CHAPITRE IX
Deux autres illusions importantes sur la formation de la couenne. Dans les maladies inflammatoires, là séparation du sang se présente sous quatre aspects différens. Sentence de Bacon.
De tout ce qui a été dit jusqu’ici sur la formation de la couenne, on peut encore déduire deux conséquences fort importantes : d’abord, c’est qu’elle n’est point due a aucune sorte de génération , ni h aucun élément ou germe qui se développerait et augmenterait sous l’influence d’une action cachée de l’inflammation ; en second lieu , qu’elle est entièrement formée par la fibrine préexistante dans le sang; d’où il suit que la portion rouge du caillot, dans le sang des maladies inflammatoires , doit être moins solide que la couenne respective. Il en est
ainsi, en effet, et la couenne est plus solide que h* caillot sous-jacent ; mais il n’en est pas de meme du caillot du sang a l’état de santé, comparativement a celui du sang des maladies inflammatoires, quoique le premier contienne plus de fibrine que le second, par cela seul qu’il la contient toute, et attendu qu’il n’y a pas de couenne formée aux dépens de la masse. Mais a cette petite quantité de fibrine qui reste dans le caillot du sang des inflammations, vient suppléer abondamment la force de cohérence , fortement augmentée par l’inflammation et par l’expulsion du sérum, qui, dans le cas contraire, contribue a la mollesse du caillot. J’ai vérifié cette différence dans la dureté des caillots
toutes les fois que j’ai comparé le caillot du sang d’un homme sain ou non atteint d’inflammation , à celui d’un sang de maladie inflammatoire intense, sur lequel on trouvait une couenne épaisse formée aux dépens d’une bonne quantité de la totalité de la fibrine : le premier de ces caillots est toujours moins solide que le second.
En résumant tout ce que nous avons dit sur les différens aspects propres a la séparation du sang
dans les maladies inflammatoires, nous conclurons qu’ils sc réduisent, sauf la différence de gradation, aux quatre suivans:
1° Caillot composé, dans des proportions différentes , de la couenne qui occupe sa partie supérieure, et du cruor placé inférieurement; le tout formant une île de forme plus ou moins cylindrique, qui nous paraît divisée horizontalement en deux plans et qui est entourée de sérum plus ou moins pur: c’est là l’aspect le plus commun.
2° Caillot formé de couenne 'a sa surface et de cruor dans tout le reste de son étendue ; le tout représentant une île à peu près sphéroïdalc avec une couenne déprimée dans le sphéroïde et d’un plus petit diamètre : ce cas , sans être le plus commun , est encore assez fréquent.
3° Sérum mêlé à la fibrine, formant, par leur réunion, une masse à demi fluide, blanchâtre, espèce de limon superposé au cruor, qui, tout
isolé, se dépose au fond du vase: c’est le cas le «
moins fréquent , et on peut y comprendre encore le cas précédent, dans lequel le caillot forme une masse à demi fluide rouge plutôt que blanchâtre.
4° Caillol rouge uniforme, plus dur que celui du sang a l’état sain . Ici toute la fibrine reste cachée , ou tout au plus on en trouve une couche très mince a la surface du caillot; souvent aussi elle laisse apercevoir un commencement de contraction par un certain bourlet qu’elle forme autour de la circonférence du caillot. Dans ce cas aussi il y a moins de sérum que dans les inflammations graves, mais plus pourtant qu’a l’état de santé. Ce quatrième aspect se présente plus fréquemment que le second et que le troisième, mais pas aussi souvent que le premier; et sans ce léger surcroît de consistance qu’on y trouve , on le confondrait aisément avec le caillot du sang en état de santé.
Il est inutile de rappeler ici quelques autres aspects que le sang offre parfois en sortant de la veine ou peu après , dont il est fait mention par les auteurs d’observations médicales; car, ou ce ne sont que des anomalies et des cas particuliers dépendans de causes particulières , ou ce sont des cas extrêmement rares et d’ailleurs si mal observés et si mal décrits, qu’ils ne méritent nullement qu’on y ajoute foi.
Quant a ceux qui pourraient penser que ces recherches sont par trop minutieuses et souvent inconcluantes, il suffira , pour toute réponse , de rappeler la sentence de Bacon, déjà bien vérifiée par l’histoire du passé et confirmée par les vicissitudes journalières des sciences expérimentales : Certissimam est imperium in naturam , si quis hujusmocli rébus , ut nimis exilibus etminutis vacare nolit ,. nec obtmeri nec geriposse (*). Nous ajouterons , au sujet de nos recherches minutieuses et inconcluantes en apparence, qu’on pourra voir par la suite qu’elles sont au contraire susceptibles d’applications utiles et fort importantes.
(1) Nov. Org. cxxi.