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CHAPITRE IX.

Solution du problème sur la nature de l’engorgement inflammatoire dans les vaisseaux capillaires, basée d’abord sur les observations faites sur les capillaires veineux de la partie enflammée. Motifs qui ont déterminé k entreprendre de préférence ces observations sur les méninges ; manière de faire ces observations.

On peut étudier les principaux phénomènes de l’engorgement capillaire dans tous les organes et dans toutes les membranes qui ont été le siège d’une inflammation qui s’est terminée par la mort. Cependant les membranes du cerveau, lorsqu’elles sont enflammées , sont les plus propres a ces recherches; d’abord, parce qu’elles abondent en vaisseaux capillaires sanguins assez visibles en état de santé, et très visibles lorsqu’il y a eu inflammation ; en second lieu , a cause de la marche en sens

inverse (qui est ici bien apparente) des ramifications artérielles et des ramifications veineuses , dont les premières montent des tempes au vcrtex, et les secondes, au contraire, descendent du vertex aux tempes. Enfin , cet endroit est encore préférable, attendu que tous les troncs veineux sont fortement tendus et vont se dégorger dans les sinus , faisant ici l’office de veines plus grosses; circonstances qui offrent toutes une grande' facilité a suivre de l’œil la direction des plus petits capillaires , de sorte qu’on les voit et on les suit dans leur plus grande étendue, pouvant ainsi faire des observations plus précises et en déduire des corol- 1 aires: plus certains.

Après avoir donc mis a nu la voûte des méninges, ou , pour mieux dire, la: face supérieure de la dure-mère, ayant soin d’enlever adroitement la portion du crâne qui y correspond ,: laissant chaque chose en son lieu de manière s ce que les membranes restent intactes dans toute leur surface, fermes et bien tendues sur de cerveau, on aperçoit sur cette surface un grand nombre ï de vaisseaux capillaires entrelacés irrégulièrement , quelques-

uns aussi minces que des cheveux , d’autres un peu plus gros, venant tous se réunir vers le sommet de la tête, où ils forment des troncs d’un plus gros calibre. Ces troncs, comme on sait, débouchent dans les sinus. Maintenant, pour mieux préciser le point le plus propre à cette observation , qu’on examine les cinq ou six troncs qui s’ouvrent dans le sinus longitudinal, soit a droite, soit a gauche , peu importe, et on les trouvera plus ou moins gros , gonflés par le sang que l’inflammation y a accumulé. Ce sang est immédiatement transmis, par ces mêmes troncs, dans le sinus longitudinal ; ce sont donc de petits troncs veineux , et le fait est hors de doute. A partir du sinus longitudinal, suivez-les maintenant dans leurs ramifications qui descendent du coté des tempes : on les voit se subdiviser de plus en plus, augmenter en nombre et diminuer de calibre, au point que l’œil peut difficilement les apercevoir quand ils sont parvenus a une certaine distance du sommet de la tête. Néanmoins leur marche et leur diminution de calibre étant tels que nous les rapportons ici , il faut convenir que ces mêmes vaisseaux

capillaires , pour si minces qu’ils deviennent et autant que l’œil peut les suivre, sont toujours des capillaires veineux , qui s’entrelacent tantôt par leurs subdivisions, tantôt parleurs anastomoses, et s’amincissent de plus en plus; de sorte qu’en descendant du vertex aux tempes , ils offrent une disposition tout-'a-fait contraire a celle qu’ils ont en remontant des tempes au vertex, où on les trouve grossis pour former les troncs qui débouchent enfin dans le sinus longitudinal.

Il ne suffit pas de les suivre de l’œil tels qu’ils se présentent; il est bon encore de les rendre de plus en plus visibles , en cherchant a faire passer dans les petites ramifications une plus grande

quantité de sang. Il suffit, pour cela, de passer légèrement la pulpe du doigt ou quelque instrument lisse et obtus sur les plus gros troncs, et pousser ainsi le sang dans la direction des rameaux qui s’en détachent et qui , parleur grande ténuité, sont presque invisibles. Par ce moyen bien simple, on finit par apercevoir de petits rameaux là où auparavant on n’en voyait pas la moindre trace. Et ceux-ci sont également et évidemment

des capillaires veineux ; car si on les examine a l’aide d’une bonne loupe , on les voit se ramifier, s’anastomoser comme les autres branches d’où ils proviennent , et se rappetisser au point cjue l’œil se perdant dans leur lacis et leurs nombreux détours , il devient impossible de suivre les traces de tous ces petits filamens. C’est donc ainsi que les ramifications capillaires qu’on trouve parsemées sur la dure-mère enflammée, soit qu’on les suive depuis les dernières subdivisions qui se terminent a ux gros troncs aboutissant eux-mêmes au sinus , soit qu’on les prenne des gros troncs jusqu’aux ramifications, ce qui revient au même , elles sont toutes, autant qu’on peut en voir, veineuses, et le réseau inflammatoire est entièrement composé de capillaires veineux : les yeux suffisent ici pour décider la question. Celui qui, n’ayant pas occasion d’examiner des cadavres , voudrait se former une idée nette de ces troncs lorsqu’ils débouchent dans le sinus longitudinal , n’a qu’a consulter les deux

.planches de Vicq - d’Àzir xxix et xxx , et l’explication qui en est donnée par ce célèbre anatomiste (qui s’est particulièrement occupé de la description

des veines du cerveau) dans le sixième volume de ses œuvres. Cela suffit pour faire comprendre la disposition de ces troncs veineux , mais ce n’est pas assez pour bien concevoir l’engorgement capillaire inflammatoire ; il faut l’étudier sur les méninges elles-mêmes enflammées. C’est , je dirais jn’esque , une injection naturelle de sang opérée seulement par la force de l’inflammation ; injection d’autant plus abondante et d’autant plus concluante pour nous, que l’inflammation a été plus intense, et jamais elle ne pourra être imitée par des injections artificielles. Ibfa ut ajouter, en outre, que l’injection inflammatoire a le grand avantage, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, d’obéir a la main de l’observateur, prenant toutes les directions qu’il veut, et faisant tous les détours qu’il désire examiner; ce qui a toujours lieu très aisément a cause de la grande fluidité et de la grande mobilité que le sang conserve, quoique stagnant, dans ces petits vaisseaux.

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