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CHAPITRE VII

Rapports de gravité spécifique ; quantité et affinité réciproques de» trois élémens. Raison de la forme spliéroïdale que présente souvent Je caillot. Observations microscopiques de Malpighi.

De tout ce que nous avons dit jusqu’il présent sur les trois élémens , tels qu’ils se présentent dans les maladies inflammatoires , on peut déduire quelques corollaires. Et d’abord, relativement a la gravité spécifique de chacun d’eux , nous regarderons le cruor comme le plus pesant des trois ; la fibrine vient après , et le sérum est le plus léger. 11 en résulte que Pile, dans sa totalité, doit être toujours plus pesante que le sérum qui s’en est séparé , puisqu’elle est principalement formée des deux élémens qui ont le plus de gravité. 11 est positif encore que la pesanteur de Pile augmentera k

mesure qu’elle diminue de volume et se durcit davantage; car c’est ainsi qu’elle se sépare d’autant de sérum, qui des trois élémens, comme nous l’avons déjà dit, est le plus léger.

Pour ce qui a rapport a la quantité relative des trois élémens, en volume au moins et en gros ,

autant qu’on peut en juger a l’œil nu, ce qui nous suffit , on voit que la quantité de sérum surpasse celle des deux autres élémens, la fibrine tient le milieu, et le cruor pur, comme nous le verrons par la suite , est en moindre quantité. Cependant, lorsqu’on regarde la masse du sang avant que la séparation se soit opérée , et en examinant même le caillot produit par la séparation du sérum , il semble, dans le plus grand nombre des cas, que le cruor en forme la totalité ou la presque totalité , a cause de sa couleur intense, qui se propage par toute la masse du sang, la rougit et parfois presque la noircit.

Enfin , quant a leur affinité réciproque , il faut croire que le sérum en ait bien peu pour les deux autres élémens , puisqu’il commence promptement et continue, pendant assez de temps, à s’en séparer.

Et s’il y a quelque différence entre l'affinité que les deux autres élémens peuvent avoir pour le sérum , c’est sans doute la fibrine qui en a le plus, d’abord parce que la fibrine reste toujours unie a une certaine quantité de sérum qui ne s’en sépara que par une grande force de calorique, et que d’ailleurs le sérum a si peu d’affinité' pour le cruor, que lorsque celui-ci est séparé de la fibrine , il ne peut plus être soutenu par le sérum et se précipite au fond du vase , comme nous allonsbientôt le voir. Il paraît au contraire , et deux motifs principaux semblent le prou-* ver, que la fibrine et le cruor ont entre eux assez d’affinité : le premier de ces motifs est que, dans le sang extrait en état de santé, le cruor et la fibrine restent réunis de manière a former ensemble une masse qui paraît homogène; le second, que, dans le sang des maladies inflammatoires , la petite quantité de fibrine qui ne forme pas couenne suffit à maintenir réuni et adhérent tout ou presque tout le cruor, formant avec lui , si ce n’est pas le caillot en entier, du moins toute la portion inférieure , qui est uniforme en apparence, ainsi que nous l’avons fait observer précédemment.

Toutefois il faut faire observer ici, pour mieux éclaircir le fait et pour l’écarter de tout ce qui n’est qu’illusoire, que si le cruor reste uni à la fibrine, cela ne dépend pas seulement de leur affinité réciproque , mais de deux autres causes encore ; la première , que la consolidation est toute propre à la fibrine, qui, en se consolidant, diminue dans toutes ses dimensions ; la seconde , que la fibrine tend a monter par sa légèreté., tandis que, par une tendance contraire , Le cruor descend par son propre poids. Or, dans cette marche contraire, qui a lieu nécessairement pendant que la séparation s’opère, la fibrine n’exerce pas une action chimique, mais mécanique , et sépare ainsi le sérum du cruor. Et en effet, a mesure que la fibrine se contracte, eu diminuant de volume dans toutes ses dimensions , elle mente vers la surface et arrête le cruor qui en descend ; de cette manière elle le retient et l’enveloppe , pour ainsi dire , dans un réseau , a mesure qu’elle le rencontre, et, ne lui permettant pas de descendre plus bas que son propre niveau inférieur, elle le consolide et ils forment ensemble un tout homogène, tel que nous paraît le segment

i ouge de 1 île, dont la solidité et la forme sont dns a la fibrine , et la couleur et la pesanteur au cruor.

On a d ailleurs une nouvelle preuve du peu ou point d affinité qui existe entre le cruor et la fibrine, dans le phénomène dont nous avons tantôt parlé , c est-a-dire dans la diminution du diamètre de la couenne, et dans son affaissement même dans la masse du cruor, h tel point que le reste du caillot prend la forme sphéroïdale. Et en effet, la portion de fibrine qui seuleet pure surnage, se resserre avec toute la force de cohésion qui lui est propre , étant d’ailleurs délivrée du cruor, qui , n’ayant avec elle aucune affinité, pourrait y mettre obstacle. Dès que la fibrine s’est formée en couenne, continuant à se contracter, elle tire a soi toute la masse de cruor qui l’environne, forcée d’obéir puisqu’elle est toujours plus molle que la couenne; cette masse d’ailleurs est formée par le peu de fibrine qui reste , et par tout le cruor qui, mêlé a la fibrine, lui ôte en grande partie son aptitude a se contracter. C’est pour cela que la masse du caillot formée par le cruor mêlé a la fibrine prend la forme sphérique , et présente souvent un bord relevé tout autour de

la couenne , qui devient alors d’un diamètre plus petit que Pile et y parait enfoncée. Mais lorsque la couenne se forme promptement et abondamment , au lieu de s’enfoncer elle s’élève au dessus de la masse du cruor, en forme de goulot plus ou moins long; au dessous de ce goulot paraît attachée la masse du cruor ayant a peu près une forme cylindrique , dont le diamètre surpasse a peine celui de la couenne; ce qui est bien différent du premier cas dans lequel le caillot est sphéroïdal. La fibrine donc qui, réunie au cruor, constitue le caillot, parvient a solidifier en partie cette masse, mais elle ne peut lui donner toute la consistance qu’a la couenne pure, et cela parce qu’elle se trouve mêlée au cruor, dont les molécules n’ont aucune affinité avec celles de la fibrine et ne peuvent contracter ensemble l’adhésion forte qu’ont les molécules de fibrine entre elles.

Il en est a peu près de même dans le caillot rouge du sang extrait en état de santé, quoique l’île, colorée de haut en bas, ne soit point divisée en deux segments, et quoiqu’il ne se sépare point ou presque point de fibrine pour former couenne. En effet,

— Ko-

la fibrine, qui dans le corps vivant sain n’a point subi l’action qu’a sur elle l’inflammation , n’acquiert aucune tendance a s’élever au dessus du cruor; mais lorsque le sang extrait se pose et que sa température diminue, la fibrine, abandonnée à sa propre tendance, se consolide en se contractant un peu et dégageant ainsi une petite quantité de sérum ; elle retient alors le cruor dans toute la hauteur de l’ile, et forme avec lui et avec le sérum restant une masse molle. Toutefois le cruor prouve encore en ce cas, quoique un peu moins sans doute , qu’il a plus de gravité spécifique que la fibrine, puisque la partie inférieure du caillot est plus foncée que la supérieure , comme on peut s’en assurer en le coupant. Mais pour compléter le phénomène et pour y voir tout ce qu’on observe dans ■*

le sang enflammé , il y manque les deux conditions principales dont nous parlerons plus tard et que l’inflammation seule peut produire.

Les observations microscopiques faites par Malpighi concourent admirablement a confirmer l’action mécanique que la fibrine a sur le cruor. Dans son petit mais immortel écrit dePohjpo Cor dis , en

indiquant la structure fibreuse du polype telle qu’il l’a vue avec le microscope , il affirme que c’est absolument la même que celle du sang coagulé a l’état sain, et que celle de la portion de sang recouverte par la couenne inflammatoire; voici le texte : Et si alterius fiujus substantiœ ( de la couenne superposée au caillot) persequaris productionem } moxubi concreta sanguinis violes rubescere incipit 3 in fi brillas divisam et lacinialam deorsum elongari reperies , et harum eleganti compliccitione meatutos et sinus ex ci tari i ter uni observabis 3 qui coercitis r abris a tonus l urgent et injiciiintur Qu are sens a s ipse

nobis inclicare videtur sanguinem hune album et reticularcm plénum totum cruon's corpus fkrmare 3 et potion ipsum donare corporatura , etc .{Opéra omnia , pag. 315). Et s’il eut eu occasion d’observer, comme je l’ai vu quelquefois , que lorsque la fibrine ne se consolide pas , le cruorse dépose par lui-même et séparément au fond du vase , il ne lui aurait pas attribué la qualité de concret, comme s’il l’était de sa nature, et qu’il reçut puis de la fibrine ce qu’il appelle potior corporatura , c’est -a- dire plus de volume et de solidité ; je crois, au contraire, qu’il

aurait attribué uniquement à la fibrine , comme cela est et comme nous le prouverons bientôt , la (acuité de consolider, dont le cruor n’est point par lui-même susceptible. C’est par erreur également qu’il a été dit que le sérum est exprimé de ses aréoles (du caillot) par le rapprochement et Vallrac. /ion des molécules du cruor ; ce qui n’est pas, car le cruor n’a point d’aréoles et ne peut point en avoir, et le sérum est exprimé de la fibrine qui se consolide. Dans tous les cas, au reste, le cruor, -qui forme, avec la portion libre de fibrine, la partie inférieure du caillot auquel il donne sa couleur, prouve évidemment qu’il a plus de pesanteur spécifique que la fibrine, qui, a l’exception d’une petite quantité de sérum qu’elle retient encore ,

reste a la partie supérieure du caillot.

Nous ne chercherons pas a donner ici les rapports numériques précis de toutes les différences relatives dont il a été ici question , rapports qui ne peuvent nullement être constans; nous ne chercherons pas non plus a connaître toutes les anomalies qui peuvent se présenter dans les différens cas , dont au reste il serait impossible de donner des

règles; car, dans leur multiplicité , ces anomalies sont en nombre indéterminé. D’ailleurs laprécision des chiffres et l’énumération de toutes les moindres causes qui peuvent amener quelques légères différences , ne sont pas si nécessaires au but que nous nous proposons pour qu’il faille nous en occuper

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