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CHAPITRE PREMIER

Différence essentielle entre les parties du corps qui sont enflammées et celles qui ne le sont pas. On ne peut les observer chez le vivant que sur un seul point, ltéseau de vaisseaux capillaires engorgés de sang, condition essentielle. Inflammations viscérales sur le cadavre. Remarques.

Apres avoir considéré les différences que l’inflarnmation produit dans les élémcns immédiats du sang, tels qu’ils se montrent en sortant des vaisseaux, comparativement aux phénomènes propres a

ce meme sang a l’état sain ou pendant une maladie tout autre que l’inflammation, il s’agit de chercher la différence essentielle qui existe dans une meme partie du corps, selon qu’elle est ou n’est pas en flammée. Il est impossible, chez l’homme vivant de faire des recherches de cette nature sur aucune des parties internes enflammées, car elles sont renfermées et complètement cachées à l’œil de l’observateur. A l’extérieur la peau seulement, où elle est enflammée , permet un examen qui n’est pas entièrement stérile; mais soit a cause de son épaisseur, de sa consistance et de sa structure compliquée , soit encore parce que ses vaisseaux capillaires rampent plutôt sur sa face interne que sur l’externe, qui est en outre recouverte par l’épiderme, la peau seule, dis-je, ne laisse pas tout voir, et rien surtout de ce qui serait le plus essentiel d’examiner, c’est-a- dire les vaisseaux à nu dans lesquels l’inflammation a son siège. Il y a cependant une partie sur la surface du corps vivant qui se trouve a découvert et est la seule propre a cette observation comparative : c’est la face antérieure de l’œil recouverte par la conjonctive, sur laquelle les capillaires

sanguins se montrent très distinctement. On en voit peu et très déliés lorsque l’œil est sain; mais, dès que l’inflammation s’y est manifestée, on les voit de suite augmenter de nombre et de diamètre. Dans ce qu’on nomme chemosis , qui est le plus haut degré de l’inflammation de la conjonctive, en y regardant d’une certaine distance, la surface enflammée paraît uniforme, toute d’un rouge vif uni comme un drap écarlate et peut-être même plus foncé. À mesure qu’on y regarde de plus près, et mieux encore si l’on se sert d’une loupe, on voit ce rouge, qui semblait tout uni, de plus en plus séparé en autant de fils distincts, plus ou moins minces , et entrelacés entre eux de plusieurs manières différentes, formant ainsi par leur réunion une espèce de réseau très fin et très serré; ces fils sont autant de vaisseaux capillaires qui , engorgés

et distendus par le sang qu’ils contiennent, sont

devenus visibles la où on ne les voyait pas d’abord et où l’on n’aurait pas même pensé qu’ils existassent. Et dans les cas très graves, cette distension des vaisseaux, opérée par le sang qui s’y trouve accumulé, est telle, que toute la membrane est visible-

ment gonflée. Ici donc sur une membrane vivante, telle que la conjonctive, il est permis a un observateur, si peu expérimenté qu’il soit, de voir les quelques ramifications vasculaires qu’elle montre a l’état sain, et le grand nombre qu’il en parait, parmi lesquelles il y en a d’assez grosses, lorsque celte membrane est enflammée ; ramifications qui , toutes réunies, forment un réseau inextricable de capillaires sanguins. Et c’est ici la seule partie du corps vivant oîi les deux différentes conditions peuvent cire vues et comparées, quoiqu’il différentes époques.

Or, c’est précisément dans ce réseau de ramifications capillaires distendues par le sang qui s’y accumule et qui fait paraître les parties sur lesquelles le phénomène a lieu plus rouges que d’ordinaire , c’est dans ce réseau que gît la première différence essentielle entre les parties enflammeés et celles qui ne le sont point. Tumeur, douleur, pulsation, augmentation de chaleur, tous les symptômes enfin de l’inflammation locale, tels qu’on les trouve dans les livres de chirurgie où l’on traite de cette matière et où l’on décrit le phlegmon , sont

Ions produits par ce réseau ou engorgement capillaire a la suite duquel ils existent, et sans lequel il ne peut y avoir ni tumeur inflammatoire , ni douleur, ni pulsation, ni augmentation de chaleur, autant, du moins, que tous ces symptômes peuvent appartenir exclusivement a l’inflammation. Au reste, on ne peut bien vérifier l’existence de ces phénomènes que dans l’inflammation de la peau où l’observateur voit la tumeur et peut facilement sentir la chaleur et la pulsation. Il n’en est pas de même des inflammations viscérales , invisibles a l’observateur et qu’on ne peut reconnaître que par quelques symptômes remarquables. Nous ajouterons même que c’est précisément parce que l’on a trop exclusivement considéré ce que l’inflammation, de la peau offre de visible et de palpable, dont on a voulu en faire la base de tout raisonnement sur cette matière, qu’on a négligé de chercher l’engorgement vasculaire que la peau, au plus haut degré même d’inflammation , ne laisse point paraître au dehors; ce qui a fait méconnaître l’action principale qu’a cet engorgement dans la marche de cette fonction morbide. Mais, voulant indiquer seule-

incnl ici celte différence essenlieüe, nous n’irons pas j)lus loin et nous reviendrons plus tard sur les causes de l’engorgémcnt inflamnlatoirc, ainsi que sur les effets qui en proviennent.

Dans l’inflammation des viscères on ne peut examiner le lacis ou réseau vasculaire, siège de l’inflammation, que sur le cadavre. Alors l’identité parfaite des capillaires sanguins chez le vivant, tels qu’on les aperçoit dans la conjonctive enflammée, et l’identité de ceux qu’on trouve après la mort dans quelque viscère également enflammé, les uns et les autres engorgés du sang qui y a été poussé par l’inflammation, laissent voir la parfaite identité de ce qui constitue l’inflammation dans les deux cas. il doit y avoir différons degrés dans l’intensité de la couleur rouge , selon la quantité des capillaires engorgés et l’intensité de l’engorgement, ce qui dépend de la violence de l’inflammation; il doit y avoir aussi des différences de couleur dans les membranes que les vaisseaux parcourent, lorsqu’elles n’ont pas, comme la conjonctive, une belle couleur blanche fournie par la sclérotique qu’on entrevoit a travers le réseau capillaire; enfin

il y aura des différences dépendantes de la présence d’une humeur quelconque ou de circonstances particulières, qu’on ne saurait déterminer d’avance; mais ce ne sont, a proprement parler , que des différences de quantité accidentelles et nullement essentielles. Ainsi donc, dans le premier cas, le premier phénomène auquel il faut faire attention s’offre a l’œil nu sur un organe vivant; dans le second, nous trouvons dans les vaisseaux capillaires du cadavre, tels qu’ils restent engorgés par le sang que l’inflammation y a poussé pendant la vie, nous trouvons la preuve évidente et irréfragable, ainsi que les traces, c’est-à-dire les effets matériels d’une inflammation qui a existé. La mort ne détruit point ou ne dérange guère ce travail inflammatoire; elle le suspend seulement, et laisse tout ou presque tout comme cela était auparavant.

Le péritoine, qui tapisse la face externe des intestins et des autres viscères abdominaux et la paroi interne du ventre; la plèvre, qui se comporte de la meme manière avec la cavité du thorax et la sur. face des poumons; les méninges, qui enveloppent

le cerveau , la moelle allongée, la moelle épinière et les neris qui sortent de ces organes; la membrane qui recouvre la surface interne de la trachée et descend dans les ramifications des bronches; en un mot, toutes les membranes sur lesquelles les vaisseaux capillaires sanguins se ramifient, et particulièrement celles qui ont une certaine blancheur, si ce n’est pas autant que la conjonctive, qui laisse apercevoir la couleur argentine de la sclérotique sous-jacente , assez du moins pour qu’on puisse bien voir l’engorgement de leurs vaisseaux capillaires; toutes ces membranes, dis-je, sont propres a démontrer, sur le cadavre, ce premier travail de l’inflammation. Cette inflammation donc, autant que peut en j uger l’œil explorateur , consiste en ce que , dans la partie enflammée on voit une très grande quantité de ramifications et réseaux capillaires, qu’on croirait presque (ce qui n’est pas) multipliés et nouvellement formés, qu’on n’aperçoit point a l’état sain ; tandis que les vaisseaux qu’on apercevait déjà auparavant, ont maintenant augmenté de diamètre par suite de la nouvelle quantité de sang qui v a été poussée, et ils se trouvent parfois considé-

rahlement dilatés. D’où l’on peut déduire, comme nous le verrons ailleurs , que les autres vaisseaux capillaires plus minces , qui semblent de nouvelle formation , sont ceux qui avant l’inflammation ne recevaient qu’un très petit filet de sérum diaphane avec peut-être quelques globules rouges, mais certainement en trop petit nombre pour produire la moindre opacité. Et voila pourquoi les vaisseaux capillaires, qui sont déjà eux -mêmes diaphanes a cause de leur extrême ténuité , se cachent , avec le liquide contenu , au regard de l’observateur.

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