‹ Théorie de la phlogose [electronic resource]Chapitre 3 sur 55 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Bul de l’ouvrage. — Négligence des observateurs. — Point d’où il faut partir.

Ir. appartient exclusivement a l’anatomie pathologique de chercher sur le cadavre le siège de la phlogose ou inflammation morbide, les effets qu’elle y produit, et comment elle les produit. Le champ est vaste , et on peut présumer qu’il offre une riche et précieuse moisson aux progrès de la science

comme a la pratique de l’art. Néanmoins c’est u peine si on y trouve empreinte la faux de ceux mêmes qui, pendant les deux derniers siècles, s’adonnèrent exclusivement et avec grande intelligence a l’étude du siège et des causes des maladies , faisant , sous d’autres rapports , une très abondante récolte. Il faut même convenir que , dans notre cliamp , il est arrivé précisément tout le contraire; et ici oii il aurait fallu cet esprit investigateur qui, tout en cherchant d’agrandir son horizon, s’en rapproche cependantpeu'apeu et examine chaque objet minutieusement, on s’est au contraire contenté de tout observer superficiellement. Nous prouverons aisément, a mesure que l’occasion s’en présentera , que les observateurs n’ont pas même approfondi les phénomènes les plus apparens et les plus remarquables, quoiqu’ils aient dû, en y regardantmême par hasard, les avoir parfoissouslesyeux. Toutefois ces phénomènes, autant par l’obscurité et par les contradictions qui les entouraient , que par quelque lueur qui en émanait, auraient dû susciter des doutes fort importans , ainsi que le désir de les éclaircir ; ce qui pourtant n’a pas eu lieu. C’est ainsi

que les occasions les plus favorables ont été perdues par la négligence des observateurs, ou on n’en a retiré nonchalamment que très peu de profit ; disons meme que des quelques faits positifs auxquels on est arrivé, les uns ont été de peu d’importance , et les autres, ce qui pis est, ont dégénéré en apparences illusoires , donnant lieu par la suite a de faux raisonnemens. Nous pourrons plus tard offrir sur cela des exemples remarquables.

Pendant ces trente- cinq premières années du dix-neuvième siècle, l’anatomie pathologique a été beaucoup cultivée et enrichie d’un grand nombre de livres; ce qui pouvait faire espérer que pour ce qui regarde particulièrement l’inflammation , on serait parvenu a des faits nouveaux et importans , moyennant l’application de -cette analyse sévère qui fait faire , de nos jours , tant et de si grands progrès a toutes les autres sciences basées sur l’observation et sur l’expérience. Mais cet espoir a été déçu; et au lieu de réunir au moins des matériaux exacts , utiles a l’analyse, on n’est même pas parvenu a mettre en évidence la nature matérielle nécessairement constitutive de l’inflammation , et on n’en

a jamais atteint les véritables effets. On a par conséquent laissé clans la plus grande obscurité la théorie de la fonction morbide de toutes la plus fatale; car, en effet, sous la forme de maladie aiguë on chronique, l'inflammation , ou par elle-même ou par ses conséquences , est toujours la cause de la plus grande mortalité.

Par les nombreuses recherches faites sur le cadavre depuis 1797 jusqu'en 1814 sans discontinuité, et de temps en temps aussi jusqu'au moment où j’écris ( 1835), profitant de toutes les occasions qui ■se sont présentées, pour mieux préciser le travail inflammatoire sur les différens organes enflammés et ses principaux produits, je crois être parvenu a bien reconnaître les changemens, les altérations dans la structure des solides, et les conséquences qui en dérivent; faits dont quelques-uns sont encore entièrement ignorés, et les autres furent et sont ■encore mal interprétés. J'ai taché ainsi de combler, autant qu’il était en moi , le vide laissé par les observateurs anatomiques, qui, on peut le dire, manquèrent le but auquel on devait viser en étudiant ce qui a rapport a cette fond ion morbide.

Pour procéder avec méthode , d faut commencer par examiner le sang dans ce qu'on nomme ses éléments immédiats , tels qu'ils se montrent en état de santé, et les comparer aux changemens qui s’opèrent lors d’une maladie inflammatoire. On sera peut-être étonné de voir comment , en partant d’un point si minime et si éloigné, nous parviendrons enfin a connaître de quelle manière agissent les solides pour constituer l’inflammation, comment procèdent ses travaux latens, et les produits qui s’en suivent : ce qui me semble bien différent de tout ce qui a été dit, imaginé et généralement admis jusqu’il présent .

Page 1