CHAPITRE II
boclrine do Bichat sur l,a disparition de la rougeur dans le» cadavres d’individus qu’on dit avoir succombé à la suite, d’une inflammation viscérale. Différence d'effet établie par lui, selon que l’inflammation a été aiguë ou chronique.
J’ai affi rmé que la mort ne détruit point , ni ne dérange guère l’engorgement de sang dans les capillaires , premier et principal travail de l’inflammation pendant la vie. Ce travail, par cela même qu’il persiste encore après la mort, devient un sujet bien digne d’observation et offre des inductions qui ne sont point problématiques , mais évidentes, irrécusables. Néanmoins, mon assertion absolue ne pouvant pas s’accorder avec les exceptions graves admises sur ce même sujet par Bichat
<?t scs disciples , il est utile de profiter de celle occasion pour bien examiner et éclaicir une question très importante pour l’analomie pathologique , comme pour la médecine pratique. 11 est, en effet, de toute nécessité que, dans chaque cas particulier, le médecin puisse , dans ses observations nécroscopiques, juger sainement de la réalité de l’inflammation qui a préexisté dans le vivant et se conserve
toujours sur le cadavre , et qu’il ne se laisse pas *
induire en erreur par des raisonnemens illusoires, ni par l’autorité d’adversaires peu habiles ou peu sincères. Nous parviendrons ainsi a dévoiler une fausse doctrine qui commence a être adoptée et accréditée même parmi nous , par le seul motif qu’elle est propre a cacher, sous le voile des subtilités physiologiques , l’erreur la plus grave qu’on puisse commettre dans la pratique de notre art : celle de persister, sans interruption, dans un traitement très actif lorsque la diathèse aurait exigé précisément tout le contraire ; diathèse qui fut mal jugée dès le commencement, ou qui a été complètement changée, dans le cours de la maladie, par l’excès du traitement. Et c’est alors précisément
qu’on veut tirer, de l’observation faite sur le cadavre, des inductions qui déposent en faveur du traitement employé , tandis que l’observation démontre tout le contraire. Cela nous apprendra aussi comment on peut faire une juste application de la logique inductive a l’anatomie pathologique; application qui n’est rien moins que facile, et souvent si malheureuse, qu’elle devient source d’erreurs pour la science , de corruption pour l’art, et de blâme et mépris pour le praticien. Je me charge d’un fardeau bien pénible, et vraiment omis magnum suscipioj je le sens bien; mais la réalité du fait, l’honneur et l’utilité de l’art ne me permettent pas de m’y soustraire.
Bicliat affirme avoir observé que le péritoine , par exemple , ou la plèvre peuvent avoir été enflammés sur le vivant, sans qu’on en ait trouvé la moindre trace sur le cadavre, tandis que d’autres fois on les trouve réellement avec une coloration sanguine plus intense que dans l’état normal , et il en donne pour cause la cessation de l’irritation locale. D’après lui , en effet , c’est cette irritation qui a retenu le sang dans les vaisseaux capillaires
de la partie enflammée, pendant la vie; mais une fois la vie éteinte , et l’irritation ayant cessé avec elle, toute trace de sang disparaît. Il fait, en outre, une distinction entre l’inflammation aiguë et l’inflammation chronique, en ce que la première laisse voir sur le cadavre moins souvent que la seconde la partie rougie et engorgée. Il cite encore ici, comme exemple , la plèvre et le péritoine : d’après lui , si ces membranes ont été atteintes d’inflammation aiguë, il peut se faire qu’après la mort le sang disparaisse , et la partie morbide reste décolorée comme si elle n’eùt jamais été enflammée; si, au contraire, il y a eu inflammation chronique , alors la partie affectée se montre assez souvent rougie par le sang qu’elle contient encore. Bichat indique également la cause spéciale de cette différence du premier cas au second, c’est-à-dire de l’état aigu à l’état chronique , et c’est que pendant la longue durée de l’inflammation chronique, le sang doit, pour ainsi dire, avoir imbibé les parties solides, s’identifiant avec elles et formant un tout , comme il le fait avec les muscles qui, ajoute-t-il , se colorent en rouge de cette meme manière.