‹ Théorie de la phlogose [electronic resource]Chapitre 4 sur 55 · CHAPITRE lï · texte numérisé non relu

CHAPITRE lï

Séparation spontanée du sang, en état de santé, en deux élémens immédiats, sérum et caillot. Couleur de la surface du caillot. Opinion de De Haen. Ecume du sang. Le cruor pur est déposé au dessous du sérum. Volume et mollesse du caillot. Spallanzani, utilité de la plus simple observation dans les phénomènes de la nature.

Le sang extrait d’un homme sain , ou a peu près sain , se coagule promptement lorsqu’on le laisse en repos , mais il ne se réunit pas tout en un caillot; il s’en sépare une partie , aussi fluide que l’eau , ou , pour mieux dire, c’est presqu’entièrement de l’eau, qu’on appelle sérum. Ce sérum, ainsi séparé du sang d’un homme sain , n’abonde pas au point d’excéder le volume du caillot; loin de là, dans la plupart des cas , il n’^y en a pas même partie égale.

Nous dirons donc que ïc sang, en état de santé ,

après s’être coagulé et après la ségrégation d’une

petite quantité de sérum, se partage, autant que

l’œil peut, en juger, en deux élément immédiats : le

sérum liquide, diaphane, verdâtre ou jaunâtre, et

le caillot, solide , plus ou moins mou , plus ou moins

rouge foncé, excepté la surface, qui, laissant de

côté la couleur de l’écume, est d’un rouge clair attribué au contact de l’oxigène atmosphérique. Mais comme la surface présente cette même couleur lorsqu’elle est recouverte par deux ou trois lignes de sérum, De Haen (*) en a déduit que l’air ne pouvait y jouer aucun rôle, quoique en général on prétendit alors tout le contraire , sans qu’on pût toutefois expliquer le fait. Il peut se faire cependant que l’oxigène agisse, jusqu’à un certain point, sur le sang a travers une petite quantité de sérum, de la même manière qu’il agit a travers les membranes. Il peut arriver encore, et, d’après ce que le hasard m’a fait quelquefois apercevoir, je regarde cetle opinion comme la plus probable, il peut arri-

(1) De Sanguine humuuu , page 40.

— le-

ver, (lis-je, que la surface du cruor soit oxigénée

avantquele sérum s’eu soit séparé etélevéalapartie

supérieure du vase. Ce sérum vient alors recouvrir

la couleur rose déjà toute formée , et permet par sa

transparence qu’on puisse l’apercevoir au dessous

du sérum. De Hacn affirme encore que par fois

cette couleur rose ne se borne pas a la surface du

caillot au dessous du sérum, mais s’étend de tout coté jusqu’à sa partie inférieure: Perque pellucida vascula rnbedo observatur non raro totam insuJce ambitam cingere ad majorcm cjus partem j immo ad Jundam usque. C’est ce cpic j’ai aperçu aussi quelquefois, et peut-être l’aurais-je vu plus souvent si j’y avais toujours fait attention. Dans ce cas, on ne saurait attribuer la couleur rose a l’action de l’oxigène ; car on ne peut pas supposer qu’il puisse pénétrer dans le vase qui renferme le sang avant que le sérum s’en soit séparé , ni qu’il puisse agir a tant de profondeur, lorsque cette séparation s’est effectuée , pour colorer en rose les parties latérales et inférieures du caillot. Mais lorsque nous distinguerons les trois ëlémens immédiats du sang enflammé et leur action particulière , nous revien-

cirons sur ce phénomène pour en dissiper les contradictions qui semblent, l’envelopper.

Souvent une partie ou la totalité de la surface du caillot est recouverte par üne écume rose* Les bulles de cette écume sont d’abord roses , étant formées d’air renfermé dans un voile très subtil de sérum légèrement coloré par le cruor; mais ensuite le cruor descend peu a peu , par son propre poids , vers la base de chaque bulle oîi il forme un petit contour rougeâtre, et les bulles restent de plus en plus transparentes ei décolorées. Le jet du sang qui vient heurter fortement contre les parois du vase, ou qui tombe

d’une certaine hauteur sur la masse de sang déjà

extraite, et la viscosité propre a ce liquide, sont les causes, dans ce cas-ci , de la formation et de la ténacité de l’écume : il en arrive de même a tout

autre liquide dans des circonstances analogues. J’ai vu souvent l’ignorance ou la malice indiquer l’écume comme signe d’inflammation , ce

qui n’est pas. Tout au plus cela prouve que le jet du sang a jailli avec plus de force, ou que le sérum est un peu plus visqueux*

Nous avons dit que le sang se sépare en deux élérnens immédiats , sérum et caillot. Il faut ajouter, pour être précis, que souvent on aperçoit au fond du vase une petite quantité de cruor pur, libre et détaché du caillot, avec lequel il ne s’est point incorporé lors de sa formation ; que si cela était arrivé, on ne l’apercevrait pas seul et très distinct du caillot, qui a une formation et une manière d’être particulières.

La séparation du sérum s’opère peu a peu , de sorte que ce liquide augmente, jusqu’à un certain point, en raison directe du temps , avant toutefois que la putréfaction ait lieu (phénomène qui , en changeant entièrement la masse du sang , bornera nos recherches ) , et nous verrons encore par la suite que la quantité de sérum augmente de tout ce que le caillot diminue; d’où l’on peut déduire que , dans le sang d’un homme sain , le grand volume et la grande mollesse du caillot dépendent principalement du sérum qui reste dans le caillot sans être séparé. Bans le cas où une séparation complète aurait lieu, le sérum se trouverait en bien plus grande quantité , tandis

— lo-

que le caillot diminuerait de volume et augmenterait de consistance. Cependant , par cela même que, dans les cas où il se sépare une certaine quantité de sérum, le caillot touclie toujours le fond du vase , il faut en conclure que si le sérum se séparait en quantité suffisante pour que chacun des deux élémcns pût obéir respectivement U sa pesanteur spécifique , le caillot dans son ensemble , ce dont il s’agit ici, montrerait indubitablement en avoir plus que le sérum.

Qu’est - ce que le caillot rouge et par quels élémens immédiats est-il formé ? La chimie , au moyen même du simple lavage, nous l’indique. Quant a nous, dans cet examen comme dans tous ceux de notre compétence , nous nous bornerons , autant que possible , a l’observation pure et simple propre au médecin; nous montrerons néanmoins de quoi le caillot est composé , et nous *nous trouverons tout-a-fait d’accord avec la chimie, sans toutefois employer aucun procédé expérimental , et moyennant la seule comparaison du sang en état de santé avec le sang extrait pendant une maladie inflammatoire. Nous aurons recours pour-

tant aux lumières que la chimie peut nous fournir, dans les cas où il faudra confirmer nos observations, ou lorsque, par aucun autre moyen, nous n’aurons pu obtenir les faits que nous cherchons.

Ceci prouvera qu’en observant attentivement toutes les phases qui ont lieu pendant la séparation du sang et dans tous les différons cas, on aurait pu, depuis long- temps déjà, enrichir la science d’une plus grande quantité de faits très concluans et donner à l’induction des matériaux convenables et une meilleure direction. Le grand naturaliste italien du XVIIIe siècle, Spallanzani, recommandait à ses élèves de ne point dédaigner ce genre d’observation simple et qui ne réclame point un luxe de machines expérimentales ; observation qui , employée au grand nombre des phénomènes naturels qu’on rencontre à chaque pas, peut enrichir l’observateur de beaucoup de faits fort intéressans , le mettre sur la bonne voie pour en trouver d’autres, et préparer des corollaires très fertiles en applications utiles. La méthode que j’emploie ici est le fruit des conseils que j’entendis souvent donner par ce grand homme

pendant mes meilleures années; et je m’estime heureux d’en fournir ici l’exemple aux médecins, cpiand je pense qu’ils ont tous les jours sous les yeux une quantité d’objets et de phénomènes très remarquables, mais qui sont cependant négligés.

Page 1