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CHAPITRE XIII

Différences entre l'arbre artériel et l’arbre veineux. De ces différences dépend principalement la formation du réseau inflammatoire. Activité de l’arbre artériel; passivité de l’arbre veineux. Observations de Spallanzani et de Haller. Toute l’activité de l’arbre artérie dépend du cœur. Quelques effets de la digitale à ce sujet. Autres considérations sur les différences des deux arbres.

Pour résumer en peu de mots ces différences , on peut dire que dans le grand phénomène de la circulation du sang , fonction qui appartient entièrement aux arbres artériel et veineux , l’artériel est un organe actif , et le veineux un organe passif: le premier distribue le sang a toutes ses ramifications , le second se borne a le recueillir . Examinons-les séparément dans l’accomplissement de ces . deux fonctions. C’est le cœur qui imprime au sang

une impulsion assez, forte pour qu’il puisse parcourir tout l’arbre artériel jusqu’à ses derniers capillaires , et pénétrer même jusque dans les capillaires veineux. La première différence essentielle entre les deux arbres est donc qu’a la racine de l’artériel se trouve placé le grand moteur du sang , tandis que le veineux n’a point, et sa fonction d’ailleurs ne le comporte pas, un moteur qui lui soit propre; il ne reçoit d’autre impulsion que par le peu de force qui reste encore aux derniers capillaires artériels, et qui, après avoir parcouru tout cet arbre, se fait même ressentir aux capillaires veineux. C’est ainsi que le sang parcourt l’arbre artériel , qui continuellement se dilate et se contracte, et parvient du centre a la périphérie; tandis que le veineux, privé de mouvement, du moins perceptible dans ses parois , se borne a lui offrir un chemin ouvert pour retourner au cœur. Nous rappellerons a ce sujet les observations de Spallanzani , qui viennent ici fort a propos : V animal ( c’était une salamandre ) jouissant encore de tonte sa vitalité , la rapidité du sang' dans les plus petites veines , malgré tous leurs angles et contours

innombrables , est absolument la même que celle des plus petites artères ; mais à mesure, que les forces de V animal diminuent 3 le mouvement paraît de suite plus considérable dans les petites artères ; on y aperçoit bientôt les impulsions du cccur3 et alors 3 dans la plupart des cas 3 le sang parcourt très lentement les veines correspondantes et sJy arrête même quelquefois : on les trouve alors gorgées d*un sang qui n\j a plus aucun mouvement ; d3 autres fois , au contraire 3 elles sont vides et presque complètement eff acées (*).

Or, ce grand ralentissement de la circulation du sang dans les capillaires veineux, comparativement aux capillaires artériels, sur un animal affaibli, prouve deux choses : 1° que le mouvement du sang dans les capillaires veineux est positivement pro-

duit alors par un reste de force que conservent »

encore les capillaires artériels ; 2° que lors même que l’animal est plein de vie, la marche du sang dans les capillaires veineux est toujours déterminée par les capillaires artériels ; et si l’on n’aperçoit pas de différence dans la rapidité de la circulation,

(I) De l’action du cœur sur les pciils vaisseaux veineux , page 1 1 6 .

différence qui cependant devrait être visible aux yeux de l’observateur, elle n’en existe pas moins pour cela ; mais la grande rapidité avec laquelle s’opère cette fonction , ne permet pas de voir ce qui devient tout-a-fait évident lorsqu’il y a ralentissement. Au reste, Spallanzani lui-même nous offre ailleurs plusieurs exemples de l’impossibilité où se trouve l’observateur de pouvoir suivre des yeux quelques autres phénomènes de la circulation que sa grande rapidité nous empêche d’apercevoir.

On nous demandera peut-être si en attribuant a l’arbre artériel une activité que nous n’accordons point à l’arbre veineux, nous entendons par la que les artères communiquent aussi au sang une impulsion qui leur est propre et indépendante du cœur? Je réponds que non, et je m’en tiens aux observatiqns démonstratives des deux grands maîtres sur cette matière, Haller et Spallanzani. Tous les deux ont reconnu que le cœur est le seul moteur du sang; si son action est suspendue , celle des artères l’est également , et la circulation cesse pour ne reprendre son cours que lorsque le cœur recommence à agir. L’activité de l’arbre artériel provient donc

toute du cœur, et ce n’est qu’a cet organe que j’ai voulu attribuer cette activité dont il a été question en parlant de l’arbre artériel. Je n’ai pas a m’occuper, et d’ailleurs ce ne serait pas ici le lieu convenable , de l’effet produit sur le sang par le battement des artères. Cependant, quelle que soit l’opinion qu’on puisse émettre a ce sujet, elle ne peut avoir aucune influence sur la matière qui nous occupe, ni sur les inductions que nous pouvons en tirer; je rappellerai seulement que l’usage de la digitale a haute dose , telle que je l’ai employée dans les maladies inflammatoires , ne m’a pas seulement montré dans beaucoup de cas une diminution extraordinaire dans le nombre des pulsations, réduites par fois a vingt par minute , mais une fois j’ai vu leur cessation complète. Et il ne faudrait pas croire que cette cessation dont je parle ait été de courte durée; elle s’est, au contraire, prolongée pendant plusieurs heures , et néanmoins toutes les fonctions de la vie et le mouvement du cœur sont restés dans leur état normal, sans quoi la^mort s’en serait suivie: d’où l’on peut conclure que le battement des artères n’est pas, jusqu’à un certain

point, une condition indispensable, sinequâ non , de 1 accomplissement de la circulation ( 1 j.

Les artères, outre le grand moteur du sang, ont des propriétés particulières qui les distinguent des veines et les rendent de plus en plus aptes a leur fonction. Nous noterons d’abord la structure de leurs parois , beaucoup plus compacte et difficilement dilatable , si ce n’est par une certaine force contre laquelle ces vaisseaux réagissent en se contractant ; tandis que les veines , formées de parois moins compactes et plus faciles a céder, se laissent facilement dilater parle sang qu’elles reçoivent au fur et a mesure qu’il leur est transmis par les artères. Les veines ne réagissent pas sur le sang en se contractant , mais elles diminuent lentement de calibre lorsque le mouvement circulatoire a cessé. Au reste, ce qui prouve, qu’elles ont bien peu ou

point d’aptitude a agir sur le sang pour le pousser vers le cœur, ce sont les valvules, seul moyen qu’ont les veines de soutenir le sang qui doit les parcourir. Nous en voyons encore une preuve dans les hémor-

(1) Voyez Dissertation sur l’usage de la Digitale, etc. Opuscules de Clinique médicale.

rlioïdes et dans les varices : les unes et les autres sont susceptibles d’une grande dilatation ; mais difficilement , et pas toujours, elles parviennent a reprendre leur ancien calibre.

Les veines ont cependant sur les artères un autre avantage dont il faut tenir compte; c’est que l’arbre veineux a bien plus de capacité que l’arbre artériel; ses ramifications capillaires surtout sont très multipliées et forment un tout inextricable. Cette circonstance contribue aussi a ralentir, surtout dans les veines. capillaires , le cours du sang, et à engorger tous ces petits vaisseaux lorsque ce ralentissement a lieu. Au reste, ilne faut pas croire que ce ralentissement soit tel qu’on pourrait le supposer d’après les lois hydrauliques; car, ainsi que l’a judicieusement fait remarquer Haller, l’appiication de ces lois a l’économie animale doit être faite avec beaucoup de réserve, vu que les effets ne correspondent pas toujours aux causes que l’on fait agir. Il nous suffit d’établir, dans le cas qui nous occupe, qu’il y a entre les deux arbres une différence de proportion assez remarquable; peu nous importe, du reste, que cette différence soit

plus ou moins l'orte , et qu’on puisse ou non la mesurer avec une précision numérique.

Enfin, la vacuité de l’arbre artériel et l’état de plénitude de l’arbre veineux , dans le cadavre, est un fait qui met entièrement hors de doute l’activité de l’un et la passivité de l’autre. Il en résulte, en effet, que tant qu’il y a vie, l’impulsion du cœur, quelle qu’elle soit , suffit a donner aux artères assez d’activité pour pousser le sang nonseulement jusqu’à leurs capillaires , mais encore jusque dans les veines, qui le reçoivent passivement et s’en remplissent; tandis que les artères se vident, et la vie s’éteint dès que le cœur a cessé de se contracter et de se dilater. Si le fait est hors de doute, l’induction l’est également; dans ce cas même, l’induction confirme toujours davantage le fait.

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