang déprimé abord paraissait différer entièrement de tout ce que nous venons de signaler jusqu’ici , et néanmoins, sauf une seule circonstance, il n’y avait aucune différence no table. Le sang de haut en bas était d’un rouge foncé ; cependant, en y regardant attentivement, on apercevait un sédiment de quelques lignes de hauteur

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