‹ Théorie de la phlogose [electronic resource]Chapitre 36 sur 55 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Irrégularité excessive du calibre des capillaires du réseau inflammatoire, et de la capacité de ses aréoles. On trouve également cette irrégularité, quoique bien moindre, dans les capillaires à l’état sain. Origine du mot vascularité. Le réseau inflammatoire n’a cependant pas un seul capillaire de plus que ceux que l’on voit à l’état sain. Description donnée par Spallanzani.

En examinant attentivement et avec une bonne ïoupe le réseau capillaire , l’observateur doit nécessairement s’apercevoir de l’excessive irrégularité du calibre des petits vaisseaux qui le composent , comme aussi de la différente capacité des aréoles formées par l’entrelacement de ces mêmes vaisseaux. Il est de fait, ainsi que nous l’avons déjà dit, qu’a mesure que les capillaires, en se subdivisant, s’éloignent des rameaux d'où ils proviennent, Us

s’amincissent de plus en plus jusqu’à leur dernière division ; mais il est également vrai qu’en s’amincissant ils conservent la meme irrégularité , si toutefois ils n’en augmentent pas. Pour bien comprendre cette marche des capillaires , il suffît de suivre les rameaux mêmes qui se détachent d’un tronc principal , et les autres qui en proviennent successivement; tous présentent une grande irrégularité dans leur calibre , et s’anastomosent de tout côté bien avant de devenir capillaires. Or, les anastomoses des capillaires sont très nombreuses , mais toujours placées irrégulièrement et formées souvent par des vaisseaux d’un plus gros calibre avec d’autres beaucoup plus petits. Toutes ces irrégularités appartiennent aux arbres artériel et veineux ; il est aisé de comprendre cependant qu’elles doivent être plus fréquentes et plus évidentes dans l’arbre veineux , à cause du plus grand nombre de petits vaisseaux auxquels cet arbre donne naissance. Un tableau analogue à celui-ci, quoique beaucoup moins saillant , est fourni par les capillaires à l’état normal ; on y aperçoit , en effet , cette grande irrégularité dans la distribution vasculaire,

quoiqu’il n’y ait pas eu formation de réseau capillaire inflammatoire. Toutefois il y a une très grande différence entre ces deux tableaux , et on ne pourra les confondre si l’on compare le petit nombre dje vaisseaux fourni par celui de l’état sain au grand nombre de vaisseaux qu’on aperçoit dans celui qui appartient a l’inflammation. C’est de cette circonstance qu’est venue la dénomination de vascularité j donnée dans ces derniers temps a la très grande quantité de capillaires qu’on trouve dans le réseau inflammatoire , comme s’il s’agissait ici d’une nouvelle génération de ces petits vaisseaux , ce qui n’est pas. Dans le réseau inflammatoire il n’y a pas un seul vaisseau de plus qu’auparavant; l’engorgement de sang est la seule chose qui ne s’y trouvait pas a l’état sain , et qui a été déterminé ensuite par l’inflammation. Avant donc que l’inflammation rendit visibles ces petits vaisseaux en les grossissant par la nouvelle quantité de sang qu’elle y a introduite, ils étaient imperceptibles, par cela meme qu’ils ne contenaient qu’un petit filet de sang extrêmement mince, et par cela seul transparent , ou seulement du sérum

bien transparent aussi; quoi qu’il en soit , dans un cas comme dans l’autre , leur transparence les dérobait à l’observateur. Au reste , dans les parties non enflammées , ou ces petits vaisseaux paraissent très rares comparativement a ceux qu’on voit dans le réseau inflammatoire, il suffit de pousser le sang, par une légère pression, hors de quelque

capillaire plus gros , pour voir paraître soudainement de petits filets qui étaient restés jusqu’alors invisibles ; argument qui prouve clairement qu’il doit en arriver de même dans la formation du réseau qui appartient à l’inflammation. L’inflammation ne forme donc point de nouveaux vaisseaux, pas plus qu’elle ne produit rien qu’on puisse réellement dire organisé et vivant; de sorte qu’on peut affirmer, avec une rigueur géométrique , qu’il y a autant de capillaires dans le réseau inflammatoire que dans le lacis capillaire de la partie saine , quoiqu’il y en ait beaucoup , parmi ces dernières , qui ne sont pas visibles. Mais nous reviendrons plus tard sur ce fait, lorsque nous indiquerons une des graves erreurs admises dans ces derniers temps , en plaçant des inflammations la où il n’y en a point

et où il ne peut y en avoir. Nous ajouterons seule ment ici que dans les cas d’inflammation très grave terminée rapidement parla mort, et dans les apoplexies dites foudroyantes , on trouve également cette quantité de capillaires qui constitue l’engorgement inflammatoire , tandis qu’onne peut pas dire qu’il y ait eu assez de temps pour que l’inflammation ait produit de nouveaux vaisseaux.

Pour revenir maintenant a ce que nous disions plus haut de la grande variété de calibre des capillaires et de leurs aréoles, je crois utile de rapporter ici un passage de Spallanzani, déjà tant de fois cité, sur l’action du cœur et des vaisseaux sanguins : — « La manière avec laquelle les artères se » changent en veines, mérite une description démaillée. Quelques artères, dans les points où ce » changement s’opère , conservent assez de largeur » pou r laisser entrer quatre ou cinq lignes de globules; d’autres sont si étroites, qu’elles ne peuvent » livrer passage qu’a une seule ligne. Parfois elles » se changent en veines, en se repliant simplement «vers le cœur; cela arrive très fréquemment dans » le poussin y et l’on trouve dans quelques cas autant

» de veines qu’il y a de petites artères repliées. Celles. » ci s’amincissent en plusieurs filainens d’où résulte » un réseau fort embrouillé, que l’on peut considérer » comme limite entre les artères et les veines. Les «premières artères , après bon nombre de détours ,

» donnent naissance a une série de veines qui se por- » tent au cœur parallèlement aux petites artères aux- » quelles elles doivent leur origine. Parfois plusieurs «rameaux de différentes artères concourent a la «formation d’une seule veine. Dans quelques cas, » au contraire , les artères semblent s’ensevelir dans » le corps de l’animal ; on les perd de vue, et elles » échappent ainsi aux recherches de l’observateur.

» Quelques artères s’anastomosent avec des vaisseaux » d’un plus gros calibre , et il est difficile de décider « si ces vaisseaux sont veineux ou artériels , attendu « qu’ils circulent a égale distance du cœur. Quelques « autres , à peine sorties du cœur , ou donnent nais- « sance à un petit rameau qui , partant du tronc , se » replie et retourne promptement au cœur, prenant « ainsi le caractère d’une veine, tandis que le tronc , » continuant a s’éloigner du cœur, conserve celui « d’artère; ou bien encore, elles se divisent simple-

» ment en deux rameaux , dont l’un reste artériel et » l’autre devient veineux. Puis, lorsqu’on regarde » attentivement l’ensemble de ces artères et veines » capillaires qui s’anastomosent , on voit que sou- » vent le cours du sang est entre elles parfaitement » égal. » —

En examinant avec soin cette description minutieuse, fruit des observations exactes et multipliées de ce grand homme , on s’aperçoit que la plupart des petits capillaires appartiennent a l’arbre veineux; et ceci mérite d’être particulièrement noté, car c’est précisément à ces capillaires qu’appartiennent les produits de l’inflammation et bien d’autres effets encore , comme nous le verrons par la suite.

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