‹ Théorie de la phlogose [electronic resource]Chapitre 21 sur 55 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Exceptions qui dérivent de faits positifs relativement à la cause qui les produit. Couenne qui manque au commencement des maladies inflammatoires. Explication. Quelques autres anomalies réduites à leur juste valeur.

Apres avoir démontré le peu d’importance qu’ont ces exceptions, qui se résument, au reste, en faits négatifs, disons deux mots des autres qu’on devrait réellement considérer comme faits positifs relativementaleur cause. On prouverait donc par ceux-ci que, la cause existant, c’est-a-dire l’inflammation, il n’existerait point d’effet , c’est-a-dire la couenne; il arriverait , par conséquent , ici tout le contraire de ce que nous avons vu tantôt : il y aurait la cause sans l’effet. Le fait le plus remarquable qu’on puisse

citer a ce sujet , c’est que la couenne manque souvent au commencement des maladies quoique inflammatoires, et tellement inflammatoires, que, parcourant leurs périodes et augmentant d’intensité , elles finissent alors par laisser paraître la couenne qu’on ne voyait pas auparavant, quoique la maladie se fut déjii déclarée. Je soutiens également que ce fait est fréquent; mais je ne puis lui accorder aucune valeur démonstrative dans la question qui nous occupe. Pour qu’un effet ait lieu a la suite des causespropres a le déterminer, il faut que ces causes aient pu agir assez de temps pour le produire. Mais une maladie inflammatoire a son début est, comme tant d’autres, légère, ou du moins pas aussi intense qu’elle le devient par la suite. Le pouls, la chelem’ et les autres symptômes ne sont point d’abord tels

qu’ils se montreront lorsque la maladie aura atteint

son plus haut degré d’intensité. La capacité morbide elle -meme ne se montre pas de suite à ce degré auquel, elle parvient après. Pourquoi s’étonner, d’après cela , si la couenne suit la même marche et ne paraît point au commencement d’une maladie , mais seulement a mesure que l’intensité

de celle-ci augmente? Ce qui veut dire qu’au début de la maladie , la quantité de la cause ne suffit point encore a la production de reflet. Nous ne nous étendrons pas davantage sur cet argument , nous réservant d’y revenir plus tard lorsque nous chercherons à expliquer la genese de l’inflammation .

On cite égalementd’autres anomalies : la couenne se forme ou ne se forme pas; tantôt en petite quantité, et tantôt abondamment dans le cours de la même maladie ; elle paraît en plus ou moins grande quantité dans le sang d’une même saignée, si, au sortir de la veine , on le reçoit dans divers récipiens ; anomalies déjà notées'par De Haen , qui fut le premier a répandre le pyrrhonisme médical sur l’indication que la pratique peut utilement retirer de la présence de la couenne. Depuis lors beaucoup de médecins n’ont tenu aucun compte de cette indication , et l’ont regardée comme phénomène accidentel , n’ayant pas un rapport nécessaire avec l’état inflammatoire pour pouvoir en indiquer la présence certaine , ou les diflerens degrés d’intensité. Maisenfin toutes ces anomalies, comme toutes

celles au peste qu’on pourrait trouvera ce sujet, ne prouvent autre chose si ce n’est que la diversité de circonstances, même peu importantes, peut produire une diversité de résultats dans un phénomène délicat ctcompliqué, tel que celui de la triple

séparation du sang opérée par l’inflammation.

.Te crois cependant qu’en y regardant avec beaucoup d’attention, on verra que le nombre des anomalies diminue, si l’on parvient surtout a leur assigner leurs causes respectives. Dans tous les cas, il faudra se convaincre que les exceptions, lors même qu’elles sont inexplicables, ne détruisent point la généralité d’un fait, et ne nuisent nullement aux causes qu’on lui assigne. Dans le Dictionnaire abrégé des Sciences médicales , qu’on a publié dans ces derniers temps, on lit sur cet argument, à l’article couenne , ce qui suit : Il -parait donc que la couenne du sang n est autre chose que la surface du caillot lui-même j modifiée par V action de l3 air , qui la frappe et la dessèche en quelque sorte. Ce qui n’est qu’une simple supposition dénuée de fondement et qui ne mérite même pas l’honneur d’une réfutation. Nous ne la rappelons ici que pour faire voir

comment se trompent de nos jours des hommes de* mérite sur une matière qui est toute d’une observation aussi simple que facile. Il est vrai aussi que regarder n’est pas observer , et il peut se faire encore que celui qui a défini ainsi la couenne, n’y ait pas même regardé.

Page 1